Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 18:57
Nous devons avoir le courage de refonder notre vision du management en mesurant combien nous avons tous trop poussé à l'individuation du travail. Et pas seulement pour de mauvaises raisons de rentabilité. Car, nous avons sincèrement suivi Herzberg sur sa vision de l'engagement de l'individu à travers sa motivation, et Maslow dans sa pyramide des besoins humains dont le niveau le plus élevé correspondait à "l'accomplissement de soi" dans le travail. Il n'y a d'ailleurs pas à rejeter l'ensemble de ces apports.

Mais, l'évolution du travail contemporain nous montre, dans ses crises individuelles (burn out, stress...) comme dans ses crises collectives (conflits interpersonnels, harcèlement...) que les humains ressentent un autre besoin, sans doute négligé depuis trop d'années : celui d'être soutenus par les leurs. Et ce soutien est d'autant plus fort qu'il est le produit d'un collectif. Parce que le groupe sera toujours plus puissant que l'individu isolé.

Nous le savions, certes. Certains ont continué à le mettre en pratique (les militaires, par exemple), mais dans l'univers de la production industrielle et, plus encore, tertiaire, cette idée simple a déserté la doxa ambiante.

Il faut donc, très vite, que nous retrouvions la richesse du collectif dans nos fonctionnement. Pas seulement cet "allez les petits" inspiré du rugby, mais un réel partage des enjeux, une plus grande pratique de la décision commune. Et aussi  lier au groupe des évaluations et des éléments de rémunération retraçant la performance de l'équipe. À procéder ainsi, je suis certain que nous limiterons grandement la plaie des risques psychosociaux que nous cherchons convulsivement à cautériser.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 19:11
Risques PS (VTE)SCOP VTE (Violence, Travail, Environnement)

Risques psychosociaux au travail

Paris, Éd. Liaisons sociales, 2008



VTE est un collectif pluridisciplinaire qui explore les risques psychosociaux au travail, constitué en Société Coopérative Ouvrière de Production depuis 1998. Il aborde la problématique des RPS en tentant de prendre en considération leurs différentes dimensions : il s'agit, écrive ses auteurs, de "considérer l'ensemble des conséquences de la situation. La crise ne touche pas seulement les salariés. Elle contamine l'ensemble de l'organisation du travail et de son management."

Phénomène systémique donc, qui nécessite cependant de regarder "les besoins des personnes tels qu'ils s'exprime" de sorte qu'entre "curatif et préventif, (...) il est impératif d'agir sur l'ensemble des niveaux de prévention..." D'où, leur refus des simplifications dans l'approche de la souffrance au travail et leurs efforts pour penser le "besoin de contenance", "d'enveloppe protectrice"  qui participe du sens du travail pour les salariés.

S'ensuit un parcours très clair à travers les concepts de de base, puis une série d'approches terrain : mal-être et stress, risques suicidaires, agressions, harcèlement, conflits, conduites addictives, plans sociaux.

Une lecture intéressante qui remet les choses en perspectives, en leur donnant leur juste place.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 00:02
6-Stress.jpgDans nombre d'interventions qui nous sont données de réaliser ces derniers temps, des relations hiérarchiques difficiles, souvent qualifiées de harcèlement moral, sont en jeu. Or, en y regardant de près, le harceleur (ou la harceleuse) est souvent lui-même une victime. Victime de la fragilisation de sa situation, de plus en plus en compétition avec de plus jeunes, moins chers et plus à la page. Victime des restructurations permanentes. Victime de l'intensification extrême du travail ces dernières années. Et ceci partout, secteurs public et secteur concurrentiel confondus, ce mal ronge de nombreux cadres fragilisés.

La culture de la performance à tout prix, la maladie de la mesure et du reporting, la réduction des effectifs de soutien et d'assistance, l’organisation et  les conditions de travail qui en découlent pèsent sur le vécu des cadres. Certains vivent un conflit intérieur entre leur désir narcissique d'être performant, le sentiment d'être déconsidérés et l'effondrement de l'estime de soi qui s'ensuit.  D'où le désenchantement actuel du travail, voire le  burnout, ou encore le transfert de la pression, majoré de l'angoisse du cadre, sur ses collaborateurs qui vivent un harcèlement insupportable.

Dans ce contexte, l'individualisation des situations, que justifiait l'autonomie, est devenue perverse : à l'origine facteur de motivation, elle est désormais un objet de pression et de culpabilisation. C'est pourquoi personne n'est plus vraiment dupe des méthodes de développement personnel mis en avant jusque là pour remotiver les personnes en perte de vitesse. Les egos blessés ne se remettent jamais totalement de leurs souffrances.

De surcroît, les rapports de coopération se sont usés. Les salariés, cadres ou non cadres, ne se sentent pas soutenus par un collectif puisqu'on les individualise de plus en plus. Or, l'expérience nous le rappelle souvent : c'est en reconstituant du collectif qu'on engendre le soutien indispensable à la reconstruction des individus en souffrance. 
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Plans sociaux
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 05:52

Nous vivons sous le règne des experts. Pas un domaine, plus un projet sans ses experts, leurs rapports et leurs certitudes expérimentées. C'est positif car, pour peu que l'expert soit bien choisi, il est assez probable qu'une réponse éprouvée au problème posé sera apportée. L'aura de connaissance dont bénéficie l'expertise n'est évidemment pas usurpée dans le monde complexe dans lequel nous vivons.

Mais il ne faudrait pas - et c'est un risque constant- que l'expert se substitue au responsable. Politique ou mandataire social. D'autant que l'un est l'autre sont tentés de le faire. L'un, parce qu'il accède ainsi à l'ivresse du pouvoir sans les risques associés. L'autre, parce qu'il ouvre alors le parapluie dont il n'aime rien tant qu'entendre le cliquetis sonore au-dessus de sa tête.

Donc, le politique - ou le dirigeant d'entreprise, car ces métiers sont de plus en plus proches- doit assumer sa mission qui consiste à choisir, trancher, exprimer la vision.

Mais, pour que la décision soit correctement établie, elle doit reposer sur un troisième pilier. J'ai nommé celui qu'on devrait appeler "l'expert du quotidien", c'est-à-dire l'habitant de la ville, le citoyen quand il s'agit de choix politique ou le salarié, dans l'entreprise. Qui mieux que lui peut faire émerger les besoins pratiques, les nécessaires aménagements, les tournemains à partager, bref tout ce qui fait que les grandes visions se transforment en de concrètes réalités?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /2010 22:18
BinebineMahi Binebine

Les étoiles de Sidi Moumen

Paris, Flammarion, 2010



Je connaissais Mahi Binebine comme l'un des meilleurs peintres et sculpteurs contemporains du Maroc. J'aime ses corps épurés et graphiques tendus par toutes les émotions du monde. La souffrance souvent. Le cri, la jouissance avec une irrésistible évocation du célèbre Guernica de Picasso. J'avais d'ailleurs trouvé beaucoup de plaisir à découvrir son exposition à Venise l'été dernier.

Mais, à ma grande honte, je ne connaissais pas l'écrivain. En traînant chez un libraire la semaine dernière je suis tombé sur son dernier opus, à peine sorti des presses. "Les étoiles de Sidi Moumen" s'inspire des attentats de Casablanca, le 16 mai 2003. Il y campe un enfant du bidonville de Sidi Moumen, en lisière de la capitale économique marocaine qui grandit parmi ses dix frères et ses copains, réunis dans une équipe de foot, Les étoiles de Sidi Moumen, laquelle brille dans le championnat des bidonvilles.

Avec une tendresse infinie, il décrit les combats, les souffrances et les petits bonheurs de celui qui a choisi le surnom de Yachine, parce qu'il est le goal de son équipe et qu'il admire le grand Lev. Tout Binebine est là, dans ce mélange de misère et de bonheurs simples, qu'il s'exprime avec le pinceau, le burin ou le stylo.

On renifle la puanteur de la décharge publique que les gamins fréquentent assidûment, le hashich et la colle qu'ils sniffent. On se glisse dans l'atelier de réparation de mobylettes et on prend part aux bagarres homériques où l'on étripe pour passer le temps et imposer son existence. On fréquente aussi ce garage désaffecté où un certain Abou Zoubeïr accueille un par un les gamins et leur promet un monde béni aux milliers de houris, ces vierges offertes à celui qui franchit les sept cieux pour atteindre la lumière. "À l'entendre, remarque le jeune Yachine, on aurait juré qu'il était mort dix fois et que dix fois il avait ressuscité..."

Progressivement, on comprend comment ces enfants élevés par la rue et la décharge reconstituent entre eux une famille de substitution et combien il est aisé, pour les jeunes prédicateurs, de camper pour eux les référents qui leur manquent. Jusqu'au carnage dans un grand hôtel.

Tout est suggéré de cette humanité humiliée et douloureuse et de la force que donne le groupe pour traverser les épreuves aussi bien que pour se jeter dans le néant. Une leçon pour qui, au-delà de la question des attentats s'efforce, de comprendre la dureté de certaines banlieues et, plus généralement, l'indispensable soutien du groupe pour affronter les épreuves. Quelle que soit leur nature. Dans la vie comme dans l'entreprise parce qu'aujourd'hui individualisme et compétition conjugués font qu'il est de plus en plus difficile "d'être soi", comme disait Ehrenberg.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Le fil d'Ariane


Les idées neuves


Les idées sont neuves par rapport à l'époque au cours de laquelle elles émergent. La plupart du temps, elles correspondent à une reprise d'anciennes idées, occultées un temps durant, et revisitées parce que le besoin s'en fait sentir. En ce sens elles ne sont pas "inouïes" mais "ré-vélées".

Or, les temps actuels nous invitent à ouvrir les yeux pour revisiter le réel, le dés-oblitérer. Ainsi, en économie, les propositions actuelles de Dominique Strauss-Kahn, du haut de ses fonctions au FMI, correspondent à une façon de re-lire l'époque en refusant le dogme visant à limiter l'inflation mondiale à 2% pour le porter à 4%. Bien sûr, celà hérisse le fameux "consensus de Washington", rigoureusement libéral, que Stieglitz a déchiré à belles dents il y a quelques temps. Mais, si un peu d'inflation permet de relancer l'activité, recréer de la richesse et donner de l'espoir à nombre de ceux qui l'ont perdu, pourquoi s'en priver sous prétexte de ne pas manquer à une doxa ?

De même, dans l'entreprise où l'on voit certaines méthodes d'organisation faire fureur : organisation matricielle, flux tendus, hyper-contrôle réduisant l'autonomie, valorisation de l'appréciation individuelle au détriment de l'équipe... De plus en plus, on mesure combien cette fureur peut engendrer de dégâts humains et, du coup, poser plus de problèmes qu'elle en résout (France Telecom en est l'exemple criant).

Pourquoi alors ne pas, de façon toute pragmatique, corriger le dispositif. Non pas aux marges en colmatant quelques trous, mais au centre pour faire globalement mieux et économiser une ressource essentielle, même si elle est non fossile et reproductible, je veux dire la ressources en humains ? Franchement, pourquoi ?





Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

La citation de la semaine


Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition. Montaigne, Essais


 

 

Patrick Lamarque

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