Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 17:28

1865137501 - copieC'est fréquemment que l'on constate combien la santé mentale des salariés dépend du sens que chacun d'eux donne à son travail. Une personne qui trouve un sens dans son travail est plus susceptible d’être en meilleure santé qu’une personne qui n’en trouve pas; elle est également plus encline à s’engager affectivement dans ses fonctions et donc à être plus efficace. Mais que signifie au juste ce qui pourrait n'être qu'un mot-valise appelé à enjoliver une réalité morose?

Cohérence

Le travail a un sens quand il y a cohérence entre la personne et le travail qu’elle accomplit. Elle se sent alors en harmonie avec ce qu’elle fait tous les jours. Cet effet de cohérence l'incite à considérer que son travail a un but, un dessein, de la valeur, de l’importance. Dès 1991, Baumeister a déterminé quatre besoins associés au sens que les personnes donnent à leur vie : le besoin d’avoir une raison d’être ou de vivre; celui d’avoir un certain contrôle sur son destin et sur ses projets; celui encore de se sentir en cohérence morale avec ses valeurs; enfin, le besoin d’être traité avec dignité. La satisfaction de ces besoins engendre le sentiment d’avoir une vie qui a un sens; s’ils ne sont pas satisfaits, la dépression guette.Le sens remplit trois fonctions psychologiques : il oriente les attitudes et les conduites de l’individu; il aide la personne à traverser les épreuves de la vie et à surmonter les problèmes; il permet de mettre en perspective les événements qui forgent son histoire. De même dans le travail, le sens donné à son action engendre un sentiment de sécurité psychologique et de sérénité qui aide une personne à surmonter les inévitables difficultés.

Contenu et relations

Certes, il est possible de s’adapter à une situation de travail qui nous apparaît absurde, qui manque de sens à nos yeux, mais cette adaptation se fait au détriment de quelque chose : l’ajustement des aspirations, la modification des valeurs rattachées au travail, le détournement de l’attention, l’accroissement de la valeur attribuée au salaire, la désaffection à l’égard du travail et de l’employeur, l’affaiblissement de l’estime de soi... En somme, le sens du travail (ses caractéristiques et son contenu) et le sens au travail (le contexte et les relations) sont essentiels à  la santé mentale et au bien-être psychologique, mais aussi la prévention de la maladie ou de la détresse psychologique.

Ainsi, le sens peut-il procéder des qualités intrinsèques du travail lui-même (le contenu), ou au milieu dans lequel il s’accomplit (le contexte). Par exemple, il est possible de réaliser un travail qui a un sens dans un milieu dépourvu de sens, ou d'accomplir un travail qui n’a pas de sens dans un milieu qui en a un. Mieux, on connaît des situations dans lesquelles on assure un travail qui a un sens dans un milieu qui en a un aussi !

Mais cette situation est largement dépendante de sa perception par le salarié. Si un employé perçoit positivement son travail, il lui trouvera un sens, et se sentira bien physiquement et mentalement. Il sera enclin à se présenter à l’heure à son travail, à s’engager affectivement dans ses activités, à se montrer vigilant, voire créatif, dans l’exercice de ses fonctions, à coopérer avec les autres pour atteindre les objectifs fixés et à donner le rendement attendu. En revanche, si un employé perçoit négativement son travail, fera appel à des stratégies défensives pour assurer un présentéisme dépourvu d'engagement réel et, s'il n'y parvient pas, il ressentira des symptômes de stress, voire de détresse, ainsi que des difficultés pathologiques.

Perceptions et enjeux de communication

Dans une même organisation, des personnes ayant le même type d’emploi et travaillant dans les mêmes conditions rapportent des états psychologiques différents. Certaines éprouvent de la détresse – elles représentent un pourcentage d’environ 20 % –, alors que d’autres disent qu’elles vont bien, et même qu’elles sont heureuses dans leur travail.

Comme il semble que chaque personne perçoit à sa façon le travail qu’elle réalise et les conditions dans lesquelles elle l’accomplit, certains chercheurs ont tenté de déterminer les caractéristiques individuelles qui peuvent expliquer ces différences. Parmi celles-ci, les unes semblent plus importantes que les autres. Ce sont l’âge, le niveau de scolarité, le sexe et le type de personnalité. Ainsi, les employés les moins instruits tendent à attribuer plus d’importance aux aspects extrinsèques du travail (Davidson et Caddell, 1994). constate que les travailleurs âgés se distinguent des jeunes par l’importance qu’ils accordent à la possibilité que leur offre le travail d’enseigner aux autres, de les former et de leur transmettre leur expérience (Mor-Barak,1995)  Selon d'autres auteurs, le sens et la représentation du travail évoluerait avec l'âge, passant d'enjeux identitaires à des enjeux plus matériels et de carrière chez les trentenaires avant de valoriser l'utilité du travail et la progression personnelle.

Le sens donné à son travail est donc éminemment subjectif car il s’élabore à partir de l’expérience et des caractéristiques individuelles du salarié ainsi que des émotions que lui fait vivre sa vie professionnelle. Pratt et Ashforth (2003) appellent ce processus «attribution de sens» (sensemaking).Certains pourraient croire un peu rapidement qu’il ne sert à rien de chercher à intervenir dans un champ aussi relatif. Mais, bien au contraire, puisque le sens du travail et avec lui le bien-être des salariés est largement ouvert au jeu des perceptions et des représentations, il s'analyse comme un phénomène communicationnel qu'il est possible de travailler, aussi bien et aussi profondément que l'image de l'entreprise.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Communication
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 15:47

Parthenon - copie Si je fais un bilan des études et plan d'actions que j'ai conduits depuis le début de l'année en matière de risques psychosociaux, je constate - comme l'ensemble de la profession - que les entreprises ont désormais compris les nécessités découlant de l'article L.4121-1 modifié du code du travail. Qu'elles aient lancé une démarche ou qu'elles attendent, pour des raisons d'opportunité interne, l'épée de Damoclès de la responsabilité pénale suspendue au-dessus des problématiques psychosociales fait son effet. Avec la question des suicides comme menace ultime.

Pourtant, c'est rarement à l'initiative exclusive des directions que ces démarches sont engagées. Il y faut souvent l'élément déclencheur de difficultés réitérées, relevées par les IRP ou les CHSCT, voire le dépôt d'un droit d'alerte pour que se mette réellement en marche une analyse commune. C'est pourquoi, il est hasardeux pour l'entreprise de se lancer seule, sans le regard d'un tiers extérieur dégagé des tensions internes.

D'ailleurs, la principale difficulté sur laquelle nous butons se rapporte au fait que les questions psychosociales coagulent l'ensemble des tensions accumulées entre Directions et Syndicats. La méfiance est fréquemment grande entre les acteurs. Pourtant, plus nos expériences s'enrichissent et plus se renforce ma conviction que ces questions doivent être traitées en dépassant les habituels enjeux sociaux, de façon à obtenir une mobilisation réelle de tous les acteurs de l'entreprise.

Car, passé l'enquête sur laquelle généralement les analyses convergent même si les mots souvent diffèrent, il faut ensuite passer à l'acte. Transformer ces analyses en plans d'actions partagées entre IRP - Direction - Conseils externes et s'accorder sur les priorités représente un réel défi. Mais, plus encore, c'est la mise en place de dispositifs réellement opératoires sur le terrain qui constitue l'étape la plus complexe à conduire. Car, si les acteurs de l'entreprise ont un avis (souvent élaboré) sur les facteurs de risques psychosociaux, ils se trouvent démunis pour faire émerger les leviers les plus efficaces pour traiter les enjeux essentiels.

Aider à choisir les mesures d'un plan d'action lisible par tous et réellement porteur de mieux être au travail représente, généralement, la part la plus subtile d'une démarche de prévention des RPS. C'est là que l'expérience stratégique, l'habitude des relations sociales et de la communication prennent le pas sur la qualité d'écoute et l'attention à l'autre pour que l'action puisse légitimement être regardée comme réussie, une douzaine de mois environ après qu'elle ait été lancée.

Vous l'avez compris, je ne partage pas l'avis qu'il faudrait distinguer le diagnostic (partie supposée "scientifiquement pure") de l'élaboration et la mise en oeuvre d'un plan d'action (aux relents de cambouis). Car, notre mission consiste bien à améliorer la vie au travail des salariés en respectant les équilibres sociaux et les enjeux principaux de l'entreprise qu'il ne nous appartient évidemment pas de bousculer, plus que  nécessaire, dans le cadre de nos interventions.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 18:31

SurtravailIntéressante décision de la Cour d'Appel de Caen, fin juin, autorisant une expertise sur les risques psychosociaux à l'usine Areva de La Hague, dans le cas d'un cadre qui s'est suicidé à son domicile en mars 2010. Depuis, cinq autres salariés du même site se sont d'ailleurs suicidés chez eux et deux autres ont tenté de le faire.

La cour, s'appuyant sur les rapports des médecins du travail, considère que, malgré les différentes études lancées par l'entreprise, la situation est préoccupante (sic). D'autant que Le travail a une  responsabilité certaine dans le suicide de ce cadre, d'après les dires d'un médecin de travail cité par la cour : les pointages feraient en effet apparaître six journées de plus de onze heures sur les dix dernières journées travaillées par l'intéressé.

Voilà un "mal français", celui de l'addiction au travail, voulue, consentie ou subie qu'il faudra un jour parvenir à guérir.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 16:38

Voilà deux mois que je n'ai pas mis le nez à la fenêtre du blog. Les urgences, la charge de travail, les déplacements... Or, dans cette période, somme toute brève, pas mal de choses ont bougé que je n'ai pas commentées : Fukushima, DSK, certains suicides en entreprise, les "concombres" empoisonnés, la Cour d'Appel de Versailles qui confirme la responsabilité de Renault dans un des suicides de son Technocentre...


Mais, dans la profondeur, comment nos "plaques tectoniques" se sont-elles déplacées ?

 

D'abord, il me semble que la confiance dans la science et, corrélativement, dans le progrès s'est encore effritée. Ainsi, on découvre progressivement les ravages à long terme que le Japon aura à subir du fait de la dévastation de son usine nucléaire. Le pays souffre. Son économie est en train d'entrer en récessession. La contestation commence à monter, même si elle demeure encore limité dans une culture profondément respectueuse des hiérarchies. En Europe, la crise sanitaire allemande vient encore creuser le déficit de confiance avec son accident sanitaire qui touche... la production bio!

 

Les révolutions arabes ont passé la période des fleurs enthousiastes pour entrer dans celle des récoltes difficiles et parfois sanglantes. Toutefois, on peut penser qu'à terme une évolution majeure est en train de se dessiner au Sud de la Méditerranée avec l'expansion de la démocratie. Il s'ensuivra probablement (à un horizon d'une dizaine d'années) une relance économique de ces pays, accompagnée d'un renforcement culturel de leur population. Probablement, cela amaorce-t-il un retour vers un meilleur équilibre et un plus grand respect mutuel entre les peuples, tout autour de la mer intérieure (en espérant qu'Israël et la Palestine seront emportées par cette vague positive).

 

Plus près de nous, la campagne pour l'élection présidentielle (et les législatives qui suivront) s'est engagée et elle sent déjà très fort l'égout, ce qui ne laisse présager rien de bon.

 

Et, plus près encore, les entreprises que je cotoient cherchent, assez largement, à se couvrir du point de vue de leur responsabilité en termes de risques psychosociaux. Je dis bien "se couvrir", encore qu'il en est où l'on ressent une réelle sincérité des dirigeants pour ternir compte du mal-être de certains collaborateurs. Mais, je n'en ai pas encore vu une qui se questionne sur l'intérêt du maintien de dispositifs managériaux pathogènes comme le triptyque délétère fonctionnement matriciel / individualisation des rémunérations / renforcement de la "qualité totalitaire".

 

Il nous reste donc pas mal à faire...

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 21:26

À voir le cours des nouvelles du moment, il me semble que le temps soit venu de s'interroger sur ce qu'est un dirigeant qui se respecte ? À quelles conditions il se respecte et dans quelles circonstances il se nie.

 

Se respecter, c'est manifester le souci de soi et celui de sa dignité. C'est prêter une grande attention à sa propre liberté. Se faire respecter, impose de ne pas se faire dicter ses propres choix. C'est moins chercher à plaire qu'à être soi. C''est cultiver la sincérité et l'honnêteté (au moins intellectuelle).

Se respecter c'est donc vivre pleinement son humanité.

 

Cependant, il est impossible de se respecter sans respecter l'autre. En le réifiant au rang de rouage anonyme d'une vaste mécanique dont on serait le maître absolu on se nie comme être respectable. Car, être respectable suppose de laisser à l'autre (grand ou petit) l'espace dans lequel il peut se mouvoir, penser et agir en autonomie. C'est considérer qu'il a le droit d'exprimer son avis et de réaliser ses choix, autant que faire se peut.

Se respecter, c'est donc considérer l'autre dans sa pleine humanité.

 

Tandis que nos congénères et nous-mêmes accédons à une meilleure compréhension des choses et du monde, nous respecter mutuellement devrait logiquement nous conduire à laisser à chacun la plus grande liberté possible, dans la limite évidemment du bien commun. Comment refuser de partager cet avis ? Pourquoi donc constatons-nous de plus en plus d'oppression à vivre le travail, alors même que la très grande majorité aspire à s'y réaliser en démontrant ses capacités ? Pourquoi les processus étendent-ils le maillage de leurs contraintes et l'ardente obligation de leurs contrôles (pardon, on dit "reporting") au point de nous obliger à agir comme des aveugles dans un tunnel, répétant des gestes appris en s'interdisant le moindre écart ?

 

Pourtant c'est bien dans l'écart que se niche souvent l'intelligence ou la découverte. C'est bien l'écart qui manifeste la pleine existence de l'individu qui se respecte. Évidemment, vous n'entendrez pas là les "écarts de conduite" mais vous mesurerez la richesse qui se tient dans l'exploreration des écarts... Quand donc parviendrons-nous à respecter et faire respecter le "droit à l'écart" ?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 23:33

Il y a près de trois mille ans, certains événements dans la Méditerranée ont donné naissance à l'histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide, un texte qui avec le temps est devenu la bible des théoriciens du réalisme politique. À la lumière des événements en cours dans cette même partie du monde, il semblerait que Thucydide reste toujours d'actualité – après tout, il nous dit lui-même qu'il a écrit son livre non pas pour ses contemporains, mais pour les générations à venir.


« L'espoir est un bien très cher »


En plein milieu de sa guerre de trente ans avec Sparte, Athènes décide de jouer sa main la plus forte : avec une marine supérieure, elle  contrôlerait toute la Mer Egée. La petite île de Mélos, jusque-là restée neutre, tomba dans cette zone de contrôle. Toutefois, la neutralité n'était plus une option : Athènes envoya une flotte de trirèmes à Mélos pour proposer aux Méliens une offre claire : se joindre à elle ou mourir.


La position d'Athènes était simple : les questions de justice sont pour les imbéciles et les enfants car celle-ci repose sur le calcul de la puissance. En bref, « les forts font ce qu'ils ont le pouvoir de faire et les faibles acceptent ce qu'ils ont à accepter ». Toute tentative des Méliens pour  nuancer cette affirmation brutale échoua. Il ne resta plus aux Méliens que l'espoir de retrouver une chance... un jour. Ironiquement, les Athéniens reconnurent que l'espoir « est un bien très cher ». Quant à la morale, ajoutèrent-ils, ne cherchez pas plus loin que notre force. Comme le dit une expression chère aux politiques réalistes de nos jours, les Athéniens ont affirmé qu'il ne s'agit pas d'une loi qu'ils ont créé eux-mêmes, mais plutôt d'une loi qui a existé, et existera, toujours.


Des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans


Mais les Méliens refusèrent de céder. Libres pendant sept cents ans, ils finirent par refuser de se rendre. Etonnés, les Athéniens qualifièrent la réponse d'enfantine : « Vous, vous voyez des incertitudes comme si c'était des réalités, tout simplement parce que vous voulez qu'elles le soient. » Ils retournèrent à leurs navires, commencèrent leur siège, conquirent Mélos, exécutèrent les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Le réalisme, paraît-il, l'emporta. Si la seule loi de la nature humaine et de la politique, c'est le pouvoir, Athènes avait parfaitement le droit d'exiger la remise de Mélos.


Les réalistes politiques contemporaines font écho des commandants athéniens : les intérêts stratégiques d'un état justifient l'utilisation du pouvoir et la moralité n'est qu'une couverture pour ces impératifs bruts nationaux. Ce raisonnement justifie non seulement le règne brutal des régimes autoritaires mais également notre soutien de ces régimes.


Ces dirigeants sont des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans. Cette nuance est importante dans une région où nous avons des intérêts critiques. Elle explique pourquoi nous avons globalement ignoré des abus épouvantables des droits de l'homme. En gros, nos propres chefs d'Etat ont accepté l'idée des Athéniens que les forts font ce qu'ils veulent et les faibles doivent souffrir les conséquences de ces décisions.


Réalité de l'espérance


Mais Athènes a oublié un autre axiome de Thucydide. Comme on le voit à Mélos, tout comme les humains s'efforcent de contrôler les autres, ils essaient également de résister à ceux qui tentent de le faire. La résistance au nom de la dignité humaine n'est pas moins fondamentale que les efforts faits pour briser cette même dignité.


Si, comme le pense Thucydide, la nature humaine est constante – et les milliers d'années d'Histoire qui nous séparent de l'Athènes antique semblent suggérer qu'il a raison – Thucydide aurait aujourd'hui peu de patience avec notre version actuelle de réalisme politique.


Aujourd'hui, les rues de Benghazi  ressemblent étrangement à cette ancienne plage à Mélos. Dans les deux cas, ceux au pouvoir ont estimé que des trirèmes et des lances, des chars et des canons, donnaient une légitimité à leur domination. Dans les deux cas, les faibles ont refusé de subir les actions des puissants, affirmant que la liberté et la dignité humaines font aussi partie de la réalité politique.


Bien que Mélos a été défaite, l'histoire ne s'arrête pas là. Peu de temps après, Athènes envahit la Sicile. Tout comme Mélos, la ville de Syracuse résiste ; tout comme Mélos, Syracuse avait peu de chances à réussir ; et tout comme Mélos, Syracuse néanmoins insista sur la réalité de la liberté. Et, contrairement à Mélos, Syracuse pulvérisa les forces d'Athènes.
Les jeunes Cairotes, Tunisiens ou Libyens sont aussi « irréalistes » que les Syracusains  ? Il est temps pour nos hommes de pouvoir, dans l'État comme dans les grandes entreprises, de se demander ce que signifie vraiment le réalisme politique.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 19:17

 EntrepriseIl y a un an, le Ministère du Travail publiait la liste des bons et mauvais élèves, parmi les entreprises de plus de 1 000 salariés ayant déclaré avoir signé un accord ou engagé un plan d’action concerté pour prévenir et gérer les risques psychosociaux. L’exposition médiatique des vagues de suicide dans les grandes entreprises et du plan d’urgence sur les RPS (risques psychosociaux) lancé par Xavier DARCOS peu de temps après, ont indéniablement conduit à une prise de conscience des dirigeants. Les entreprises, quelle que soit leur taille, ont aujourd’hui tout intérêt à considérer ces risques et à faire ce qu’il faut pour les prévenir.

L’enquête IFOP sur le bien-être psychologique au travail a interrogé par téléphone, en janvier dernier, 501 DRH et dirigeants d’entreprises françaises en janvier dernier. Ses résultats ont été publiés le 1er avril. Premiers enseignements : le bien-être psychologique au travail représente un enjeu important pour la quasi-totalité des dirigeants d’entreprises interrogés (95%) et 6 dirigeants sur 10 estiment que leur entreprise est concernée par les risques psychosociaux. Ce point, notons-le, marque une prise de conscience récente des enjeux portés par cette thématique.


 Une prise de conscience générale certes, encouragée par l’image que peut renvoyer l’entreprise sur le sujet. Ainsi,  la « promotion » du bien-être des salariés représente un thème de préoccupation majeur pour 84% des dirigeants.  Une promotion qui participe notamment à l’amélioration des relations en interne, évoquée à 75% et à la réduction du taux d’absentéisme pour 56% des personnes interrogées. Est citée en 3è position seulement, l’augmentation de la compétitivité et de la productivité de l’entreprise.

Parmi les risques psychosociaux, les dirigeants citent en premier lieu le stress, avec un résultat plus marqué pour les entreprises de plus de 1 000 salariés, puis le mal-être ou l’état dépressif, tout en évoquant en parallèle  les solutions de prévention.

En termes de prévention, une meilleure communication en interne arrive en tête des solutions, suivie par la gestion des conditions de travail.  Et si 6 dirigeants sur 10 estiment que leur entreprise est concernée par les risques psychosociaux (59%), le  constat est plus marqué pour les plus de 1 000 salariés et les entreprises du service.
 
Enfin, 2/3 des dirigeants et DRH interrogés ont déjà pris ou envisagent de prendre des mesures préventives pour pallier aux risques psychosociaux. Les grandes entreprises sont d’ailleurs davantage concernées par le sujet et un grand nombre d’entre elles a mis en place des mesures pour prévenir ces risques ou prévoit de le faire. À l’inverse, les plus petites, les moins de 100, n’envisagent pas d’actions préventives au cours des 12 prochains mois.

Les entreprises concernées par le bien-être psychologique des salariés mais n’ayant pas pris de mesures préventives (11% des cas) expliquent leur position par le fait qu’il ne s’agisse pas d’une priorité aujourd’hui (65%), mais également par le manque de ressources internes pour mener à bien un tel projet (55%) ou encore par le manque d’outils d’analyse pour réaliser un diagnostic de la situation.


En somme, les choses avancent dans les esprits, mais dans ce concret la réalité est sans doute un peu moins encourageante. En effet, d'après un autre sondage publié récemment par l'Anact (Agence Nationale pour l'amélioration des conditions de travail, 51% des entreprises n'ont pas de plan d'action portant sur le stress et 29%, si elles n'ont pas à proprement parler de plan de l'espèce, ont intégré la problématique dans leur politique de santé.Parmi les entreprises ayant un plan d'action spécifique, 63% ont mis en place un processus pour détecter les signes précurseurs de stress, l'analyse des risques portant principalement sur l'organisation du travail et les facteurs sociaux. 55% des groupes interrogés disent également analyser régulièrement les facteurs de risque et 49% indiquent avoir défini des indicateurs d'évaluation. Des scores qui indiquent, selon l'Anact que l'entreprise en est encore "au stade de la sensibilisation sur les risques psychosociaux".

 


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 14:12

Cyrulnik-MorinBoris Cyrulnik et Edgar Morin

Dialogue sur la nature humaine

La Tour-d'Aigues, L'Aube poche, 2010, 75 pages


Vous voulez disposer rapidement d'une réelle compréhension de la notion de complexité, chère à Edgar Morin et d'une perspective sur le constructivisme en sciences humaines, parce que ces théories sont essentielles aujourd'hui? Alors lisez ce petit ouvrage de 78 pages, issu d'un échange entre Boris Cyrulnik, le père de la notion de résilience, et Edgar Morin. C'est limpide et profond.

Sur la complexité

B. C. "Soit nous décidons d'être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu'il nous suffit d'accumuler de plus en plus d'information sur un point de plus en plus précis (...). Soit nous décidons d'être généraliste, c'est-à-dire mettre notre nez, un peu à chaque fois, dans la physique, la chimie, la biologie, la médecine légale, la psychologie : on finit alors par n'être spécialiste en rien, mais on a la meilleure opinion sur la personne qui nous fait face et qu'on appelle l'homme".

En réponse, E. M. nuance le propos en soulignant qu'il n'est pas interdit de disposer d'un corpus de connaissances approfondies mais que "le vrai problème est de pouvoir faire la navette entre des savoirs compartimentés et une volonté de les intégrer, de les contextualiser ou de les globaliser". Ainsi a-t-il constaté que l'anthropologie - la science de l'homme- est "quelque chose de tronqué, de mutilé" car on y élimine l'homme biologique. Et d'ajouter : "mais il y a besoin d'un long commerce pour que l'interdisciplinarité devienne féconde". Plus loin, on trouve cette définition éclairante : "la pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence des parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties". Comment ne pas les dissocier? "L'idée qui me semble très importante, souligne E.M., est celle d'émergence"... Une leçon pour le coach qui cherche à pénétrer le fonctionne d'un tout - l'entreprise, l'équipe, le service- à travers le contact avec son client.

Sur l'homme

Un premier constat oriente la réflexion sur le développement de l'homme. Un petit d'homme qui vient au monde ne peut devenir qu'un homme, du fait de son programme génétique. En même temps, il peut devenir "mille hommes différents selon son façonnement affectif, maternel, familial et social. Même la société peut participer à la structuration du cerveau!", s'exclame Boris Cyrulnik en ajoutant que l'isolement et la privation de l'autre ne permettent pas à l'homme de se construire (on nomme ces cas, en Allemagne, les "Gaspar Hauser").  Nous nous construisons donc, au moins en partie, dans cet espace interstitiel qui nous relie à nos semblables et au monde.

En même temps, en concevant le monde, nous le virtualisons et cette dimension cognitive crée autour de nous "une noosphère, c'est-à-dire une sphère de produits de nos esprits (...) qui va entourer l'humanité comme les nuées qui entouraient la marche des Hébreux dans le désert", souligne E.M. en ajoutant : "Je pense que nous ne réalisons pas que les idées - qui sont désormais nos intermédiaires nécessaires pour communiquer avec la réalité - vont aussi masquer la réalité et nous faire prendre l'idée pour le réel". "Le principal organe de la vision, c'est la pensée", note-t-il un peu plus loin.

Il faut en effet constater, avec B.C. que si les animaux vivent dans un monde essentiellement contextuel, "l"homme, lui, vit essentiellement dans un monde du récit, du virtuel, de l'aabstraction, des lois méthématiques. Nos émotions ont un pied dans la matière cérébrale". Ainsi,notre pensée organise-t-elle notre perception du réel et entre nous, le monde et nos semblables se construisent des inter-relations qui favorisent la diversité humaine. Accomplir l'unité de l'espèce humaine tout en respectant sa diversité, est donc non seulement une idée de fond, mais un projet essentiel.

Sur la vérité

Lorsqu'une opération est réalisée en laboratoire, on constate qu'elle est un leurre en ce sens qu'elle isole les phénomènes et simplifie la réalité. Il en va de même des idées : lorsqu'elles sont organisées en théories, celles-ci se critiquent et se régénèrent. Quand elles s'enferment en doctrines, elles s'enkystent. "Il me semble que lorsqu'une théorie devient trop cohérente, elle perd sa fonction de pensée, note B.C.;elle sert à unir certes, mais non à penser". Un peu plus loin, il ajoute, "les seuls à avoir des certitudes sont les délirants".

Faire oeuvre de culture, c'est alors donner au citoyen la capacité de dépasser les frontières et les compartiments clos des différents domaines du savoir. C'est, en même temps, faire oeuvre démocratique car elle permet de décrire une vérité et une identité plurielles, tout au rebours de la vérité absolue à laquelle se réfèrent tous les grands crimes contre l'humanité.

Le danger aujourd'hui "c'est le fragment  -le fragment nationaliste- qui veut se considérer comme la seule vraie totalité", conclut Edgar Morin, tandis que Boris Cyrulnik note en écho, "il faut être soi pour rencontrer".

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 11:19

 Le travail n'est pas un acte uniquement productif. On sait qu'il engage la personne et qu'il contribue à la construire. Mais, il existe une autre dimension, plus oubliée encore dans l'approche du travail, c'est la nécessaire coopération entre les individus qui le conditionne. Or, la généralisation de l'individualisation de la rémunération, fondée sur quelques objectifs joliement dit "SMART" - c'est-à-dire surtout simples à quantifier -, néglige que la production soit un fait collectif.

 

Entre la tâche, qu'il est à la limite possible de quantifier, et l'activité, qui produit le résultat, se tient l'engagement des acteurs dans une coopération. Elle témoigne que, travailler, c'est aussi vivre ensemble. C'est partager un engagement commun qui synthétise les engagements individuels et leur confère leur pleine opérationnalité.

 

Pour se déployer, la coopération exige d'une part une liberté de délibération (même limitée) pour chacun et une forme de convivialité entre les membres du groupe, soit l'existence active d'une confiance et d'une loyauté entre eux. Il faut donc, non seulement s'intéresser aux process productifs qui enchaînent les tâches successives, mais aussi aux espaces autonomes qui permettent à chacun d'investir sa volonté de se réaliser dans le travail. Et d'apporter sa singularité particulière à la réalisation commune.

 

Or, ces nécessaires solidarités ont été détruites par l'individualisation de la performance et ses conséquences en termes de rémunération, de promotion, d'estime. Les égoïsmes, les attitudes déloyales se multiplient, engendrant une expansion considérable de la peur dans les organisations de toutes natures. Avec l'accroissement des rythmes de travail, cette insécurité croissante est sans doute à l'origine de l'aggravation considérable des pathologies de surcharge.

 

Il devient donc urgent de penser le travail autrement, en portant une attention particulière à ces dimensions intimes d'un acte profondément social.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 23:42

RenaultLes salariés de Renault n’avaient pas besoin d’un nouveau scandale, après la profonde déstabilisation provoquée par les suicides à son technocentre, en 2006-2007. Or, c’est bien un scandale qui est en train de les secouer puisque le N°2 de l’entreprise, Patrick Pelata, a reconnu dans Le Figaro qu’il commençait à « avoir des doutes » sur la réalité des causes (espionnage industriel) qui avaient conduit l’entreprise à licencier trois cadres de haut niveau au début du mois de janvier, en les exposant à une violente vindicte médiatique.

Le directeur juridique et déontologique de Renault évoquait alors un « faisceau d’éléments convergents attestant » des faits. Ceux-ci auraient même été passés au crible d’un » comité de déontologie groupe » qui s’était prononcé sur la base d’une procédure « parfaitement normée, très rigoureuse et qui garantit le respect des principes éthiques »…

Or, en fait de procédure rigoureuse et de démarche éthique, on a appris qu’une dénonciation anonyme avait suffit pour commanditer l’enquête d’une officine de barbouzes en retraite plutôt que la saisine de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) et qu’un simple rapport oral avait servi de base à la fameuse « procédure rigoureuse » puis à l’examen minutieux des faits par le « comité d’éthique groupe ». Dit autrement et quel que soit le résultat final de l’affaire (espionnage, déstabilisation, règlement de compte interne…), il est clair que voilà une entreprise où l’on peut accuser et licencier sans preuve, sur la seule foi d’un renseignement anonyme. Voilà une entreprise où, par un code « déontologique » interne, la délation est encouragée alors que les ravages de ces pratiques durant l’occupation sont toujours présents dans les esprits. Voilà une entreprise où les mots (respect, éthique, déontologie) sont totalement démonétisés, au profit de l’exercice d’un pouvoir abusif sur les personnes.

Comment éviter d’éprouver le sentiment de toucher le fond avec ces formes de management négligentes de toute responsabilité sociale et humaine ? Comment, surtout, ne pas se dire que nous partageons une responsabilité collective et historique qui devrait nous pousser à renouveler en profondeur la doxa managériale actuelle faite d’individualisme au lieu de coopération, de démarche processus niant la part d’invention propre à tout travail et d’un régime de peur dominant la vie de l’entreprise ?

Certes, ce constat n’est pas généralisable sans nuance. Mais, avec plus ou moins de puissance, on le croise fréquemment dans les entreprises où les souffrances parviennent à se dire. Et il est assez probable qu’il contribue largement au climat général d’inquiétude et de démoralisation qui saisit l’opinion.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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