Le fil d'Ariane

Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 22:48

Par les temps qui courent, la technique de la médiation revient au devant de la scène pour sortir de conflits durablement bloqués. Dans l'affaire Molex, l'été dernier, l'intervention de Francis Latarche avait rouvert la discussion entre une direction américaine campée sur ses positions et des personnels  en situation de désespoir. À la Sodimatex, la semaine dernière, l'intervention du préfet a autorisé le retour à la table de partenaires sociaux engagés depuis une dizaine de mois dans un conflit autour de la fermeture de l'usine de Crépy-en-Valois.

Dans les deux cas, l'ancienneté de la confrontation et l'épuisement du dialogue avaient conduit à un état d'affrontement stable, dont la seule voie de sortie conduisait à la destruction de l'outil de production. Un forme de suicide industriel comme réponse au blocage. L'intervention d'un "tiers de bonne foi", crédible au regard des parties, permet ainsi de franchir le premier pas, celui qui modifie le paradigme ou, en tout cas, change le prisme de lecture.

Partant de là, un redémarrage de la discussion devient possible. Il rend imaginables  des options que les parties au conflit refusaient d'envisager, enfermées qu'elles étaient dans leur posture d'affrontement. Certes, il ne faut pas  attendre de miracle de cette réanimation d'une négociation exsangue. Les solutions les plus positives auraient été trouvées par les partenaires si elles avaient existé. Mais, la médiation aide chacun à clôturer le conflit pour tourner la page, au prix d'une douleur qu'il faut mesurer pour l'accompagner ensuite durant le temps nécessaire.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /Avr /2010 05:13


Vous vous inquiétiez, j'en suis certain, des bonus de nos traders. La crise, les faillites de banques, la fiscalisation de leurs revenus exceptionnels allaient les jeter sur la paille. Et avec eux, les restaurateurs étoilés, les concessionnaires de voitures de luxe... les bijoutiers et autres couturiers. Car les traders aussi, sont amoureux. Tout un monde de métiers précieux et d'élégance un peu trop voyante allait s'enfoncer dans l'Atlantide des souvenirs.

Si tel était votre cas, une récente enquête devrait vous rassurer (eFinancialCareers, conduite entre le 28 janvier et le 9 mars, auprès de 387 professionnels de la finance en France, 694 au Royaume-Uni et 190 en Allemagne). Elle révèle que les plus méritants, c'est-à-dire plus de la moitié, ont reçu des bonus au titre de 2009 : 46% en France, 54% en Allemagne et 57% au Royaume-Uni. Mieux, 60% ont révélé avoir reçu une augmentation de salaire en 2009 à hauteur de 12% en France, 26% au Royaume-Uni et 32% en Allemagne. Ne soyez donc pas étonné de ne pas avoir aperçu de cortèges revendicatifs autour de la Bourse. Une chose tourmente cependant la profession : la taxation des bonus. Pour les Français, par exemple, 58% se résignerait à l'expatriation si perdurait cette folie. Plutôt à Londres, Genève ou New York qu'à Bamako, mais cela vous vous en seriez douté.

Constatons donc que  l'univers mondialisé dans lequel ils baignent mondialise leur horizon personnel. Il sont prêt à suivre l'argent là où il va. Désormais, la thématique de la fuite des meilleurs cerveaux, qui alarmait les esprits soucieux de développement national, ici ou dans les pays en émergence (Inde, Chine, Brésil...) devient obsolète. Il faut plutôt parler de la mondialisation du marché des cerveaux, laquelle constitue un risque pour les places qui ne s'imposent pas en phares de leur profession.

Face à cette situation, les mesures locales (i.e. nationales) seront pas plus dissuasives que des sabres de bois. À l'évidence, une régulation plus large s'impose. Idéalement, bien sûr, au niveau international. Mais, si les intérêts des principaux acteurs mondiaux divergent au point qu'aucune entente soit possible, il faudra bien réguler au niveau régional (Europe, par exemple) ou à travers des partenariats ponctuels entre États ou groupes d'États. Même si les trous que ces dispositions laisseront, engendreront quelques fromages.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 08:11

Dans les  grandes organisations, privées comme publiques, la tendance est à l'organisation matricielle. Sur chaque site, les collaborateurs ne se trouvent plus sous l'autorité hiérarchique du responsable local, lequel n'est plus investi que de fonctions d'aubergiste industriel. Dans ce qui a cessé d'être "son" usine, chacun dépend maintenant d'une filière professionnelle. Le comptable relève du directeur financier, les RH d'un DRH situé à l'autre bout de la France quand ce n'est pas à l'étranger... et ainsi de suite.

Cette organisation, reconnaissons-le, est économique en ce qu'elle permet la mutualisation des compétences les plus rares, le traitement en série d'opérations identiquement répétitives et une structuration efficiente du back office. Même l'État évolue en ce sens, qui prépare la création d'un seul organisme chargé d'assurer la paie des fonctionnaires de tous poils et de tous ministères.

Tout ceci serait parfait si les collaborateurs avaient le sentiment de :
1 - connaître effectivement celui qui les évalue et détermine le montant de leur rémunération variable,
2 - savoir qui incarne l'entreprise en assumant le rôle de "chef" dans leur proximité.

Dans les organisations décentralisées, la situation n'est plus aujourd'hui régulée. Le responsable local n'est plus le "patron", celui entre les mains duquel repose l'essentiel décisions impactant la situation des personnes. Cette fonction "paternante" s'est disloquée et les salariés se trouvent désormais aussi égarés que des "enfants sans père". Ils n'ont plus aucun référent. Plus "d'autorité" (au sens riche) pour définir le cadre dans lequel ils peuvent s'exprimer.

Comme, parallèlement, l'entreprise a cessé de représenter la "mère" qui assure la protection (et l'amour) de ses "enfants" dans des temps où elle les répudie sans honte ni ménagement, les collaborateurs sont dépourvus de toute structure "contenante".

Ainsi assistons-nous à l'effacement du leadership. Un leadership qui manque d'autant plus que personne ne sait plus comment se diriger dans un monde déboussolé. C'est un fait grave, générateur d'inquiétudes voire de risques psychosociaux pour les plus déstabilisés, que cette trahison des leaders dans des entreprises qui ne connaissent plus ni père, ni mère. Ni foi, ni loi...?
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 21:52
Les idées sont neuves par rapport à l'époque au cours de laquelle elles émergent. La plupart du temps, elles correspondent à une reprise d'anciennes idées, occultées un temps durant, et revisitées parce que le besoin s'en fait sentir. En ce sens elles ne sont pas "inouïes" mais "ré-vélées".

Or, les temps actuels nous invitent à ouvrir les yeux pour revisiter le réel, le dés-oblitérer. Ainsi, en économie, les propositions actuelles de Dominique Strauss-Kahn, du haut de ses fonctions au FMI, correspondent à une façon de re-lire l'époque en refusant le dogme visant à limiter l'inflation mondiale à 2% pour le porter à 4%. Bien sûr, celà hérisse le fameux "consensus de Washington", rigoureusement libéral, que Stieglitz a déchiré à belles dents il y a quelques temps. Mais, si un peu d'inflation permet de relancer l'activité, recréer de la richesse et donner de l'espoir à nombre de ceux qui l'ont perdu, pourquoi s'en priver sous prétexte de ne pas manquer à une doxa ?

De même, dans l'entreprise où l'on voit certaines méthodes d'organisation faire fureur : organisation matricielle, flux tendus, hyper-contrôle réduisant l'autonomie, valorisation de l'appréciation individuelle au détriment de l'équipe... De plus en plus, on mesure combien cette fureur peut engendrer de dégâts humains et, du coup, poser plus de problèmes qu'elle en résout (France Telecom en est l'exemple criant).

Pourquoi alors ne pas, de façon toute pragmatique, corriger le dispositif. Non pas aux marges en colmatant quelques trous, mais au centre pour faire globalement mieux et économiser une ressource essentielle, même si elle est non fossile et reproductible, je veux dire la ressources en humains ? Franchement, pourquoi ?




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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 18:57
Nous devons avoir le courage de refonder notre vision du management en mesurant combien nous avons tous trop poussé à l'individuation du travail. Et pas seulement pour de mauvaises raisons de rentabilité. Car, nous avons sincèrement suivi Herzberg sur sa vision de l'engagement de l'individu à travers sa motivation, et Maslow dans sa pyramide des besoins humains dont le niveau le plus élevé correspondait à "l'accomplissement de soi" dans le travail. Il n'y a d'ailleurs pas à rejeter l'ensemble de ces apports.

Mais, l'évolution du travail contemporain nous montre, dans ses crises individuelles (burn out, stress...) comme dans ses crises collectives (conflits interpersonnels, harcèlement...) que les humains ressentent un autre besoin, sans doute négligé depuis trop d'années : celui d'être soutenus par les leurs. Et ce soutien est d'autant plus fort qu'il est le produit d'un collectif. Parce que le groupe sera toujours plus puissant que l'individu isolé.

Nous le savions, certes. Certains ont continué à le mettre en pratique (les militaires, par exemple), mais dans l'univers de la production industrielle et, plus encore, tertiaire, cette idée simple a déserté la doxa ambiante.

Il faut donc, très vite, que nous retrouvions la richesse du collectif dans nos fonctionnement. Pas seulement cet "allez les petits" inspiré du rugby, mais un réel partage des enjeux, une plus grande pratique de la décision commune. Et aussi  lier au groupe des évaluations et des éléments de rémunération retraçant la performance de l'équipe. À procéder ainsi, je suis certain que nous limiterons grandement la plaie des risques psychosociaux que nous cherchons convulsivement à cautériser.
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 05:52

Nous vivons sous le règne des experts. Pas un domaine, plus un projet sans ses experts, leurs rapports et leurs certitudes expérimentées. C'est positif car, pour peu que l'expert soit bien choisi, il est assez probable qu'une réponse éprouvée au problème posé sera apportée. L'aura de connaissance dont bénéficie l'expertise n'est évidemment pas usurpée dans le monde complexe dans lequel nous vivons.

Mais il ne faudrait pas - et c'est un risque constant- que l'expert se substitue au responsable. Politique ou mandataire social. D'autant que l'un est l'autre sont tentés de le faire. L'un, parce qu'il accède ainsi à l'ivresse du pouvoir sans les risques associés. L'autre, parce qu'il ouvre alors le parapluie dont il n'aime rien tant qu'entendre le cliquetis sonore au-dessus de sa tête.

Donc, le politique - ou le dirigeant d'entreprise, car ces métiers sont de plus en plus proches- doit assumer sa mission qui consiste à choisir, trancher, exprimer la vision.

Mais, pour que la décision soit correctement établie, elle doit reposer sur un troisième pilier. J'ai nommé celui qu'on devrait appeler "l'expert du quotidien", c'est-à-dire l'habitant de la ville, le citoyen quand il s'agit de choix politique ou le salarié, dans l'entreprise. Qui mieux que lui peut faire émerger les besoins pratiques, les nécessaires aménagements, les tournemains à partager, bref tout ce qui fait que les grandes visions se transforment en de concrètes réalités?

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Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 22:12

La banque d'affaires Lazard a passé la crise sans aide gouvernementale ni trop d'encombres car elle s'est spécialisée sur les restructurations et le rapprochement d'entreprises. Ainsi, mis à par le dernier trimestre 2009, elle a traversé la tempête avec des résultats positif. Aussi, faisant fi de toutes les "recommandations" des états, elle s'apprête à distribuer 450 millions de bonus, sans étalement ni paiement différé, ni encore évaluation des résultats sur le moyen terme. Un bras d'honneur aux autorités publiques des deux rives atlantiques.

En toute rigueur, que lui reprocher? Une entreprise privée se gère en toute autonomie. Qu'elle entende, par ce geste, fidéliser ses cadres ou bien attirer les plus brillants sujets de la concurrence, elle n'enfreint aucune loi et demeure strictement dans son rôle.

Ce n'est donc pas du point de vue micro-économique ou managerial que cette décision peut choquer, mais d'un point de vue systémique et macro-économique. Et nous retrouvons là une des vieilles problématiques de l'économie libérale : des décisions individuellement légitimes ne font pas nécessairement un choix correct du point de vue de l'intérêt général. Auquel Lazard, comme les autres, ne  peut échapper tant il en est partie prenante.

Voilà donc un nouvel exemple de l'impérieuse nécessité d'une régulation économique mondiale, qui soit réellement régulatrice et ose ne pas se limiter à de simples conseils ou "recommandation". L'appel a la raison n'a aucun effet de levier face à la logique des marchés... Mais, il est peu probable que cet avertissement sans frais soit d'aucune incidence dans un environnement où la valeur marchande reste l'unique et indépassable étalon...


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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 10:38

Avez-vous remarqué la place prise par le rire ? Radio, télévision, théâtre... tout se passe comme si un irrépressible besoin de dérivatif dominait notre société épuisée. Ajoutez à cela que le rire contemporain est généralement provocateur (voyer Ruquier et sa bande, par exemple).

On rit alors à gorge déployée de l'indécence d'une vérité exposée, qui jusque-là était demeurée voilée de bienséance. L'humour pétomane et scabreux est aujourd'hui au top.Transparence poussée à l'extrême ? Que nenni. Simplement, une façon de se lâcher en faisant exploser toute retenue. Pour éprouver au moins la satisfaction d'un soulagement post-flatulent.

Ce mouvement de la société est un appel. Lâchez-nous, dit-il. Cessez de nous harceler, de nous contraindre, de nous diviser en nous faisant courir comme des lévriers poursuivant le lapin électrique.

Il faut entendre ce signal faible, comprendre qu'il révèle une large extension du mal-être et  qu'il annonce la révolte prochaine, lorsque le rire aura cessé de soulager.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 21:34
Le mot de "crise" maque bien des notions qui sont loin d'être toutes rationnelles! Dans « crise », il y a aussi "émotion", voire "crise de nerfs"... Surtout y apparaît une notion de soudaineté,  de surprise, voire de peur, indépendamment du nombre des personnes atteintes, comme dans le cas du nuage radio-actif de Tchernobyl, ou celui de la grippe aviaire. Une crise sa nitaire est aussi une crise de quantité tant il est vrai qu'elle touche un grand nombre d'individus.

Mais, parfois la notion de crise n'était pas perçue. Elle rampe, d'abord confidentiellement, puis de façon plus ouverte comme ce fut le cas des effets cancérigènes de l'amiante : on sait que plus de 100.000 personnes mourront des suites de leur exposition à l'amiante, mais peu de gens en parlent et les responsables essaient de l'esquiver. Enfin, la crise sanitaire peut tuer et la perspective de notre confrontation à la mort n'est pas la moindre des dimensions terrifiantes.
 
Il me semble donc utile de survoler les principales crises sanitaires qu'a connue la France dans la période récente.

L'amiante

On connait la nocivité résultant de la manipulation de l'amiante depuis le début du siècle dernier (1900), mais il faudra attendre 1997 pour que son usage soit interdit en France.
Comment qualifier la gestion la l'amiante ? On pense à une forme de « cécité mentale ». Tout se passe comme si l'État refusait de voir un problème bien réel, d'ailleurs pris en compte chez beaucoup de nos voisins, et parfois depuis bien longtemps!

Quelle autre explication trouver à cette situation, si ce n'est la puissance d'un lobby industriel qui, pendant de longues années, a fourni des pseudos études niant la réalité. Et aussi le facteur temps, très préjudiciable pour les victimes, à savoir les délais parfois très longs entre l'exposition et l'apparition du mal.

Le sang contaminé
 
Wikipédia est très documenté sur le sujet.En résumé disons que le virus du SIDA a été identifié en 1983. Bonne et rapide réaction, une circulaire écarte les "sujets  à risques" (homosexuels) comme donneurs de sang, dès juin 1983.

En janvier 1984, une publication relie transfusion et contamination. Il apparaissait donc logique, dès ce moment, que soit mis en œuvre un dispositif (chauffage) permettant de détruire le virus dans les poches de sang prélevés, ou de systématiser les tests de dépistages sur le sang. Ces tests n'arrivent que progressivement, ils sont coûteux. Un flou entoure la poursuite du recueil de sang tout au long de cette année. Chaque pays fait un peu comme il peut.

Finalement, Laurent Fabius, premier ministre, impose un dépistage obligatoire chez les donneurs le 1er août 1985. Trop tard, 95% des hémophiles (malades recevant fréquemment des transfusions) sont déjà contaminés. La principale erreur n'est sans doute pas venue d'une  décision tardive mais surtout  de l'utilisation  de stocks de sang antérieurement acquis, provenant parfois de milieux « à risques » ( détenus) et ce jusqu'en octobre 1985. 2.000 hémophiles seront ainsi contaminés par le SIDA, à une époque où les traitements étaient encore très peu efficaces. Un drame.

En terme de gestion, force est de constater que le principe de précaution n'a sans doute pas été pris en compte assez précocement. D'autres pays ont été plus vite à réagir, soit en imposant le chauffage systématique du sang prélevé, soit n'utilisant pas des stocks suspects.

Le rôle joué par plusieurs spécialistes est indéniable. Mal conseillés et face à des avis divergents (et sans doute pas toujours dénués d'intérêts), les autorités ont agi avec retard. Il n'y a pas eu « cécité » mais plutôt mauvaise appréciation de l'importance du risque et une réaction un peu tardive. La crise laissera des traces dans l'opinion et un sentiment d'injustice pour les hémophiles.

Le nuage de Tchernobyl
 
Le 29 avril 1986, la centrale ukrainienne explose et un nuage radio-actif se propage vers l'ouest de l'Europe. Dans ce cas, l'État va se comporter comme quelqu'un qui panique et nie la réalité en déclarant que  "le nuage n'avait pas franchi les Alpes et ne nous était donc pas parvenu! ". Tout s'est passé comme si, pris de court, ne possédant aucune solution, craignant peut-être une panique générale, il avait été décrété, au plus haut niveau, de nous mentir, sciemment.

Les conséquences sont difficile à évaluer et cette crise sanitaire fait apparaître un État déboussolé,  totalement désarmé et qui sans vergogne le déni et le mensonge.

La vache folle et l'hormone de croissance

Entre 1986 et 2000 cet agent infectieux touche les milliers de bêtes, surtout en Grande-Bretagne. Il est décidé d'en abattre par milliers. On dénombrera 214 cas humains (maladie de Creutzfeldt-Jacob) dont 23  en France. Toute une série de mesures seront prises, notamment au niveau de l'alimentation du bétail et aux conditions de leur équarrissage. Dans l'ensemble, il semble bien que la gestion se soit déroulée dans des conditions satisfaisantes, en France comme ailleurs. Le scandale a surtout porté sur les conditions d'élevage.

C'est à cette occasion (en 2001) que l'Europe s'est dotée d'un principe de précaution, destiné à la protéger des risques sanitaires.

Quant à l'hormone de croissance, ce scandale concerne l'utilisation d'extraits de tissus nerveux prélevés dans des conditions peu rigoureuses pour en tirer une hormone destinée à soigner certaines formes de nanisme. À première vue, il semble que l'État n'a pas été directement concerné, les principales responsabilités se situant au niveau des responsables des prélèvements et des médecins prescripteurs.

La canicule de 2003

Durant l'été 2003, l'Europe doit faire face à une canicule.  Elle entrainera une surmortalité évaluée à 15.000 décès en France. Le nombre de décès enregistré chez nos voisins sera assez différent: entre 6.000 et 20.000 en Italie, environ 3.000 au Royaume-Uni, 141 en Espagne, 7.000 en Allemagne. On se souvient que c'est un urgentiste qui le premier alertera les médias. Le ministre de la santé gaffera en se présentant en polo sur son lieu de vacances et en banalisant la crise.

L'État, encore une fois surpris, réagira en proposant des mesures simples de prévention. Mais, avec retard.

La grippe aviaire

En 2004, un nouveau virus menace d'entrainer une pandémie grave. En même temps que des mesures de surveillance des oiseaux migrateurs sont réalisées, l'État songe à mettre en place un dispositif permettant de faire face à une éventuelle épidémie, c'est l'EPRUS, Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires. Des stocks très importants de Tamiflu et de masques sont constitués.

Tout un dispositif d'allure militaire est mis sur fiches. Il comprend notamment le recrutement de médecins volontaires, des séances de vaccination regroupées, etc... Le dispositif EPRUS n'a pas alors besoin d'être activé car la grippe aviaire ne touchera pas le pays...mais il sera repris tel quel quand arrivera la grippe A H1N1.

Le principe de précaution
 
Initialement, c'est par rapport à l'environnement que le principe dit « de précaution » a été mis en place. Il s'agissait de sensibiliser les États pour que des précautions soient prises sans attendre la survenue de problèmes graves. C'est au nom de ce principe de précaution que les arracheurs de plans de maïs OGM agissent: « En absence de certitude quand à l'innocuité des produits OGM, il est normal, c'est même un droit, de se protéger, donc d'arracher ». En 2005, ce principe de précaution est inscrit dans la Constitution française.

Aujourd'hui, une grande confusion règne. On confond précaution et prévention. On confond risque avéré et risque supposé.Les mentalités, elles aussi, ont évolué exigeant une extension du périmètre d'intervention du principe : plus personne n'accepte de ne pas être protégé  contre le moindre risque. Pour un rien, l'État est attaqué, suspecté de ne pas en faire assez.

La grippe A (H1N1)

Quand au printemps 2009, surgit cette nouvelle menace de pandémie, c'est une nouvelle « crise sanitaire » qui éclate. L'État, fort des expériences antérieures quelque peu désastreuses (sang contaminé, canicule, nuage de Tchernobyl, vache folle) et fort de cet outil constitutionnel qu'est le principe de précaution, prend la décision de vacciner l'ensemble de  la population et réactive le dispositif EPRUS.

Las, cette grippe A se révélera être une fausse alerte et la gestion de la crise fera l'objet de beaucoup de critiques. Il faut dire que le dispositif EPRUS, largement bureaucratique, a engagé la responsabilité de l'ensemble du personnel politique. Reste plusieurs erreurs difficilement compréhensibles: pourquoi ce manque de souplesse qui n'a pas permis d'adapter le dispositif au fur et à mesure de l'évolution de la menace? Pourquoi avoir tant tardé à mobiliser les médecins de ville? Pourquoi s'être entêté à affirmer la gravité du phénomène jusqu'à la date de l'annonce de la fin de l'épidémie, le 14 janvier 2010?


Du coup, il ne faudra pas s'étonner à l'avenir que l'État soit l'objet de méfiance tant en ce qui concerne l'évaluation de la menace sanitaire que la collusion avec les laboratoires. Quant au principe de précaution, il risque de provoquer des ravages car il pousse à la dramatisation et rigidifie les interventions publiques.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 20:35
Gaz à effets de serre, grippe A H1N1, effet Madoff, crise financière... le discours public est nourri de l'image de la catastrophe qui résonne fort dans le climat d'angoisse collective actuel qui enfle alors au rythme d'un virus incontrôlé. Ainsi, nous voilà obligés de vivre dans l'anticipation permanente de la catastrophe, avec pour unique horizon la gestion de multiples risques. Nous sommes pareils à des survivants à la fin du monde que mettent en scène certains films. Impossible de réver un futur autre que celui du désastre. Nous vivons dans l'anticipation du pire en prenant l'habitude de nous y mouvoir.

De plus en plus, notre imaginaire collectif devient celui d'une forme de "désir de catastrophe", encore inavouable mais déjà au travail. C'est ainsi d'une heuristique de la peur que se nourrissent le moralisme et le "précautionnisme" ambiants, fondateurs de cette éthique de la responsabilité devenue notre doxa. Là gît la racine des impératifs catégoriques dominants : le bonheur dans l'économie, le tri des déchets, l'usage parcimonieux des ressources naturelles, le goût des photos de la Terre vues du ciel, le ralentissement et la modération en tout. Comme s'il fallait mourir à feu doux pour retarder l'échéance.

Le tout s'accompagne d'un besoin sécuritaire qui prend une forme nouvelle. Non plus seulement individuelle (ma bagnole, ma maison...) mais aussi globale parce que impliquant la planète entière dans les principaux périls de l'heure.

Mais l'horizon de cette peur se savoure avec délice. Car sa globalité et sa radicalité catastrophique, paradoxalement, le maintiennent à l'écart de notre présent immédiat.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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Salazie

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