Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 10:50
Le management actuel est fondé sur le reporting, la rémunération individualisée et une manière de taylorisme du bureau qu'induisent les démarches dites de "qualité totale". C'est alors le binôme récompense/sanction qui triomphe. Or, il est de plus en plus difficilement supporté par les collaborateurs et, progressivement, son inefficacité devient évidente lorsqu'il est appliqué à des tâches complexes.

La politique de la carotte et du bâton n’est en fait efficace que pour des tâches répétitives. Et encore. Dès que l’on inclut des données complexes ou de la créativité, le résultat obtenu est l’inverse de l’effet souhaité.

Trois paramètres sont à garantir au salarié : autonomie, maîtrise et engagement personnel. Trois ressorts humains auxquels je suis très attaché. Voyez, par exemple, l'efficacité des fameux 20 % de temps laissé libre chez Google, On constate alors que la productivité monte en flèche, que le taux d’absentéisme diminue, que les talents sont attirés.

Le temps est venu de re-fonder nos concepts managériaux pour les adapter à la société du XXIème siècle.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 11:30

  Apple a beau avoir fait preuve de génie marketing, elle reste particulièrement désarmée face à une crise. Souvenez-vous combien il a fallu attendre pour que les rumeurs sur la santé de son charismatique patron, Steve Jobs, commencent à être commentées. Or voilà que, face à cette étrange épidémie d'Iphone craquelés, la firme américaine s'est longuement enfermée dans le mutisme, avant de commencer, cette semaine, à articuler une bribe de réponse. Une épidémie relative qui ne nécessitera pas de mobiliser l'OMS puisque nous parlons de 11 cas recensés en France (voir la carte des cas signalés).

Il s'agit là d'une erreur grave, car toute entreprise qui se tait face à une assertion qui la met en cause, avoue implicitement sa responsabilité. Le phénomène a beau apparaître comme une bizarrerie exotique vu depuis la côte ouest des États-Unis, se draper dans sa dignité de grande dame outragée n'est en rien une réponse. Surtout dans un moment où les inquiétudes sont prégnantes face aux dérives des technologies, notamment en matière de téléphones portables.

Il est clair que la société aurait dû réagir rapidement au phénomène, dès que plusieurs cas ont été connus, comme le font régulièrement les entreprises de l'automobile lorsqu'une défaillance technique apparaît. Bien sûr, cette petite alerte ne perturbera pas le succès modial de ce magnifique objet, mais il ne faudrait pas qu'Apple multiplie ces erreurs, car se serait alors sa superbe image sur le marché des technologies que viendrait à se craqueler.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 08:10
Ulrich Beck

La société du risque ; sur la voie d’une autre modernité

Trad. de l’allemand par Laure Bernardi

Ed. Flammarion, coll. Champs, 2001.



C’est en 1986, peu de temps après la catastrophe de Tchernobyl, que paraissait en Allemagne La société du risque. Livre pionnier, traduit en français au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 et de l’explosion d’une usine chimique à Toulouse. Alors qu’on s’interroge plus que jamais sur le « risque zéro », la prévention, le développement durable, l’ouvrage d’Ulrich Beck fournit les clés pour ce que l’auteur diagnostique comme un véritable changement de société.

Car, si nous ne vivons pas dans un monde plus dangereux qu’avant, le risque devient beaucoup plus qu’une menace. Il représente désormais la mesure de notre action. À une logique de répartition des richesses a succédé une logique de répartition des risques. Contrainte de se poser continuellement la question des ses propres fondements, la « société du risque » fait de la question de l’avenir du monde que nous laisserons en héritage, une question essentielle aujourd’hui.

Professeur de sociologie à l’université de Munich, Ulrich Beck est l’auteur d’une œuvre importante consacrée à l’individualisme contemporain, à la mondialisation et aux conséquences des changements technologiques.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 22:08
21 suicides à France Telecom depuis le début 2008. Pour une entreprise qui compte 90 000 salariés (en CDI), on pourrait considérer que le taux de 0,023% est à peu près dans la norme. Sauf que le suicide n'est ni une statistique ni un acte purement individuel. Car, si l'individu qui met fin à ses jours commet son dernier acte libre, celui-ci impacte fortement son environnement. Personnel comme professionnel.

C'est le cas à France Telecom, d'autant que l'on assiste depuis l'été à une succession rapide d'autolises : le 14 juillet dans les Bouches-du-Rhône, un autre à la mi-juillet à Draguignan, un troisième à Quimper le 31 et encore un quatrième à Besançon le 11 août. Or, on ne peut pas considérer cet été meurtrier comme traversé par une épidémie en ce que les suicidants ne se trouvaient pas dans une réelle proximité les uns des autres. Michel, le salarié suicidé dans la nuit du 13 au 14 juillet met en cause clairement les conditions de travail. Voir la lettre qu'il a laissée

Évidemment, la direction est poussée dans ses retranchements par les organisations syndicales. D'autant qu'elle s'est montrée jusque-là assez réticente à traiter au fond le sujet, conduisant la CGC et Sud (étrange attelage !) à monter l'Observatoire du stress et des mobilités forcées qui a recensé les 21 suicides évoqués ci-dessus. Incontestablement, la situation est difficile dans l'entreprise si l'on en juge par un autre indicateur : depuis 3 ans, 13 médecins du travail, sur les 70 de l'entreprise, ont démissionné.

Dans ses réactions aujourd'hui, l'entreprise développe un discours plus sensible à la problématique de la désespérance. Sauf que l'on attendra le 10 septembre pour que le CHSCT national soit convoqué sur le sujet et de longs mois encore pour que l'accord national interprofessionnel sur le stress, étendu à toutes les entreprise par le décret du 23 avril 2009, soit adapté au secteur des télécommunications.

Comme souvent, la problématique de l'analyse de cette situation est polluée par l'idée de responsabilité, voire de culpabilité, qui rôde autour du débat. Alors que l'on ferait mieux de regarder en face les questions que posent de tels actes à l'organisation du travail, aux réorganisations de services, à l'individualisation des situations, à la démarche de qualité totale et à l'étiolement de toutes les solidarités pour, chacun dans son domaine, contribuer à repenser le travail.

Faisons vite parce que, là aussi, ça brûle!


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 19:10
L'Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA) réalise une étude paneuropéenne sur la prévention des risques en milieu professionnel. Les cadres et délégués à la santé et la sécurité vont être interrogés au sujet de la gestion des risques sur le lieu de travail, en plaçant l'accent  sur les risques émergents et, en particulier, sur les risques psychosociaux.

L’étude vise à ce que les managers puissent se montrer plus efficaces en matière de santé et de sécurité et promouvoir la santé et le bien-être des salariés, L'enquête fournira aux décideurs politiques des informations comparables à l'échelle internationale permettant l'élaboration et la mise en oeuvre de politiques nouvelles.

En savoir plus sur l'European Survey of Enterprises on New and Emerging Risks (ESENER).
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 05:00
La grippe avaire, puis la grippe porcine ou H1N1, semblent avoir laissé la place à une belle quinte de toux politique. Luc Chatel, nouveau ministre de l'Éducation, a endossé le rôle du "Tonton qui tousse" dans le fameux sktech de Fernand Raynaud : il a lancé l'alerte en évoquant, tout pâle, les classes fermées, les écoles désinfectées, les progénitures rendues à leurs parents, bref un tsunami viral jetant les enfants comme les quilles sur un tapis de bowling et balayant  les RTT parentales patiemment accumulées.

Parallèlement, Roselyne Bachelot tempère en distillant une petite musique sage et rassurante qui fait du bien à entendre. Voilà donc le gouvernement doté d'une bonne et d'un méchant, non par académisme de commissariat, mais par effet miroir de l'opinion, qui balance entre crainte et scepticisme dans cette période de calme avant l'éventuelle tempête.

Cette communication préalable a une une fonction réelle et utile : comme toutes les rumeurs annonciatrices, elle amortirait le choc de la crise, si celle-ci survenait. Nous observons là une figure imposée de la gestion des crises, tant il est vrai qu'un groupe humain qui se trouverait totalement pris par surprise éprouverait d'énormes difficultés à surmonter les premières phases réactionnelles de déni, de refus puis de révolte.

Mais, si rien ne se passait ne risquerait-on pas de provoquer un scepticisme généralisé lors des alertes suivantes? Que nenni, non seulement parce que l'intérêt populaire serait rapidement détourné vers d'autres préoccupations, mais encore parce que devant chaque crise, l'individu est pareil à un poussin d'un jour : tout neuf, surpris, dérouté et sans mémoire.

Donc, jusque là, le coup est bien joué... en espérant que la situation catastrophique ne survienne pas.

D'autant que les grandes entreprises ont déjà pris leurs précautions : la SNCF a commandé 8 millions de masques pour lui permettre de tenir 120 jours; de son côté, la RATP s'est mise en position de faire face à 100 jours de crise, en termes de masques, de gels nettoyants, de serviettes à usage unique... Plus généralement, grandes entreprises et celles du secteur informatique (qui ont beaucoup appris du risque de bug de l'an 2000) se sont mises en situation d'affronter un absentéisme de l'ordre de 30% à travers leurs "plans de continuité". Sachant que ce seuil serait de toutes façon extrêmement élevé puisque, si l'on se réfère à l'expérience du groupe Safran, qui emploie 4000 personnes au Mexique, le taux d'absentéisme n'a jamais dépassé les 10% au plus fort de la crise.

Là où les choses risquent de se révéler les plus délicates, c'est dans les entreprises qui n'ont encore rien prévu. Car, aujourd'hui, les délais d'approvisionnement en masques sont déjà de huit semaines.
Alors, on risquerait  de s'apercevoir que les masques promis sont en nombre insuffisant et assez largement périmés (ils sont comme des yaourts, à consommer dans un délai assez court). Et que les vaccins manquent, car leur rythme de production par les laboratoires reste inférieur aux espérances car la souche fournie n'est pas très productive.

Que cette crise survienne ou pas, il est pressant continuer à s'y préparer d'arrache pied.



Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 21:35
Devant la multiplication et la médiatisation de cas de séquestrations, nombreux sont désormais les dirigeants qui s'interrogent sur cette éventualité. Avec crainte, le plus souvent et en le qualifiant de "prise d'otage". Le mot d'ailleurs fait florès lorsque les personnes sont, par surprise, empêchées d'agir : à chaque grève des moyens de transports, le mot revient dans la bouche des usagers sur les quais des gares.

Pourtant, il doit être clair qu'une séquestration n'a rien à voir avec une prise d'otage. Pour deux raisons au moins :

1 - l'otage, dès l'instant de sa capture, est "chosifié" et perd toute autonomie. Il devient un objet de marchandage, qui subit son sort sans aucune possibilité d'agir ni de parler librement.  il ne dispose d'aucun contact avec l'extérieur, sauf  à passer par ses geoliers. Comme il lui est totalement impossible de prendre la moindre initiative, son destin ne lui appartient plus.

2 - sa "valeur marchande" ne dépend que de ce qu'il représente en propre : un modeste humanitaire n'a pas un cours comparable avec celui d'une personnalité ou d'un navire, pour se référer à certains exemples récents.

Or, le séquestré n'est en aucune façon dans la même situation puisqu'il n'est pas l'objet direct du marchandage : ce que les personnels recherchent à travers sa séquestration, c'est faire bouger la direction sur des revendications qui leur sont essentielles. Il n'est pas l'objet de l'opération mais, un "sujet transitionnel" pour parler psy. C'est-à-dire à la fois un membre de l'autorité que l'on veut atteindre (la direction de l'entreprise) et un intermédiaire avec elle.

Cette fonction d'intermédiaire, à l'évidence, lui ouvre un marge de manoeuvre très différente de celle de l'otage puisque sa "valeur" véritable consiste à rétablir le circuit de discussion rompu avec le sommet de l'entreprise, souvent lointain humainement et géographiquement.

En complément des dispositions matérielles et pratiques à prendre (disposer d'un réfrigérateur, de boissons, de barres énergétique...), voilà sur quoi il est essentiel de travailler lorsqu'on cherche à se préparer à pareille situation, tant pour la prévenir que pour la gérer au mieux si elle survient. C'est en tout cas un sujet qui m'est fréquemment posé depuis le printemps dernier avec si peu de recul sur cet événement possible qu'il faut apprendre à l'apprivoiser avant qu'il survienne.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 22:23
Il y a quelques temps, les 3 Suisses avaient fait face à un raz de marée sur leur site en ligne, à la suite d'une erreur d'affichage de prix. Le site en ligne américain "Best buy" vient de connaître la même mésaventure en affichant un téléviseur Samsung à 59,99 $... Une aubaine, mais pas tant que cela en fait, car les conditions générales de vente des sites prévoient toutes le cas.

Bad buzz, diriez-vous? Pas certain car l'effet de notoriété est assuré. Il suffit de savoir en rire pour rebondir. Mais, l'idée reste "à consommer avec modération"!

Voir Culturebuzz, le site qui rapporte l'affaire.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 00:05
Le médiateur nommé par le gouvernement, Francis Latarche, ancien directeur de l'emploi de Haute-Garonne est arrivé le 17 août à Toulouse pour tenter de renouer le dialogue entre la direction de Molex et les syndicats, fermement opposés à la fermeture de l'usine, à l'arrêt depuis dix jours.

La CGT y voit un espoir. Souhaitons qu'il trouve les moyens de renouer un dialogue constructif. En tout cas son expérience antérieure et ses contacts expliquent sans doute sa désignation, montrant une fois encore combien la négociation est un art continu, inscrit dans la durée, plus qu'une série de coups aussi vite tirés qu'oubliés.

N'attendons pas non plus de réponse rapide. Il dispose de dix jours pour sa mission. Si tout se passe bien, il présentera une solution à l'extrême limite de cette période, voire demandera une rallonge. On sait en effet que dans toute négociation (et a fortiori toute médiation) la durée du travail accompli et sa difficulté apparente sont des éléments essentiels de sa crédibilité aux yeux des mandants appelés à décider : personnels d'un côté et entreprise de l'autre.

Voir l'article de La Dépêche du Midi
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Négociations
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 20:30
Peurs en tous genres et principe de précaution poussé aux extrêmes tétanisent notre époque au détriment de l'idée de progrès qui suppose optimisme, foi en soi et en l'avenir... ainsi qu'un goût de l'aventure.

De l'aventure, plus que du risque contrairement à la théorie de Denis Kessler qui opposait, en son temps, "risquophiles" et "risquophobes", au prix d'un anathème sur une large part de nos concitoyens dont, notamment les salariés. Car les capitaines d'entreprises (de PME, souvent) qui perpétuent la figure de l'entrepreneur, chère à Joseph Schumpeter, ne témoignent pas d'une passion du risque. Ils recherchent plutôt le sens d'une aventure faite d'innovation, de relations humaines, de partage d'objectifs mobilisateurs.

Et qu'on ne prétende pas qu'avec la financiarisation de l'économie qui, quoiqu'on dise est en train de reconstituer ses anciennes habitudes (ex : près de 50 millions d'euros distribués aux dix salariés les mieux payés de BNP), ce sont les traders qui représentent les "risquophiles" d'aujourd'hui : ils n'ont pas plus le goût de l'aventure que celui du risque. C'est à un jeu intellectuel, mi-poker mi-roulette, qu'ils se plaisent.

Si nous voulons donc dépasser cet "âge de la peur", qui dure tout de même depuis les années quatre-vingt en s'aggravant progressivement, il nous faut reconstruire un contrat social qui tout à la fois sécurise les parcours et les situations individuelles et qui valorise les initiatives créatrices. Dans l'ensemble de la société, de l'entreprise au social en passant par la culture. Car une civilisation développée ne peut pas s'amputer d'une part d'elle-même.

Chacun à notre place, nous devons y contribuer. D'autant que nous vivons une époque qui, en même temps qu'elle s'angoisse, voit les responsabilités sociales se redistribuer (ONG, Internet, mobilisations de toute nature).

Non, aversion pour le risque ou pas, je ne peux pas imaginer que l'idée d'aventure nous ait abandonnée.


Patrick Lamarque
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Le fil d'Ariane

 

  La leçon de Bram Van Velde

 

Bram Van VeldeJ'ai trouvé chez le peintre Bram Van Velde (1895-1981) une attitude, face à la vie comme face à son oeuvre, qui présente toutes les caractéristiques d'une leçon posturale à l'usage du coach (si j'y allais de façon cavalière, le parlerais même de "l'assiette" du coach). Bram, tel que le décrit son ami  le poête et critique d'art Charles Juliet (1), sait se retirer, s'absenter de la vie pour laisser advenir la fulgurance qui donnera naissance à la toile.

 

Plus on sait, moins on est
Il faut dire qu'il a assez peu peint dans sa longue carrière exclusivement consacrée à son art. Environ 300 toiles en toute une vie, soit à peu près la production de Picasso dans la dernière année avant sa mort ! C'est un homme qui - au prix de l'acceptation d'une misère souvent profonde qui l'accompagna tout du long - est parvenu à s'abstraire du monde et de ses nécessités pour laisser advenir à lui l'impératif de créer. "L'artitste, dit-il, est celui qui est sans vouloir". Au point de se tenir dans l'absolue concentration du présent : "l'important, c'est de n'être rien", jette-t-il avant de compléter par ce constat, "le plus difficile c'est de ne pas vouloir". Car, et c'est peut-être là une de ses clés, "plus on sait, moins on est". Ou encore, "surtout, ne jamais s'affirmer".

 

Évidemment, il ne faut lire là aucune ode à l'inaction ni à la mollesse. Assis sous un arbre où il passe des heures à méditer, "je ne reste pas là sans rien faire. Mais, je travaille intensément". Tout simplement parce que "la toile ne vient pas de la tête, mais de la vie".

 

 

Je suis aux côtés de la faiblesse

Car une extrême intensité traverse cet oeuvre homogène, obsédé par le centre, le point focal, cet ombilic de la toile autour duquel se désagrège le tragique de la vie dans des tons souvent terreux. Un désordre de catastrophe qui pourrait bien révéler la profondeur et la beauté chahutée du monde.

 

Bram Van Velde doit nous inspirer dans notre pratique de coach. Singulièrement par cette présence en vérité, sans fard ni tentation de se relier au passé pour y trouver l'explication ou la justification qui sauverait. En apparence. Un présence qui ne fait pas l'économie du tragique ("je suis aux côtés de la faiblesse", dit-il) mais qui dispose toujours de ce centre essentiel autour duquel tout s'organise et qu'il nous appartient de rechercher pour soutenir notre client dans sa volonté d'avancer. Même si, comme l'énnonce Bram, "nous sommes toujours deux (i.e. en chacun de nous). Un vivant et un mort. Et ils sont constamment aux prises".

 

Avec, enfin, cette modestie en manière de leçon à tout thérapeute futur, accompagnant ou ami qui fait un bout de parcours avec un autre : "on ne peut que très peu pour autrui. Il est très difficile d'aider l'autre sans le trahir". Pourtant, nous nous y efforçons.

 

 

1 - Les citations sont issues de l'ouvrage de Charles Juliet, Rencontres avec Bran Van Velde, P.O.L., 1998.

 


 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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