Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 23:08

Passé Le progrès a toujours été motorisé par l'existence d'une ou plusieurs catégories sociales intermédiaires entre altitudes et tréfonds sociaux. La bourgeoisie, entre noblesse et tiers état, puis les classes moyennes, cols blancs sur cols bleus. Dans cette histoire sociale portée jusqu'à nous depuis la révolution française, la variété des situations favorisait la mobilité sociale et, mieux encore, l'espoir de mobilité.

 

L'idée de gueuserie

C'est l'espoir qui a entretenu la stabilité de nos sociétés. Un espoir qui aujourd'hui abandonne des populations entières, notamment sur le pourtour méditerranéen. Avec le chômage qui touche parfois plus du quart des actifs et des classe dirigeantes qui refusent d'entendre les indignations ou les clameurs de printemps sans lendemain, c'est un gouffre qui se tient béant devant nous. L'idée de gueuserie retrouve une place dans l'extension de postures nouées autour de la souffrance et des angoisses. 

 

Ce retour des gueux se manifeste non comme une société interlope  mais comme une vision de soi  dénuée de toute estime et que dépouillée du moindre espoir. Son expansion constitue, à mon sens, le phénomène majeur de l'évolution sociale actuelle. "Où est passé l'avenir?", interrogeait avec justesse Marc Augé, en 2008.

 

Où est passé l'avenir ?

La réponse est simple : il est désormais retourné comme un gant et l'horizon se recroqueville sur le passé. C'est le passé qui rassure. C'est lui qui a balayé l'espoir d'une vie meilleure véhiculée par l'idée de progrès pour imposer la nostalgie régressive qui caractérise les temps présents. D'ailleurs, le progrès existe-t-il encore dans l'esprit des masses arabes ou grecques ? Y a-t-il un autre espoir que celui qui mêle assistance aux personnes en difficulté et retour aux certitudes religieuses... fondamentales ?

 

Voilà le terreau sur lequel prospèrent les fondamentalismes sur la rive Sud et les populismes sur la rive Nord de la mer intérieure. Dans un pareil contexte, il va devenir de plus en plus délicat de fonder dans nos entreprises autant que nos sociétés ce lien de confiance sans lequel nulle légitimité n'est possible et faute duquel l'idée de gouvernance s'épuise.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 18:39

Roustang Geste Il suffit d'un geste

François Roustang

Odile Jacob, 2003



Une question : qu'est-ce qui guérit le mieux, les mots ou les gestes? La parole ou le mouvement? C'est le thème qui anime depuis plus de vingt ans François Roustang, philosophe et psychanalyste de formation, hypnothérapeute dans sa pratique.

Il est vrai que l'idée d'hypnose fait frémir, car elle traîne dans son sillage un parfum manipulatoire et l'idée d'une perte de contrôle de soi-même. D'emprise. Or, ce que propose François Roustang, avec prudence et lenteur - à l'image de sa pratique, j'imagine -, c'est précisément de nous déprendre de cette tentation de contrôler notre vie en la pensant et en l'accoutrant de mots.

Tout au contraire, sa pratique s'assimile à une "déparole qui vise à faire perdre aux mots toute signification. La parole est ici utilisée à l'envers pour introduire à l'expérience qui est non pas la recherche de sens, mais une entrée de la perception de la personne tout entière dans le sens de la vie". En somme, préférer le geste à la parole.

Il est vrai que, depuis la Renaissance au moins, nous avons considéré que la conquête de l'individuation passait par la pensée de soi quand les gestes nous rattachaient au faire et au servage. Mais, ce faisant, nous avons négligé la dimension kinesthésique du vivre. Et du penser.


Fauteuil ou divan ?
À la suite de l'expression de ces positions François Roustang introduit un premier débat, celui de la posture du patient lors de la cure. On sait, en effet, le rôle du divan chez Freud comme chez Lacan. Ici, tout au contraire, l'auteur considère que la position assise "suppose la vigilance". Comme un cavalier, le sujet retrouve son assiette dans une vigilance ouverte à ce qui advient, holiste plutôt qu'atomiste, au sens où elle demeure attentive au tout et aux relations entre ses éléments. Et simple, en sachant que "depuis que nous sommes sortis de la petite enfance, toute simplicité ne peut être que le fruit d'un long apprentissage".

Deuxième considération fondatrice, le refus de réaliser une archéologie individuelle au cours de la thérapie car les "sentiments, émotions ou souvenirs ne sont que les témoins d'un passé déjà mort". Au contraire, "les maux dont nous souffrons sont pris dans la glace de notre système relationnel". Alors, concentrons-nous moins sur l'objet que sur l'espace, propose François Roustang.

Ainsi le symptôme, objet de la plainte, prendra-t-il son sens en s'immergeant  dans une fluidité que le geste aura préalablement reconstituée. "Cette opération achevée, le symptôme n'a plus besoin d'être affublé d'un sens, il est réinstauré dans le sens et la direction de son état et de sa fonction". Donc, "peu importe de parler ou se taire! L'essentiel est de faire en sorte que la parole ne gêne pas le geste qui unifie la complexité".

Nous devons ainsi considérer que l'acte de nommer induit une diffraction, alors que la cure vise à concentrer l'attention sur la réponse la mieux adaptée au sujet. C'est d'ailleurs pourquoi le changement thérapeutique se repère à la modification du comportement qui posait problème. Et de rappeler cette phrase d'Épictète : "pour faire de quelque chose une habitude, faites-là; pour ne pas en faire une habitude, ne la faites pas; pour vous défaire d'une habitude, faites-en une autre à la place".


Perceptude
Vient alors le conseil, dans sa surprenante simplicité : "demandez à quelqu'un d'accomplir un geste qui prenne en compte tous les paramètres de son existence. S'il le peut en vérité, peu de symptômes résistent. Il en est de même si vous l'invitez à prendre une posture qui fasse disparaître son angoisse ou son mal". Mais, ceci ne se produira que dans la transe qui libère des inhibitions et des clôtures mentales.

Deuxième recommandation : supposez le problème résolu. Par là, le thérapeute communique un optimisme serein au patient, lequel n'est plus invité à penser mais à se mouvoir dans la nouvelle situation.

La parole du thérapeute se fait alors suggestive, évocatrice et ouverte, à la recherche d'images motrices pour passer de perceptions diffractées à la "perceptude", soliste, globale, systémique. Et François Roustang d'ajouter, "l'état d'hypnose, tel que je le comprends, ne serait rien d'autre que la perceptude". Son enjeu premier serait là, passer de la perception à la "perceptude".

Une voie différente de celle du coach en ce sens qu'elle transite par l'hypnose, mais un but proche et des méthodes souvent voisines : vision systémique, supposition du problème résolu, lâcher prise… Et une lecture stimulante pour les coachs et thérapeutes saisis de vertige lors d'une séance qu'ils ont le sentiment de ne plus "maîtriser"...




Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 19:00

larmesLe Conseil constitutionnel a censuré vendredi 4 mai la loi sur le harcèlement sexuel, qui est directement abrogée. il a jugé la formulation du texte trop floue, renvoyant au législateur la responsabilité de définir plus clairement les contours de ce délit. Malheureusement, il laisse un vide juridique qui efface les procédures en cours si elles ne sont pas définitivement jugées (c’est-à-dire celle qui ne peuvent plus faire l’objet d’aucun recours) et envoie un signal rétrograde tant aux femmes qu’aux abuseurs potentiels.

 

Une construction juridique progressive

Depuis 2002, la notion de harcèlement sexuel est définie dans l'article 222-33 du Code pénal comme "le fait de harceler autrui dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle". Ce délit est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

Le délit de harcèlement sexuel avait été introduit dans le Code pénal français en 1992 et défini alors par "le fait de harceler autrui en usant d'ordres, de menaces ou de contraintes, dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle, par une personne abusant de l'autorité que lui confèrent ses fonctions". Une autre loi du 17 juillet 1998 avait ajouté les "pressions graves" à la liste des actes caractérisant le harcèlement. Mais la loi du 17 janvier 2002 est venue modifier cette construction juridique en élargissant son champ d'application, par la suppression de toutes les précisions concernant les actes par lesquels le harcèlement était constitué, et l'abus d'autorité avéré.

L’abuseur chicanier

Depuis 2002, À l'origine de la décision du Conseil Constitutionnel, une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée par Gérard Ducray, conseiller municipal de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Cet élu, qui a également été secrétaire d'Etat au Tourisme sous Valéry Giscard d'Estaing, a été condamné en mars 2011 à trois mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende pour le harcèlement sexuel de trois employées de la municipalité. Il s'était élevé contre cette décision et pourvu en cassation pour des raisons juridiques et sans contester les faits qui lui était reprochés (attouchements, propositions ouvertes et menaces sur la carrière en cas de refus).

Pour le Conseil constitutionnel, « l'article 222-33 du Code pénal permet que le délit de harcèlement sexuel soit punissable sans que les éléments constitutifs de l'infraction soient suffisamment définis. Par suite, ces dispositions méconnaissaient le principe de légalité des délits et des peines ». Autrement dit, mieux vaut une absence de loi qu’une loi imparfaite !

Déplorable juridisme

La conséquence de ce juridisme à courte vue – à courte vue car le Conseil aurait pu rendre exécutoire sa décision sous un délai qui aurait permis d’éviter ce vide juridique-, c’est qu’il annule toutes les poursuites en cours qui n’ont pas abouti à un jugement définitif et qu’il renvoie au législateur le soin de fixer des dispositions plus précises… au plus tôt d’ici l’été, compte tenu des élections présidentielle et législatives en cours et à venir. Une décision assez rare et radicale qui ne laisse que deux solutions à la disposition des victimes : la requalification des faits en harcèlement moral, à condition que le délai de prescription de trois ans ne soit pas épuisé ; ou la poursuite au titre du Code du travail si les actes incriminés ont été commis dans un cadre professionnel.

Abuseurs de tous poils profitez-en donc tant que le vide est là ! Quant à vous, les victimes, investissez dans un psy plutôt que dans un avocat ! Et si vous n’appartenez ni à l’une ni à l’autre des catégories, il vous reste à trouver cela lamentable… et à regretter qu’il n’y ait que deux femmes sur onze membres au Conseil Constitutionnel. Tout en vous obligeant à ne formuler aucune critique sur une décision de « justice »… Bien sûr.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 13:32

munch TheScreamLe Cri est un tableau expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch peint entre 1893 et 1917. Cette œuvre est souvent considérée comme la plus importante de l'artiste sur fond d'un paysage eprésentant Oslo, vu depuis la colline d'Ekeberg. L'une des quatre versions du tableau, un pastel, a été vendue par Sotheby's à New York pour un montant de 119,9 millions de dollars. Il devient ainsi, le 2 mai 2012, le record de vente d'une peinture aux enchères. Il est intéressant de constater que cette évaluation exceptionnelle du prix d'une oeuvre picturale, symbolisant l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle, traduit les angoisses de l'époque.


Ce prix n'est donc pas seulement l'effet d'une spéculation - comme souvent  - mais aussi l'écho de la société qui l'évalue ainsi. Il faut en outre considérer que, nombre de critiques d'art, y voient un cri muet. Un effroi resté dans la gorge du personnage. L'effet d'une terreur. Peut-être celle qui étreint aujourd'hui beaucoup de nos contemporains?


  "Je me promenais, écrit Munch dans son journal, à la date du 22 juillet 1892, sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers et qui déchirait la nature. "


… Si actuels, Munch et son Cri.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 19:25

Il faut lire (ou relire) "Mort d'un commis voyageur", d'Arthur Miller. Créée en 1949, la pièce rend parfaitement compte de la situation présente et des drames de la vie professionnelle des "seniors" : acharnement à demeurer performant, difficulté à faire face aux mises à l'écart, à la dégradation de l'estime de soi et volonté maladroite de trouver de nouvelles raisons d'espérer, aussi vaines les unes que les autres. Jusqu'à l'ultime échec de la revanche dont il rêvait qui l'enfonce dans la dépression et le conduit à la disparition par suicide. 

 

Dominique Pitoiset vient de reprendre la pièce et il la promène en France. Courrez la voir si elle passe près de chez vous. Vous ne regretterez pas cette traversée à la fois noire et bonhomme d'un moment de vie qui ne manquera pas de vous remémorer certaines situations actuelles.

 

De surcroît, la langue, simple et belle, apporte sa part de grandeur à ce drame quotidien dont émerge la belle figure de l'épouse aimante, soutenante qui sait voir et ne pas juger l'enfoncement de Willy Loman. Émotion garantie.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 00:10

Réalité Paul Watzlawick

 

La réalité de la réalité

Confusion, désinformation, communication

 

Traduit par Edgar Roskis

Première édition Random House, New-York et Toronto, 1976

Éditions du Seuil, Paris 1978 – Collection Points essais, 1984

 

Cet ouvrage de référence, publié en 1976 par Paul Watzlawick, thérapeute au Mental Research Institute de Palo Alto et professeur à Stanford, demeure aujourd’hui encore une des pierres angulaires de la pensée constructiviste. Dès la première phrase, l’auteur fixe clairement son propos en indiquant s’attacher au « procès par lequel la communication crée ce que nous appelons réalité ». Et, quelques lignes plus loin, il précise ainsi sa vision : « de toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes perceptions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles ». - Au secours Saint Thomas ! Comment puis-je encore croire ce que j’imagine voir ?

 

Particulièrement édifiante apparaît cette approche pour les gens de communication, pour les coachs et pour tous ceux qui s’intéressent aux relations humaines. P.W. la définit en l’opposant à la démarches scientifique traditionnelle en relevant que « l’interprétation scientifique dispose de deux méthodes : l’une consiste à développer une théorie pour montrer dans un deuxième temps comment les fait observables la corroborent ; l’autre présente de nombreux exemples tirés de contextes différents, puis entreprend d’en dégager, d’un point de vue pratique, la structure commune et les conclusions qui s’ensuivent. Dans la première, les exemples ont valeur de preuve ; dans la seconde, leur fonction est métaphorique et illustrative : ils sont là pour expliquer quelque chose, pour le transcrire dans un langage plus accessible, mais nécessairement dans le but de prouver quoi que ce soit. J’ai choisi la seconde approche… »

 

Beaucoup de nos pratiques se tiennent dans ces affirmations : ne pas chercher à prouver mais à illustrer, non pour démontrer une vérité transcendante mais pour aider à faire émerger la voie pragmatique vers une solution. La meilleure ? Allez savoir, mais du moment où elle est satisfaisante, elle est bonne.

 

1 – La confusion

Dès qu’il s’agit d’interactions humaines, il est important de favoriser la compréhension et de réduire la confusion, sachant toutefois que tout comportement en présence d’autrui a valeur de message et qu’en ce sens il définit et modifie le rapport entre les personnes. Une des difficultés régulièrement rencontrés par les traducteurs face aux significations multiples des messages, quand ceux-ci ne se trouvent pas affectés de la fameuse « double contrainte » (double bind). Comme lorsqu’on exige de quelqu’un un comportement qui, par sa nature même doit être spontané (ex. « sois spontané »), et qui, de ce seul fait ne peut plus l’être.

 

Mais, la confusion ne présente pas que des inconvénients. Elle aiguise aussi nos sens et notre attention aux détails. On l’utilise en psychothérapie pour transformer la vision d’une personne et le concept taoïste de wu-wei (inattention délibérée) met en évidence combien il peut être important de ne pas laisser son esprit conduire toute chose (dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, par exemple).

 

D’ailleurs, dans les situations où nos capacités habituelles de perception et d’intelligence ne suffisent plus à fournir des réponses, nous avons recours à certaines autres capacités qui ne semblent pas gouvernées par la conscience… Où l’on retrouve la valeur du lâcher-prise !

 

2 – La désinformation

P.W. emprunte ce terme au monde du renseignement, soucieux souvent de brouiller la vision du réel que se forme l’adversaire pour provoquer chez lui des réactions obéissant à une logique fallacieuse, un peu comme les animaux soumis à des expériences de récompense arbitraire.

 

D’autant qu’il est démontré, par Alex Bavelas, « qu’une fois notre esprit emporté par une explication séduisante, une formulation la contredisant, loin d’engendrer une correction, provoquera une élaboration de l’explication ». Ce qui signifie que l’explication devient « autovalidante » en ce sens qu’elle peut se renforcer autant par une preuve de sa vérité que par sa réfutation. Et que, l’ordre et le chaos, contrairement à l’opinion générale, ne sont pas des vérités objectives mais qu’ils se trouvent déterminés par le point de vue de l’observateur. Ce que P.W. nomme « ponctuation » (i.e. point de vue) en renvoyant à titre d’exemple au vieux dilemme de l’œuf et de la poule dont l’antériorité d’un des deux termes est le seul fait du choix d’un point de vue.

 

D’ailleurs, on n’est pas obligé de croire vrai tout ce qui s’affirme, il suffit qu’on le tienne pour nécessaire. Telle est la prémisse des désinformations produites par les rumeurs comme la célèbre « rumeur d’Orléans », étudiée par Edgar Morin ou par le désir ardent que nous éprouvons de nous trouver en accord avec notre groupe de référence. De cette obligation dans laquelle nous nous trouvons de ponctuer une interaction, résultent inévitablement des règles interprétatives quant à ce qui est advenu. Et, au fur et à mesure des échanges, chaque message, quelle qu’en soit la forme, réduit inévitablement le nombre possible des mouvements suivants.

 

Il y a ainsi dans la relation intersubjective une dimension presque toujours circulaire, comme en témoigne le « dilemme des prisonniers » énoncé par Albert Trucker, professeur de mathématiques à Princeton : un magistrat tient deux hommes pour suspects d’un vol à main armée ; les preuves manquent pour porter l’affaire devant les tribunaux ; il convoque les deux hommes et leur dit avoir besoin d’aveux pour les faire inculper, sans quoi il peut seulement les poursuivre pour détention d’armes à feu, délit qui les fait encourir six mois de prison ; s’ils avouent tous les deux, il leur promet la sanction minimale pour vol à main armée, soit deux ans ; mais, si un seul avoue, il sera considéré comme témoin officiel et relaxé, tandis que l’autre écopera du maximum, soit vingt ans. Puis il les fait enfermer dans des cellules séparées à partir desquelles ils ne peuvent pas élaborer une décision commune. Que faire face à cette situation ? Ne rien dire et prendre six mois est certainement la plus économique des solutions. Mais, si l’un d’eux en vient à se demander « et si mon compagnon profitait de la situation pour avouer ? » … À partir d’ici intervient une question centrale de la relation intersubjective : « que pense-t-il que je pense qu’il pourra penser que je pense… » Ad infinitum, on retrouve alors la problématique de la désinformation et de la contre-désinformation par les services secrets ou les stratèges.

 

De fait, on confond généralement deux aspects différents de la réalité. « Le premier a trait aux propriétés purement physiques, objectivement sensibles de choses, et est intimement lié à une perception sensorielle correcte, au sens « commun » ou à une vérification objective, répétable et scientifique. Le second concerne l’attribution d’une signification et d’une valeur à ces choses et il se fonde sur la communication », distingue P.W. Pour ma part, je préfère réserver le mot de « réel » au premier sens et considérer la « réalité » comme se référant au second.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Communication
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 18:22

images-1L'actuelle campagne présidentielle apporte quelques leçons surprenantes que les dirigeants d'entreprise gagneraient à méditer. Ainsi, parle-t-on beaucoup moins d'Internet et de Twitter que ces derniers mois. Non que le "modèle Obama" ait disparu, mais parce que ces médias électroniques sont désormais totalement intégrés aux stratégies des candidats. En revanche, on voit réapparaître un moyen de communication qu'on croyait rangé aux oubliettes des IIIème et IVème Républiques, ou réservé aux compétitions cantonales. Je veux dire le meeting de plein air, tenu sur un large espace ouvert pour montrer à tous, en commençant par soi-même, les moyens de sa puissance. Ce fut la Bastille et la plage du Prado pour J-L Mélenchon, la Concorde pour N. Sarkozy et l'esplanade du château de Vincennes pour F. Hollande.

 

À nous l'espace public !

Ces grands meetings et les foules qu'ils réunissent nous disent beaucoup plus que nombre de sondages sur l'état présent de l'opinion. Ils signalent un irrépressible besoin d'éprouver le coude à coude et le sentiment de puissance ressenti à l'occupation d'une rue ou d'un vaste espace public. Une énergie collective qui dépasse la simple addition des forces de chacun.

 

Ce besoin d'être forts témoigne de ce que les débats occultent : les menaces socio-économiques qui planent sur nos têtes et que nous oublions le temps de cette fête citoyenne, en sachant que ses lendemains seront douloureux. Nous éprouvons donc une profonde aspiration à être rassurés, que nous colmatons en partie par ce retour à une vieille figure de la puissance sociale et politique... en espérant confusément qu'elle intimidera les marchés financiers et qu'elle culbutera leur logique implacable. Un rêve sans doute, mais qu'importe s'il remplit pour le moment sa fonction de sécurisation.


Entendre un récit

À travers cette aspiration, c'est au sens des choses que ces foules appellent. Dans un pays qui s'est senti plier au cours des dernières années, c'est la compréhension du cours des choses qui fait défaut. Car, s'il est impossible de changer la façon dont elles vont, au moins qu'on les comprenne. Faute de quoi, c'est l'anxiété qui gagne.

 

D'où l'écho obtenu par le lyrisme de J-L Mélenchon, la campagne centrée sur la fierté d'une France forte conduite par N. Sarkozy, voire même cet oxymore de l'"espoir lucide" lancé par F. Hollande ce dimanche. A contrario, si F. Bayou ne semble pas atteindre l'étiage de sa précédente campagne, c'est probablement parce qu'il répète l'erreur de R. Barre en 1974 : les Cassandre ne font pas plus rêver qu'ils ne rassurent, surtout s'ils n'ont pas tort sur le fond.

 

Injonctions paradoxales

Si les citoyens ont besoin d'une force qui leur serve de bâton de marche et d'un récit qui soit leur boussole dans les passes difficiles, il est certain que les mêmes, dans leur situation de salariés, vivent des angoisses identiques et aspirent aux mêmes choses. Il est vrai, en effet, qu'au cours des entretiens que nous conduisons dans les entreprises, l'incompréhension des choix des dirigeants est présente à peu près partout.

 

Non que les salariés ignorent l'environnement économique international ou domestique. Au contraire, ils seraient souvent prêts à entendre un discours qui se fonderait sur ces constats assez généralement partagés. En revanche, plus que jamais, les chiffres, les statistiques et les tableaux excel sont invalidés par l'anxiété générale.

 

Au même titre que les discours en forme d'injonctions paradoxales du type "travaillez plus pour moins de sécurité dans votre emploi". Ou que les demi-réformes qui évitent les choix douloureux en laissant chacun dans un inconfort provisoire au caractère fortement anxiogène. En effet, lorsque les dirigeants ne sont pas clairs, lorsque le récit qu'ils transmettent est trop manifestement sujet à caution, en croyant apaiser les esprits ils engendrent une souffrance accrue.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Leadership
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 23:38

 

Ch. André Psycho de la peurChristophe André

 

Psychologie de la peur

Craintes, angoisses et phobies


Odile Jacob, Paris, novembre 2005, 368 p.

 

La peur est une émotion fondamentale, c’est-à-dire universelle, inévitable et nécessaire, puisque sa fonction consiste à nous protéger du danger… Sauf si une peur non régulée, que l’on nomme « attaque de panique » vient annihiler les capacités d’action ou de réaction du sujet. C’est à ce thème venu sur le devant de la scène psy que Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris (il y dirige une unité spécialisée dans le traitement des troubles anxieux et phobiques) a consacré cet ouvrage à la fois fouillé et grouillant d’exemples troublants.

 

Un phénomène souvent au travail chez ces patients consiste en ce qu’ils souffrent essentiellement d’une « peur de leur peur ». Et que personne ne vienne repousser l’assertion d’un revers de la main ! Environ un adulte sur deux est sujet à une peur excessive, activée par telle ou telle situation : le vide, l’enfermement, certains animaux, le sang, le regard des autres… La plupart du temps, les personnes concernées déploient des stratégies d’évitement destinées à ne pas se confronter à ces menaces. Cependant, à mesure que se renforce leur peur, celles-ci deviennent très invalidantes.

 

Heureusement, les thérapies comportementales et cognitives permettent désormais d’apprivoiser ces manifestations avec succès et dans un temps relativement limité. On sait, en effet, que le siège de nos réactions émotionnelles se situe dans la partie la plus archaïque de notre cerveau, le cerveau limbique. C’est d’ailleurs pourquoi, comme toutes les émotions, le déclenchement de la peur échappe à notre volonté. Mais, une fois l’alerte donnée, c’est notre néocortex qui décode et régule les émotions. Il peut les bien réguler ou, au contraire, se mettre à dysfonctionner jusqu’à l’anxiété – qui est une peur anticipée – ou encore, dans les cas plus graves, jusqu’à la panique et la terreur. Alors se produit une perte de contrôle sur la peur. C’est ici qu’interviennent les thérapies comportementales qui familiarisent progressivement le sujet avec la source de ses craintes pour en diminuer les effets invalidants.   

 

Apprentissage de la peur

Il semble que quatre grands types « d’apprentissages » puissent faciliter cet apprivoisement :

 

- les événements traumatisants,

- les événements de vie pénibles et répétés, comme des humiliations, des manifestations d’insécurité, 

la transmission par modèles, souvent par la voie parentale,

- l’intégration de messages de mise en garde insistant, en particulier au cours de son éducation.

 

À partir de là, le sujet peut devenir vulnérable à des « attaques de panique ». Celles-ci se trouvent caractérisées par la submersion émotionnelle (il ressent son corps comme une oppression), une attitude psychologique qui regarde exclusivement le monde à travers le prisme du danger et un comportement entièrement mobilisé par la surveillance et la préparation à la fuite. « La peur a de grands yeux », dit un proverbe russe.

 

Face aux processus pré-attentionnels qui ne dépendent pas de la personne, il est difficile d’agir. En revanche, les comportementalistes, par la confrontation progressive avec les situations perçues comme menaçantes, permettent à l’hippocampe et au cortex préfrontal de mieux jouer leur rôle de filtre des alertes lancées par l’amygdale cérébrale. Ainsi, de la même manière que le sujet a « appris sa peur », il apprend à la maîtriser.

 

Christophe André raconte ainsi de multiples situations cocasses à travers lesquelles il lui est possible d’aider ses patients : attitudes incongrues dans le métro, confrontation avec des araignées… Bien sûr, ces thérapies obéissent à des protocoles contrôlés, extrêmement progressifs et répétés, sous peine de risquer l’effet inverse de celui qui est recherché. Avec parfois l’aide d’antidépresseurs dont l’action consiste à augmenter le taux de sérotonine, donc la neurotransmission cérébrale.

 

Exposition à la peur

Ces techniques comportementales ont été inaugurées par Mary Jones, une thérapeute américaine, dès 1924. Le petit Peter, âgé de trois ans, avait développé une phobie des lapins, des rats et des grenouilles. Mary Jones décida de le traiter par deux techniques conjointes : le déconditionnement par habituation progressive et l’imitation des modèles. Durant les séances, l’enfant était installé sur une chaise haute et s’occupait à des activités agréables, comme jouer ou manger ses aliments préférés, tandis qu’un lapin était amené dans une cage. D’abord à l’autre bout de la pièce, puis progressivement plus près. Au bout d’une quarantaine de séances, l’enfant pouvait jouer affectueusement avec le lapin et sa crainte des autres petits animaux avait disparu et ces effets furent durables.

 

Parmi les méthodes d’exposition auxquelles recourent Christophe André et son équipe, les plus classiques concernent des expositions situationnelles, sur le modèle de celle de Mary Jones. Ils utilisent également des expositions intéroceptives basées sur le déclenchement de sensations liées à un réflexe de peur (vertiges, par exemple). D’autres fois, ils font appel à l’imagination des sujets, voire à des expositions par imagerie virtuelle, lorsque les méthodes in vivo sont impossibles.

 

Il est également possible de traiter avec succès les phobies sociales, souvent considérées comme les plus invalidantes et les troubles paniques avec agoraphobie.

 

Les peurs et phobies sociales

Les situations sociales provoquant des peurs et phobies se trouvent reliées au regard et à l’évaluation d’autrui. De nombreuses personnes souffrant de peurs sociales « sont fortement marquées par la honte », observe Christophe André. Or, les éthologues ont montré que ces émotions prennent racine dans les rapports de dominance et d’acceptance au sein des groupes animaux. Se joue là une question de statut.

 

Dans ces situations, le sujet est focalisé sur soi au détriment de l’interaction avec les autres et c’est ce que lui apprennent à contrôler les thérapies comportementales et cognitives, avant de développer un travail sur ses pensées et l’acceptation de soi.

 

Voilà une somme d’expériences et de réflexions qui seront très utiles au coach, qui croise sur son chemin nombre de problématiques en relation avec les peurs sociales et leurs effets invalidants.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 04:55

middlemanagementDeux cadres de La Poste qui se suicident en l’espace de quelques jours - le 23 février puis le 11 mars derniers - ont provoqué une onde de choc. Les syndicats dénoncent les effets toxiques d’une évolution à marche forcée, la direction promettant “des ajustements”, et les spécialistes des risques psychosociaux rappelant la dangerosité du stress et de la souffrance au travail.

Une réalité que même les plus dubitatifs ont désormais du mal à contester, avec deux explications principales : la mutation culturelle et le changement des modalités d’encadrement. Deux facteurs de risques humains  au travail à La Poste depuis qu’elle a amorcé, il y a quelques années, son passage vers le privé.

 


Choc des cultures


La Poste comme France Telecom, toutes deux issues  du service public, s'affrontent à des impératifs de productivité impliquant des changements organisationnels mais aussi l’adoption de nouvelles valeurs. Une véritable mue identitaire pour les salariés, d'autant plus douloureuse qu'elle ne s’accompagne pas d’un véritable soutien hiérarchique.


Mais, la comparaison s’arrête là, car la direction de La Poste ne pratique pas les mêmes méthodes de changement à marche forcée que l’ancienne direction de France Telecom adepte des mobilités forcées tant opérationnelle que géographique. De plus, elle ne se réfugie pas  dans le déni.


Restent les faits, et notamment la lettre laissée par l’un des cadres disparus accusant cette même direction d’“acharnement” et la rendant responsable de “sa perte de repères”. Un phénomène courant, lors de réductions massives d’effectifs et d'accroissement des cadences. Ajoutez l’application d’indicateurs de rentabilité, les obligations de reporting et de contrôle des procédures, et  vous mesurez combien ces phases d’adaptation peuvent être sources de tensions. Surtout pour ceux dont le rôle d'interface entre le sommet et la base renforce l’exposition au changement.

 

 

Entre deux feux


En tête de ces groupes à risque, le middle-management, à la fois exécutant et encadrant. Il se trouve à l’intersection hiérarchique exacte pour mettre en œuvre les nouvelles orientations et en subir les retombées négatives, répercutant auprès du reste des salariés des plans à la conception desquels il n’a pas pris part et dont il est le premier à tester les limites en essuyant les résistances de la base.


Une facette du métier à laquelle s’ajoutent une obligation de reporting désormais démesurée et divers autres tâches autrefois annexes et aujourd’hui prioritaires au point de modifier radicalement le contenu de l'activité  des managers de proximité. Jusqu’à les déposséder de ce qui, il y a une dizaine d’années encore, constituait le cœur de leur métier : l’animation d’équipe, la résolution de problèmes, l’encadrement. Un état de plus en plus fréquent chez cette catégorie de cadres et qui expliquerait la plupart des troubles psychosociaux constatés chez cette population de salariés.


Un travail ce n’est pas qu’un salaire. C’est un engagement une implication et souvent de convictions, surtout chez les cadres dont le statut implique un investissement personnel dans le travail. Des qualités qui, dans des périodes de mutation brutales et à 180°, ne font qu’accroître l’exposition au risque car on leur demande soudain d'endosser un rôle de composition, de porter d’autres valeurs et d’autres priorités, d’adopter un autre langage et d’autres méthodes.

 

 

Solitudes


L’évolution est flagrante. La protestation et le mal-être qui trouvaient leur expression dans l’arrêt du travail ou la grève sont en recul constant  et  sont remplacés par la montée des troubles psychosociaux – dépressions, burn-out, tentatives de suicide ou suicides – qui, tous, sont les manifestations aiguës d’une souffrance désormais vécue dans la solitude.


Quant à imaginer une possible embellie, difficile d'y croire tant que les dirigeants n’auront pas pris conscience qu’il est plus rentable pour eux que leurs salariés travaillent sans stress. Il est temps d’appréhender le bien-être au travail non comme une contrainte supplémentaire mais comme un facteur de productivité parmi d’autres.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 18:14

  Bram Van Velde J'ai trouvé chez le peintre Bram Van Velde (1895-1981) une attitude, face à la vie comme face à son oeuvre, qui présente toutes les caractéristiques d'une leçon posturale à l'usage du coach (si j'y allais de façon cavalière, le parlerais même de "l'assiette" du coach). Bram, tel que le décrit son ami  le poête et critique d'art Charles Juliet (1), sait se retirer, s'absenter de la vie pour laisser advenir la fulgurance qui donnera naissance à la toile.

 

Plus on sait, moins on est
Il faut dire qu'il a assez peu peint dans sa longue carrière exclusivement consacrée à son art. Environ 300 toiles en toute une vie, soit à peu près la production de Picasso dans la dernière année avant sa mort ! C'est un homme qui - au prix de l'acceptation d'une misère souvent profonde qui l'accompagna tout du long - est parvenu à s'abstraire du monde et de ses nécessités pour laisser advenir à lui l'impératif de créer. "L'artitste, dit-il, est celui qui est sans vouloir". Au point de se tenir dans l'absolue concentration du présent : "l'important, c'est de n'être rien", jette-t-il avant de compléter par ce constat, "le plus difficile c'est de ne pas vouloir". Car, et c'est peut-être là une de ses clés, "plus on sait, moins on est". Ou encore, "surtout, ne jamais s'affirmer".

 

Évidemment, il ne faut lire là aucune ode à l'inaction ni à la mollesse. Assis sous un arbre où il passe des heures à méditer, "je ne reste pas là sans rien faire. Mais, je travaille intensément". Tout simplement parce que "la toile ne vient pas de la tête, mais de la vie".

 

 

Je suis aux côtés de la faiblesse

Car une extrême intensité traverse cet oeuvre homogène, obsédé par le centre, le point focal, cet ombilic de la toile autour duquel se désagrège le tragique de la vie dans des tons souvent terreux. Un désordre de catastrophe qui pourrait bien révéler la profondeur et la beauté chahutée du monde.

 

Bram Van Velde doit nous inspirer dans notre pratique de coach. Singulièrement par cette présence en vérité, sans fard ni tentation de se relier au passé pour y trouver l'explication ou la justification qui sauverait. En apparence. Un présence qui ne fait pas l'économie du tragique ("je suis aux côtés de la faiblesse", dit-il) mais qui dispose toujours de ce centre essentiel autour duquel tout s'organise et qu'il nous appartient de rechercher pour soutenir notre client dans sa volonté d'avancer. Même si, comme l'énnonce Bram, "nous sommes toujours deux (i.e. en chacun de nous). Un vivant et un mort. Et ils sont constamment aux prises".

 

Avec, enfin, cette modestie en manière de leçon à tout thérapeute futur, accompagnant ou ami qui fait un bout de parcours avec un autre : "on ne peut que très peu pour autrui. Il est très difficile d'aider l'autre sans le trahir". Pourtant, nous nous y efforçons.

 

 

1 - Les citations sont issues de l'ouvrage de Charles Juliet, Rencontres avec Bram Van Velde, P.O.L., 1998.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

Créez votre badge

Le cabinet de curiosités

  
Salazie

Salazie

 

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés