Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 23:57

EKRSur le chagrin et sur le deuil

 

Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler

 

JC Lattès, Paris, 2009

 

 

Élisabeth Kübler-Ross est une femme importante, non seulement parce qu’elle fut la pionnière des soins palliatifs, mais aussi parce qu’elle écrivit de nombreux ouvrages sur le thème du deuil et qu’elle en théorisa le déroulement en cinq phases : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation, tout en indiquant immédiatement que « tout le monde ne passe pas forcément par ces cinq étapes et les réactions ne suivent pas toujours le même ordre ».

 

Reste cependant que le management contemporain s’est accaparé l’approche pour la transférer au champ des « deuils professionnels », comme les licenciements ou les mutations forcées. Avec, sans doute, quelques bonnes raisons, tant il est vrai que notre métier nous est identitaire et que nous avons avec lui des liens familiers. Mais également avec une radicalité mécanique qui aime à se rassurer à travers les modélisations.

 

Déni

À commencer par la phase de déni, dont EKR note : « Pour celui qui a perdu un être cher (…), le déni est à prendre au sens symbolique plutôt que littéral ». À noter tout de même qu’il s’agit-là d’un passage important (évidemment d’une durée variable) car « le déni est un mécanisme de protection psychique » face à un événement qui a d’abord procuré une profonde sidération.

 

Colère

Quand survient la colère, il est clair que nous sommes désormais en situation « d’affronter l’avenir sans la personne disparue ». Elle est une bouée à laquelle s’agripper et qui structure temporairement le néant de la perte. Et « plus vous ressentirez de la colère, plus vite elle se dissipera et plus vite vous guérirez », car c’est l’émotion que nous savons le mieux gérer.

 

Mais surtout, dans le deuil comme dans les situations professionnelles, il est inutile d’appeler les personnes à réprimer leur colère car nous les éloignerions de nous. « Exiger de quelqu’un qu’il soit différent, qu’il ressente des sentiments qui ne sont pas les siens, c’est ne pas l’accepter tel qu’il est »… Avis aux dirigeants trop pressés.

 

Marchandage

Surtout, ne prenons pas ce mot au pied de la lettre ! Dans le deuil, il renvoie aux implorations formulées pour que la situation ne soit qu’un mauvais rêve. De fait, il va souvent de pair avec un sentiment de culpabilité de la part de celui qui reste (mais, n’y en a-t-il pas chez ceux qui ne parviennent pas à comprendre une décision managériale qui leur paraît proprement impensable ?).

 

La fonction du marchandage consiste à donner à « croire que nous sommes en mesure de restaurer l’ordre dans le chaos qui a bouleversé notre existence ».

 

Dépression

Après ce temps de marchandage survient un temps de vide. On se replie sur soi, happé par une tristesse immense. Mais, remarque EKR « dans le deuil, cependant, la dépression est un moyen de protection naturel qui engourdit la système nerveux pour que nous puissions nous adapter à une situation apparemment impossible à affronter ».

 

Et, durant cette détresse, ce qu’attendent les personnes qui en sont saisies, ce n’est surtout pas qu’on leur « remonte le moral » mais que l’on sache « prêter une oreille attentive en gardant le silence ».

 

Acceptation

L’acceptation n’est pas, comme beaucoup le pensent, un accommodement de disparition. Progressivement, elle permet seulement de se réorganiser, de « redistribuer les rôles » qu’assurait le défunt. Elle ne consiste pas à voir les choses sous un angle positif, mais simplement à ré-agencer sa vie.

 

Est-elle jamais achevée ? En tout cas « l’acceptation est un lent processus, non pas une phase finale conclue par un point final » alerte EKR.

 

Ainsi, le deuil est-il un lent processus de guérison qui ne transforme en rien la réalité mais qui permet à ceux qui le vivent bien de ré-agencer leur relation avec le monde et la vie.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 16:12


Comment améliorer la performance d’une équipe, celle d’un manager ou d’un dirigeant ? Comment résoudre une difficulté à laquelle se confrontent les uns ou les autres ?

 

Une chose doit être regardée comme certaine, c’est que rien ni personne ne peut être totalement négatif. Il n’y a pas de tableau intégralement sombre, pas plus individu qu’organisation. C’est pourquoi chaque problématique ou plainte doit être, dans le même mouvement, entendue par le professionnel de l’accompagnement et relativisée, contextualisée, située dans son temps et son espace. Partant, la situation ou la personne à l’origine de la difficulté peut être nommée. Baptisée d’un surnom, « taureau furibard », « roue édentée », ou « mouton enragé » ou encore « diamant vert », le problème se trouve soudain décollé du client qui peut alors le regarder différemment.

 

Le pas qu’il a ainsi franchi lui permet de voir autrement le problème qui le bloquait et retrouver les moments au cours desquels il a pu le dépasser par le passé. Sur ces bases, il est en situation de retrouver les choses qui marchent et de construire autour d’elles une posture nouvelle qui, une fois acquise, devient le nouveau mode de fonctionnement.

 

Ainsi, apprendre à évoluer c’est être certain qu’une fois modifié, le cours des choses l’est de façon permanente. Tel est le constat que nous faisons, chaque fois que nous engageons nos interlocuteurs dans l’intériorisation d’une dynamique de changement.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 21:40

 

Ca bouge tout de temps dans les entreprises. Il ne se passe jamais plus de dix-huit mois sans réforme, réorganisation, restructuration pompeusement dénommées "vision 2000 quelque chose", "défi", "redressement", "rebond". Plus moyen de se poser ni même de respirer un peu. Tout se passe comme si, pour améliorer la performance de la moindre organisation (publique ou privée), il n'y avait point d'autre salut que celui de la grande lessiveuse qui rebat les cartes à fond, déplaçant les uns, écartant les autres et réduisant les effectifs à tous les coups. Quitte à revenir périodiquement aux solutions ex ante, largement éprouvées, n'est-ce pas?

 

Longtemps on a recherché dans "l'art de la guerre" de Sun Tzu, la façon d'apprendre la stratégie du mouvement à des entreprises regardées comme figées depuis des lustres. Mais, on a voulu aller si vite, si loin et avec si peu d'idées qu'on s'est limité au "bougisme", cette agitation qui simulte le mouvement sans le moins du monde stimuler les organisations. "Bouger pour ne pas changer", évoquait quelqu'un.

 

Bien sûr, il y a là l'une des incidences du court termisme qui gangrène l'économie réelle contemporaine. Mais, elle comporte des conséquences gravissimes en termes d'insécurité et d'anxiété pour les personnes. Le pire reste que, lorsque vous en discutez sereinement avec les dirigeants, ils partagent sans difficulté une pareille analyse... avant de s'en retourner à leur puzzle organisationnel.

 

Comment ne voit-on pas que les capacités de résilience des individus comme des organisations ont leurs limites et qu'une fois atteintes, les gains engrangés sont de pure apparence ? Comment imagine-t-on qu'en sacrifiant des pans entiers d'activité (je ne parle évidemment pas de celles devenues obsolètes) on se prive de la sève nourricière de l'économie?

 

Le mot a beau être devenu à la mode, il y a de quoi s'indigner, vous ne croyez pas?

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 22:01

papandréouUn homme enferré dans un conflit personnel immense. Voilà comment m'est apparu Georges Papandréou annonçant sa décision de soumettre à référendum le plan de "soutien" à la Grèce. Un homme débordé par un considérable conflit de loyauté entre une logique économique dont il comprend la dimension imparable et une souffrance populaire dont il sait qu'elle a atteint un seuil insupportable. Voilà,  digne d'une tragédie grecque, le dilemme dans lequel il s'est trouvé emprisonné et dont il n'a pu sortir autrement que par une manière de suicide politique. Comme Socrate absorbant la cigüe, il choisit ainsi sa liberté pour se prémunir d'un enfermement insupportable.

Dans le cas de Georges Papandréou, ce qu'il faut bien comprendre c'est que cet héritier d'une puissante lignée politique, élevé aux États-Unis et au Canada, connait la chose internationale et a parfaitement intégré les lois économiques mondiales. Mais, dans le même temps, il ne peut supporter de plonger à la fois lui-même et sa lignée dans une malédiction digne de celle des descendants d'Oedipe.

Sans doute l'avez-vous vu souriant, l'oeil vif à l'issue de la négociation de Bruxelles, le 27 octobre et les yeux dans le vague, tournés vers lui-même, quelques jours plus tard quand il présenta le plan de redressement à son pays. Incapable de maintenir sa cohérence interne dans cet écartèlement, il a choisi de disparaître pour ne plus s'y trouver confronté. Disparaître comme de Gaulle après un référendum raté ou disparaître plus rapidement en perdant sa majorité au Parlement, peu importe. Ce qui compte, à ce stade, ce n'est plus tel ou tel calcul stratégique, machiavélique ou maladroit, c'est sa tête offerte au bourreau.

Ce choix doit nous donner à réfléchir, car ils sont en effet nombreux, les dirigeants publics ou privés pris entre une logique économique implacable et une responsabilité humaine effrayante. Mais, à la différence de Papandréou, ils restent le plus souvent sourds aux souffrances et attentifs au ROI, le fameux Return On Investissement.

Dans son dernier souffle tel que nous le rapporte Platon dans le Phédon, Socrate murmure : "Criton, nous devons un coq à Asclépios; payez-le, ne l'oubliez pas". Comme quoi on peut à la fois échapper au dilemme insurmontable et payer scrupuleusement ses dettes.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 14:01

ChronoUn jour, un ami me demanda la recette du bonheur au travail. Je répondis par cette question : «Qu’est-ce que tu aimes faire?» À cela, il rétorqua : «Je connais plusieurs logiciels informatiques, je suis capable de coordonner des travaux, j’ai un bon esprit de synthèse, etc.» Voyant qu’il ne répondait pas réellement à ma question, je la posai de nouveau : «Tu as énoncé ce que tu es capable de faire. Maintenant, dis-moi ce que tu aimes vraiment faire dans la vie.» Il fit une pause, puis continua : «Je ne sais pas! Je ne sais vraiment pas ce que j’aime faire! Je n’y ai jamais pensé!» Voilà la vérité! Trop souvent, on néglige de se connaître. On ne sait pas ce qu’on veut faire de sa vie.

 

Courir à la reconnaissance

 

Pourtant, il était convaincu qu’à force de s’investir, de rendre service, de faire tout ce qu'il pouvait, il finirait par être reconnu et occuper le poste de ses rêves. C'est-à-dire le poste qui le ferait être considéré dans son environnement professionnel et privé. Il se consacrait tellement à son travail qu'il en perdait la notion du temps, et ses semaines comptaient de plus en plus d’heures. En public, il se montrait confiant, déterminé, maître de la situation, d’un abord facile et aimable. En privé, il était de plus en plus anxieux, méfiant, indécis, critique et sarcastique face à son travail. Quoi qu’il en soit, sa soif d’attention et de reconnaissance ne semblait jamais étanchée.

Au printemps suivant, une nuit, il se sentit très mal, éprouvant un stress intense. Il ne pouvait pas dormir, avait mal au coeur, comme s’il allait vomir et il manquait d’air. Il allait avoir 33 ans et ne présentait pas de facteurs de risques  cardiaques : il n’était pas obèse, ne fumait, pratiquait des sports régulièrement. Il était en forme. À trois heures du matin, les ambulanciers le conduisirent à l’hôpital en salle des soins intensifs. Il était en train de faire un infarctus! À son réveil, un jeune médecin, sur un ton sérieux, lui annonça la nouvelle : "Votre coeur ne sera plus jamais pareil".

De retour chez lui, il ne pouvait pas marcher longtemps, Monter un escalier de douze marches lui prenait environ trois minutes. Il dut  reconnaître ses limites. Ce n’est qu’en juillet qu'il put remonter sur sa bicyclette et se rendre près du fleuve, à l’heure du coucher du soleil. Quand il vit le soleil, il constata qu'il n’avait pas senti sa chaleur sur sa peau depuis des mois.

Quand les habitudes collent à la peau

Il reprit le travail à la fin de septembre. Le même travail, qu'il n’aimait toujours pas. L’ennui qu’il éprouvait contrastait avec ce qu'il vivait. Il appréciait tout, il appréciait les autres tels qu’ils étaient. Il trouvait la vie belle.

Il croyait s’être débarrassé de ses vieilles habitudes d’en faire trop pour prouver sa valeur, ce qui l’avait toujours conduit dans des situations insatisfaisantes. Rapidement, il fut déçu. Le quotidien reprenait le dessus. Le fait de revenir dans le même contexte, d’affronter le même genre de situations, tout cela faisait ressurgir les vieilles habitudes et les vieux réflexes. Il commença à ressentir les mêmes émotions qu'il éprouvait avant sa crise. Le même besoin de montrer ce qu'il valait et de s’affirmer. Il commença à exiger avec la même énergie qu’avant, répétant les mêmes gestes et les mêmes réactions, mais cette fois avec une différence : il se voyait agir.

Prendre soin de soi

Tout se passait comme s'il se filmait. Le fait était nouveau pour lui.  Il devint alors conscient de ses attitudes, de sa quête de reconnaissance et d’attention, et de sa souffrance lorsque qu'il ne les obtenait pas.

C’est en se rendant au travail à vélo qu'il trouva comment se sortir de l'impasse. S'il vivait des frustrations durant la journée, il arrivait à s’en défaire en revenant du travail, grâce au vélo. Cette activité physique l'aidait à prendre du recul. Avant et après le travail, il avait du temps pour lui et cela lui faisait du bien.

Il commença alors à faire attention à lui, et cela lui devint précieux. Après quelque temps, il sentit naître une nouvelle conviction : il n’avait plus à prouver sa valeur à qui que ce soit. Il se rendit compte qu'il ne voulait plus travailler dans l'informatique, mais comme il devait gagner sa vie, il décida d’en tirer le meilleur parti. Son attitude eut un effet de contagion. Ses collègues faisaient de même et apprenaient, eux aussi, à se protéger en prenant du recul et en exprimant au fur et à mesure ce qu’il leur arrivait. Une sorte de complicité s’installa entre eux et, ensemble, ils apprenaient à garder leur équilibre.

S'engager sans se détruire

Qu’est-ce que s’engager? C’est donner le meilleur de soi-même, s’investir, participer avec conviction. Or, quand il retournait sur sa chaise d'informaticien, donner le meilleur de lui-même, s’investir, participer avec conviction, n’était pas exactement ce qu'il faisait.

Voyant cela, il se dit qu'il devait être cohérent : «s’engager, c’est s’investir, et ce mot-là, ça me fait penser à l’argent", me dit-il un jour. "Toi, quand tu investis dans un placement, est-ce que tu investis dans n’importe quoi ? Tu regardes avant de placer ton argent de façon que ça te rapporte le plus possible.  Est-ce que ça pourrait être la même chose pour le travail ? Si le travail ne te rapporte rien, qu’est-ce que ça te donne d’investir là-dedans ?» L’engagement, c’est bien. Mais il faut que ce soit réciproque, il faut que ça apporte quelque chose aux deux parties. Travailler pour travailler, ça le tuait.

À partir de ce moment-là, il décida de commencer à s’accorder du temps, à donner du temps à sa famille, et à s’investir dans son travail, mais d’une manière équilibrée. Il n’avait d’ailleurs plus autant besoin de reconnaissance. Les choses se sont alors mises à changer pour lui. Il parvint à distinguer entre le contexte et lui. Avant de passer à l’action, il apprit à se poser une question : "est-ce que ça m’appartient ? S’il y a quelque chose que je peux faire, et que cela soit sous ma responsabilité, c’est bon, je m’y engage. Mais si ça ne m’appartient pas, dois-je nécessairement tout prendre sur mes épaules pour sauver la situation ?"

Un peu plus tard, il me confia qu'ayant "besoin de reconnaissance, il avait appris à se reconnaître". Avec le recul, il avait compris que c’était le plus beau cadeau qu'il pouvait se faire.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 17:28

1865137501 - copieC'est fréquemment que l'on constate combien la santé mentale des salariés dépend du sens que chacun d'eux donne à son travail. Une personne qui trouve un sens dans son travail est plus susceptible d’être en meilleure santé qu’une personne qui n’en trouve pas; elle est également plus encline à s’engager affectivement dans ses fonctions et donc à être plus efficace. Mais que signifie au juste ce qui pourrait n'être qu'un mot-valise appelé à enjoliver une réalité morose?

Cohérence

Le travail a un sens quand il y a cohérence entre la personne et le travail qu’elle accomplit. Elle se sent alors en harmonie avec ce qu’elle fait tous les jours. Cet effet de cohérence l'incite à considérer que son travail a un but, un dessein, de la valeur, de l’importance. Dès 1991, Baumeister a déterminé quatre besoins associés au sens que les personnes donnent à leur vie : le besoin d’avoir une raison d’être ou de vivre; celui d’avoir un certain contrôle sur son destin et sur ses projets; celui encore de se sentir en cohérence morale avec ses valeurs; enfin, le besoin d’être traité avec dignité. La satisfaction de ces besoins engendre le sentiment d’avoir une vie qui a un sens; s’ils ne sont pas satisfaits, la dépression guette.Le sens remplit trois fonctions psychologiques : il oriente les attitudes et les conduites de l’individu; il aide la personne à traverser les épreuves de la vie et à surmonter les problèmes; il permet de mettre en perspective les événements qui forgent son histoire. De même dans le travail, le sens donné à son action engendre un sentiment de sécurité psychologique et de sérénité qui aide une personne à surmonter les inévitables difficultés.

Contenu et relations

Certes, il est possible de s’adapter à une situation de travail qui nous apparaît absurde, qui manque de sens à nos yeux, mais cette adaptation se fait au détriment de quelque chose : l’ajustement des aspirations, la modification des valeurs rattachées au travail, le détournement de l’attention, l’accroissement de la valeur attribuée au salaire, la désaffection à l’égard du travail et de l’employeur, l’affaiblissement de l’estime de soi... En somme, le sens du travail (ses caractéristiques et son contenu) et le sens au travail (le contexte et les relations) sont essentiels à  la santé mentale et au bien-être psychologique, mais aussi la prévention de la maladie ou de la détresse psychologique.

Ainsi, le sens peut-il procéder des qualités intrinsèques du travail lui-même (le contenu), ou au milieu dans lequel il s’accomplit (le contexte). Par exemple, il est possible de réaliser un travail qui a un sens dans un milieu dépourvu de sens, ou d'accomplir un travail qui n’a pas de sens dans un milieu qui en a un. Mieux, on connaît des situations dans lesquelles on assure un travail qui a un sens dans un milieu qui en a un aussi !

Mais cette situation est largement dépendante de sa perception par le salarié. Si un employé perçoit positivement son travail, il lui trouvera un sens, et se sentira bien physiquement et mentalement. Il sera enclin à se présenter à l’heure à son travail, à s’engager affectivement dans ses activités, à se montrer vigilant, voire créatif, dans l’exercice de ses fonctions, à coopérer avec les autres pour atteindre les objectifs fixés et à donner le rendement attendu. En revanche, si un employé perçoit négativement son travail, fera appel à des stratégies défensives pour assurer un présentéisme dépourvu d'engagement réel et, s'il n'y parvient pas, il ressentira des symptômes de stress, voire de détresse, ainsi que des difficultés pathologiques.

Perceptions et enjeux de communication

Dans une même organisation, des personnes ayant le même type d’emploi et travaillant dans les mêmes conditions rapportent des états psychologiques différents. Certaines éprouvent de la détresse – elles représentent un pourcentage d’environ 20 % –, alors que d’autres disent qu’elles vont bien, et même qu’elles sont heureuses dans leur travail.

Comme il semble que chaque personne perçoit à sa façon le travail qu’elle réalise et les conditions dans lesquelles elle l’accomplit, certains chercheurs ont tenté de déterminer les caractéristiques individuelles qui peuvent expliquer ces différences. Parmi celles-ci, les unes semblent plus importantes que les autres. Ce sont l’âge, le niveau de scolarité, le sexe et le type de personnalité. Ainsi, les employés les moins instruits tendent à attribuer plus d’importance aux aspects extrinsèques du travail (Davidson et Caddell, 1994). constate que les travailleurs âgés se distinguent des jeunes par l’importance qu’ils accordent à la possibilité que leur offre le travail d’enseigner aux autres, de les former et de leur transmettre leur expérience (Mor-Barak,1995)  Selon d'autres auteurs, le sens et la représentation du travail évoluerait avec l'âge, passant d'enjeux identitaires à des enjeux plus matériels et de carrière chez les trentenaires avant de valoriser l'utilité du travail et la progression personnelle.

Le sens donné à son travail est donc éminemment subjectif car il s’élabore à partir de l’expérience et des caractéristiques individuelles du salarié ainsi que des émotions que lui fait vivre sa vie professionnelle. Pratt et Ashforth (2003) appellent ce processus «attribution de sens» (sensemaking).Certains pourraient croire un peu rapidement qu’il ne sert à rien de chercher à intervenir dans un champ aussi relatif. Mais, bien au contraire, puisque le sens du travail et avec lui le bien-être des salariés est largement ouvert au jeu des perceptions et des représentations, il s'analyse comme un phénomène communicationnel qu'il est possible de travailler, aussi bien et aussi profondément que l'image de l'entreprise.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Communication
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 15:47

Parthenon - copie Si je fais un bilan des études et plan d'actions que j'ai conduits depuis le début de l'année en matière de risques psychosociaux, je constate - comme l'ensemble de la profession - que les entreprises ont désormais compris les nécessités découlant de l'article L.4121-1 modifié du code du travail. Qu'elles aient lancé une démarche ou qu'elles attendent, pour des raisons d'opportunité interne, l'épée de Damoclès de la responsabilité pénale suspendue au-dessus des problématiques psychosociales fait son effet. Avec la question des suicides comme menace ultime.

Pourtant, c'est rarement à l'initiative exclusive des directions que ces démarches sont engagées. Il y faut souvent l'élément déclencheur de difficultés réitérées, relevées par les IRP ou les CHSCT, voire le dépôt d'un droit d'alerte pour que se mette réellement en marche une analyse commune. C'est pourquoi, il est hasardeux pour l'entreprise de se lancer seule, sans le regard d'un tiers extérieur dégagé des tensions internes.

D'ailleurs, la principale difficulté sur laquelle nous butons se rapporte au fait que les questions psychosociales coagulent l'ensemble des tensions accumulées entre Directions et Syndicats. La méfiance est fréquemment grande entre les acteurs. Pourtant, plus nos expériences s'enrichissent et plus se renforce ma conviction que ces questions doivent être traitées en dépassant les habituels enjeux sociaux, de façon à obtenir une mobilisation réelle de tous les acteurs de l'entreprise.

Car, passé l'enquête sur laquelle généralement les analyses convergent même si les mots souvent diffèrent, il faut ensuite passer à l'acte. Transformer ces analyses en plans d'actions partagées entre IRP - Direction - Conseils externes et s'accorder sur les priorités représente un réel défi. Mais, plus encore, c'est la mise en place de dispositifs réellement opératoires sur le terrain qui constitue l'étape la plus complexe à conduire. Car, si les acteurs de l'entreprise ont un avis (souvent élaboré) sur les facteurs de risques psychosociaux, ils se trouvent démunis pour faire émerger les leviers les plus efficaces pour traiter les enjeux essentiels.

Aider à choisir les mesures d'un plan d'action lisible par tous et réellement porteur de mieux être au travail représente, généralement, la part la plus subtile d'une démarche de prévention des RPS. C'est là que l'expérience stratégique, l'habitude des relations sociales et de la communication prennent le pas sur la qualité d'écoute et l'attention à l'autre pour que l'action puisse légitimement être regardée comme réussie, une douzaine de mois environ après qu'elle ait été lancée.

Vous l'avez compris, je ne partage pas l'avis qu'il faudrait distinguer le diagnostic (partie supposée "scientifiquement pure") de l'élaboration et la mise en oeuvre d'un plan d'action (aux relents de cambouis). Car, notre mission consiste bien à améliorer la vie au travail des salariés en respectant les équilibres sociaux et les enjeux principaux de l'entreprise qu'il ne nous appartient évidemment pas de bousculer, plus que  nécessaire, dans le cadre de nos interventions.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 18:31

SurtravailIntéressante décision de la Cour d'Appel de Caen, fin juin, autorisant une expertise sur les risques psychosociaux à l'usine Areva de La Hague, dans le cas d'un cadre qui s'est suicidé à son domicile en mars 2010. Depuis, cinq autres salariés du même site se sont d'ailleurs suicidés chez eux et deux autres ont tenté de le faire.

La cour, s'appuyant sur les rapports des médecins du travail, considère que, malgré les différentes études lancées par l'entreprise, la situation est préoccupante (sic). D'autant que Le travail a une  responsabilité certaine dans le suicide de ce cadre, d'après les dires d'un médecin de travail cité par la cour : les pointages feraient en effet apparaître six journées de plus de onze heures sur les dix dernières journées travaillées par l'intéressé.

Voilà un "mal français", celui de l'addiction au travail, voulue, consentie ou subie qu'il faudra un jour parvenir à guérir.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 16:38

Voilà deux mois que je n'ai pas mis le nez à la fenêtre du blog. Les urgences, la charge de travail, les déplacements... Or, dans cette période, somme toute brève, pas mal de choses ont bougé que je n'ai pas commentées : Fukushima, DSK, certains suicides en entreprise, les "concombres" empoisonnés, la Cour d'Appel de Versailles qui confirme la responsabilité de Renault dans un des suicides de son Technocentre...


Mais, dans la profondeur, comment nos "plaques tectoniques" se sont-elles déplacées ?

 

D'abord, il me semble que la confiance dans la science et, corrélativement, dans le progrès s'est encore effritée. Ainsi, on découvre progressivement les ravages à long terme que le Japon aura à subir du fait de la dévastation de son usine nucléaire. Le pays souffre. Son économie est en train d'entrer en récessession. La contestation commence à monter, même si elle demeure encore limité dans une culture profondément respectueuse des hiérarchies. En Europe, la crise sanitaire allemande vient encore creuser le déficit de confiance avec son accident sanitaire qui touche... la production bio!

 

Les révolutions arabes ont passé la période des fleurs enthousiastes pour entrer dans celle des récoltes difficiles et parfois sanglantes. Toutefois, on peut penser qu'à terme une évolution majeure est en train de se dessiner au Sud de la Méditerranée avec l'expansion de la démocratie. Il s'ensuivra probablement (à un horizon d'une dizaine d'années) une relance économique de ces pays, accompagnée d'un renforcement culturel de leur population. Probablement, cela amaorce-t-il un retour vers un meilleur équilibre et un plus grand respect mutuel entre les peuples, tout autour de la mer intérieure (en espérant qu'Israël et la Palestine seront emportées par cette vague positive).

 

Plus près de nous, la campagne pour l'élection présidentielle (et les législatives qui suivront) s'est engagée et elle sent déjà très fort l'égout, ce qui ne laisse présager rien de bon.

 

Et, plus près encore, les entreprises que je cotoient cherchent, assez largement, à se couvrir du point de vue de leur responsabilité en termes de risques psychosociaux. Je dis bien "se couvrir", encore qu'il en est où l'on ressent une réelle sincérité des dirigeants pour ternir compte du mal-être de certains collaborateurs. Mais, je n'en ai pas encore vu une qui se questionne sur l'intérêt du maintien de dispositifs managériaux pathogènes comme le triptyque délétère fonctionnement matriciel / individualisation des rémunérations / renforcement de la "qualité totalitaire".

 

Il nous reste donc pas mal à faire...

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 21:26

À voir le cours des nouvelles du moment, il me semble que le temps soit venu de s'interroger sur ce qu'est un dirigeant qui se respecte ? À quelles conditions il se respecte et dans quelles circonstances il se nie.

 

Se respecter, c'est manifester le souci de soi et celui de sa dignité. C'est prêter une grande attention à sa propre liberté. Se faire respecter, impose de ne pas se faire dicter ses propres choix. C'est moins chercher à plaire qu'à être soi. C''est cultiver la sincérité et l'honnêteté (au moins intellectuelle).

Se respecter c'est donc vivre pleinement son humanité.

 

Cependant, il est impossible de se respecter sans respecter l'autre. En le réifiant au rang de rouage anonyme d'une vaste mécanique dont on serait le maître absolu on se nie comme être respectable. Car, être respectable suppose de laisser à l'autre (grand ou petit) l'espace dans lequel il peut se mouvoir, penser et agir en autonomie. C'est considérer qu'il a le droit d'exprimer son avis et de réaliser ses choix, autant que faire se peut.

Se respecter, c'est donc considérer l'autre dans sa pleine humanité.

 

Tandis que nos congénères et nous-mêmes accédons à une meilleure compréhension des choses et du monde, nous respecter mutuellement devrait logiquement nous conduire à laisser à chacun la plus grande liberté possible, dans la limite évidemment du bien commun. Comment refuser de partager cet avis ? Pourquoi donc constatons-nous de plus en plus d'oppression à vivre le travail, alors même que la très grande majorité aspire à s'y réaliser en démontrant ses capacités ? Pourquoi les processus étendent-ils le maillage de leurs contraintes et l'ardente obligation de leurs contrôles (pardon, on dit "reporting") au point de nous obliger à agir comme des aveugles dans un tunnel, répétant des gestes appris en s'interdisant le moindre écart ?

 

Pourtant c'est bien dans l'écart que se niche souvent l'intelligence ou la découverte. C'est bien l'écart qui manifeste la pleine existence de l'individu qui se respecte. Évidemment, vous n'entendrez pas là les "écarts de conduite" mais vous mesurerez la richesse qui se tient dans l'exploreration des écarts... Quand donc parviendrons-nous à respecter et faire respecter le "droit à l'écart" ?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

Créez votre badge

Le cabinet de curiosités

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés