Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 23:33

Il y a près de trois mille ans, certains événements dans la Méditerranée ont donné naissance à l'histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide, un texte qui avec le temps est devenu la bible des théoriciens du réalisme politique. À la lumière des événements en cours dans cette même partie du monde, il semblerait que Thucydide reste toujours d'actualité – après tout, il nous dit lui-même qu'il a écrit son livre non pas pour ses contemporains, mais pour les générations à venir.


« L'espoir est un bien très cher »


En plein milieu de sa guerre de trente ans avec Sparte, Athènes décide de jouer sa main la plus forte : avec une marine supérieure, elle  contrôlerait toute la Mer Egée. La petite île de Mélos, jusque-là restée neutre, tomba dans cette zone de contrôle. Toutefois, la neutralité n'était plus une option : Athènes envoya une flotte de trirèmes à Mélos pour proposer aux Méliens une offre claire : se joindre à elle ou mourir.


La position d'Athènes était simple : les questions de justice sont pour les imbéciles et les enfants car celle-ci repose sur le calcul de la puissance. En bref, « les forts font ce qu'ils ont le pouvoir de faire et les faibles acceptent ce qu'ils ont à accepter ». Toute tentative des Méliens pour  nuancer cette affirmation brutale échoua. Il ne resta plus aux Méliens que l'espoir de retrouver une chance... un jour. Ironiquement, les Athéniens reconnurent que l'espoir « est un bien très cher ». Quant à la morale, ajoutèrent-ils, ne cherchez pas plus loin que notre force. Comme le dit une expression chère aux politiques réalistes de nos jours, les Athéniens ont affirmé qu'il ne s'agit pas d'une loi qu'ils ont créé eux-mêmes, mais plutôt d'une loi qui a existé, et existera, toujours.


Des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans


Mais les Méliens refusèrent de céder. Libres pendant sept cents ans, ils finirent par refuser de se rendre. Etonnés, les Athéniens qualifièrent la réponse d'enfantine : « Vous, vous voyez des incertitudes comme si c'était des réalités, tout simplement parce que vous voulez qu'elles le soient. » Ils retournèrent à leurs navires, commencèrent leur siège, conquirent Mélos, exécutèrent les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Le réalisme, paraît-il, l'emporta. Si la seule loi de la nature humaine et de la politique, c'est le pouvoir, Athènes avait parfaitement le droit d'exiger la remise de Mélos.


Les réalistes politiques contemporaines font écho des commandants athéniens : les intérêts stratégiques d'un état justifient l'utilisation du pouvoir et la moralité n'est qu'une couverture pour ces impératifs bruts nationaux. Ce raisonnement justifie non seulement le règne brutal des régimes autoritaires mais également notre soutien de ces régimes.


Ces dirigeants sont des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans. Cette nuance est importante dans une région où nous avons des intérêts critiques. Elle explique pourquoi nous avons globalement ignoré des abus épouvantables des droits de l'homme. En gros, nos propres chefs d'Etat ont accepté l'idée des Athéniens que les forts font ce qu'ils veulent et les faibles doivent souffrir les conséquences de ces décisions.


Réalité de l'espérance


Mais Athènes a oublié un autre axiome de Thucydide. Comme on le voit à Mélos, tout comme les humains s'efforcent de contrôler les autres, ils essaient également de résister à ceux qui tentent de le faire. La résistance au nom de la dignité humaine n'est pas moins fondamentale que les efforts faits pour briser cette même dignité.


Si, comme le pense Thucydide, la nature humaine est constante – et les milliers d'années d'Histoire qui nous séparent de l'Athènes antique semblent suggérer qu'il a raison – Thucydide aurait aujourd'hui peu de patience avec notre version actuelle de réalisme politique.


Aujourd'hui, les rues de Benghazi  ressemblent étrangement à cette ancienne plage à Mélos. Dans les deux cas, ceux au pouvoir ont estimé que des trirèmes et des lances, des chars et des canons, donnaient une légitimité à leur domination. Dans les deux cas, les faibles ont refusé de subir les actions des puissants, affirmant que la liberté et la dignité humaines font aussi partie de la réalité politique.


Bien que Mélos a été défaite, l'histoire ne s'arrête pas là. Peu de temps après, Athènes envahit la Sicile. Tout comme Mélos, la ville de Syracuse résiste ; tout comme Mélos, Syracuse avait peu de chances à réussir ; et tout comme Mélos, Syracuse néanmoins insista sur la réalité de la liberté. Et, contrairement à Mélos, Syracuse pulvérisa les forces d'Athènes.
Les jeunes Cairotes, Tunisiens ou Libyens sont aussi « irréalistes » que les Syracusains  ? Il est temps pour nos hommes de pouvoir, dans l'État comme dans les grandes entreprises, de se demander ce que signifie vraiment le réalisme politique.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 19:17

 EntrepriseIl y a un an, le Ministère du Travail publiait la liste des bons et mauvais élèves, parmi les entreprises de plus de 1 000 salariés ayant déclaré avoir signé un accord ou engagé un plan d’action concerté pour prévenir et gérer les risques psychosociaux. L’exposition médiatique des vagues de suicide dans les grandes entreprises et du plan d’urgence sur les RPS (risques psychosociaux) lancé par Xavier DARCOS peu de temps après, ont indéniablement conduit à une prise de conscience des dirigeants. Les entreprises, quelle que soit leur taille, ont aujourd’hui tout intérêt à considérer ces risques et à faire ce qu’il faut pour les prévenir.

L’enquête IFOP sur le bien-être psychologique au travail a interrogé par téléphone, en janvier dernier, 501 DRH et dirigeants d’entreprises françaises en janvier dernier. Ses résultats ont été publiés le 1er avril. Premiers enseignements : le bien-être psychologique au travail représente un enjeu important pour la quasi-totalité des dirigeants d’entreprises interrogés (95%) et 6 dirigeants sur 10 estiment que leur entreprise est concernée par les risques psychosociaux. Ce point, notons-le, marque une prise de conscience récente des enjeux portés par cette thématique.


 Une prise de conscience générale certes, encouragée par l’image que peut renvoyer l’entreprise sur le sujet. Ainsi,  la « promotion » du bien-être des salariés représente un thème de préoccupation majeur pour 84% des dirigeants.  Une promotion qui participe notamment à l’amélioration des relations en interne, évoquée à 75% et à la réduction du taux d’absentéisme pour 56% des personnes interrogées. Est citée en 3è position seulement, l’augmentation de la compétitivité et de la productivité de l’entreprise.

Parmi les risques psychosociaux, les dirigeants citent en premier lieu le stress, avec un résultat plus marqué pour les entreprises de plus de 1 000 salariés, puis le mal-être ou l’état dépressif, tout en évoquant en parallèle  les solutions de prévention.

En termes de prévention, une meilleure communication en interne arrive en tête des solutions, suivie par la gestion des conditions de travail.  Et si 6 dirigeants sur 10 estiment que leur entreprise est concernée par les risques psychosociaux (59%), le  constat est plus marqué pour les plus de 1 000 salariés et les entreprises du service.
 
Enfin, 2/3 des dirigeants et DRH interrogés ont déjà pris ou envisagent de prendre des mesures préventives pour pallier aux risques psychosociaux. Les grandes entreprises sont d’ailleurs davantage concernées par le sujet et un grand nombre d’entre elles a mis en place des mesures pour prévenir ces risques ou prévoit de le faire. À l’inverse, les plus petites, les moins de 100, n’envisagent pas d’actions préventives au cours des 12 prochains mois.

Les entreprises concernées par le bien-être psychologique des salariés mais n’ayant pas pris de mesures préventives (11% des cas) expliquent leur position par le fait qu’il ne s’agisse pas d’une priorité aujourd’hui (65%), mais également par le manque de ressources internes pour mener à bien un tel projet (55%) ou encore par le manque d’outils d’analyse pour réaliser un diagnostic de la situation.


En somme, les choses avancent dans les esprits, mais dans ce concret la réalité est sans doute un peu moins encourageante. En effet, d'après un autre sondage publié récemment par l'Anact (Agence Nationale pour l'amélioration des conditions de travail, 51% des entreprises n'ont pas de plan d'action portant sur le stress et 29%, si elles n'ont pas à proprement parler de plan de l'espèce, ont intégré la problématique dans leur politique de santé.Parmi les entreprises ayant un plan d'action spécifique, 63% ont mis en place un processus pour détecter les signes précurseurs de stress, l'analyse des risques portant principalement sur l'organisation du travail et les facteurs sociaux. 55% des groupes interrogés disent également analyser régulièrement les facteurs de risque et 49% indiquent avoir défini des indicateurs d'évaluation. Des scores qui indiquent, selon l'Anact que l'entreprise en est encore "au stade de la sensibilisation sur les risques psychosociaux".

 


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 14:12

Cyrulnik-MorinBoris Cyrulnik et Edgar Morin

Dialogue sur la nature humaine

La Tour-d'Aigues, L'Aube poche, 2010, 75 pages


Vous voulez disposer rapidement d'une réelle compréhension de la notion de complexité, chère à Edgar Morin et d'une perspective sur le constructivisme en sciences humaines, parce que ces théories sont essentielles aujourd'hui? Alors lisez ce petit ouvrage de 78 pages, issu d'un échange entre Boris Cyrulnik, le père de la notion de résilience, et Edgar Morin. C'est limpide et profond.

Sur la complexité

B. C. "Soit nous décidons d'être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu'il nous suffit d'accumuler de plus en plus d'information sur un point de plus en plus précis (...). Soit nous décidons d'être généraliste, c'est-à-dire mettre notre nez, un peu à chaque fois, dans la physique, la chimie, la biologie, la médecine légale, la psychologie : on finit alors par n'être spécialiste en rien, mais on a la meilleure opinion sur la personne qui nous fait face et qu'on appelle l'homme".

En réponse, E. M. nuance le propos en soulignant qu'il n'est pas interdit de disposer d'un corpus de connaissances approfondies mais que "le vrai problème est de pouvoir faire la navette entre des savoirs compartimentés et une volonté de les intégrer, de les contextualiser ou de les globaliser". Ainsi a-t-il constaté que l'anthropologie - la science de l'homme- est "quelque chose de tronqué, de mutilé" car on y élimine l'homme biologique. Et d'ajouter : "mais il y a besoin d'un long commerce pour que l'interdisciplinarité devienne féconde". Plus loin, on trouve cette définition éclairante : "la pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence des parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties". Comment ne pas les dissocier? "L'idée qui me semble très importante, souligne E.M., est celle d'émergence"... Une leçon pour le coach qui cherche à pénétrer le fonctionne d'un tout - l'entreprise, l'équipe, le service- à travers le contact avec son client.

Sur l'homme

Un premier constat oriente la réflexion sur le développement de l'homme. Un petit d'homme qui vient au monde ne peut devenir qu'un homme, du fait de son programme génétique. En même temps, il peut devenir "mille hommes différents selon son façonnement affectif, maternel, familial et social. Même la société peut participer à la structuration du cerveau!", s'exclame Boris Cyrulnik en ajoutant que l'isolement et la privation de l'autre ne permettent pas à l'homme de se construire (on nomme ces cas, en Allemagne, les "Gaspar Hauser").  Nous nous construisons donc, au moins en partie, dans cet espace interstitiel qui nous relie à nos semblables et au monde.

En même temps, en concevant le monde, nous le virtualisons et cette dimension cognitive crée autour de nous "une noosphère, c'est-à-dire une sphère de produits de nos esprits (...) qui va entourer l'humanité comme les nuées qui entouraient la marche des Hébreux dans le désert", souligne E.M. en ajoutant : "Je pense que nous ne réalisons pas que les idées - qui sont désormais nos intermédiaires nécessaires pour communiquer avec la réalité - vont aussi masquer la réalité et nous faire prendre l'idée pour le réel". "Le principal organe de la vision, c'est la pensée", note-t-il un peu plus loin.

Il faut en effet constater, avec B.C. que si les animaux vivent dans un monde essentiellement contextuel, "l"homme, lui, vit essentiellement dans un monde du récit, du virtuel, de l'aabstraction, des lois méthématiques. Nos émotions ont un pied dans la matière cérébrale". Ainsi,notre pensée organise-t-elle notre perception du réel et entre nous, le monde et nos semblables se construisent des inter-relations qui favorisent la diversité humaine. Accomplir l'unité de l'espèce humaine tout en respectant sa diversité, est donc non seulement une idée de fond, mais un projet essentiel.

Sur la vérité

Lorsqu'une opération est réalisée en laboratoire, on constate qu'elle est un leurre en ce sens qu'elle isole les phénomènes et simplifie la réalité. Il en va de même des idées : lorsqu'elles sont organisées en théories, celles-ci se critiquent et se régénèrent. Quand elles s'enferment en doctrines, elles s'enkystent. "Il me semble que lorsqu'une théorie devient trop cohérente, elle perd sa fonction de pensée, note B.C.;elle sert à unir certes, mais non à penser". Un peu plus loin, il ajoute, "les seuls à avoir des certitudes sont les délirants".

Faire oeuvre de culture, c'est alors donner au citoyen la capacité de dépasser les frontières et les compartiments clos des différents domaines du savoir. C'est, en même temps, faire oeuvre démocratique car elle permet de décrire une vérité et une identité plurielles, tout au rebours de la vérité absolue à laquelle se réfèrent tous les grands crimes contre l'humanité.

Le danger aujourd'hui "c'est le fragment  -le fragment nationaliste- qui veut se considérer comme la seule vraie totalité", conclut Edgar Morin, tandis que Boris Cyrulnik note en écho, "il faut être soi pour rencontrer".

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 11:19

 Le travail n'est pas un acte uniquement productif. On sait qu'il engage la personne et qu'il contribue à la construire. Mais, il existe une autre dimension, plus oubliée encore dans l'approche du travail, c'est la nécessaire coopération entre les individus qui le conditionne. Or, la généralisation de l'individualisation de la rémunération, fondée sur quelques objectifs joliement dit "SMART" - c'est-à-dire surtout simples à quantifier -, néglige que la production soit un fait collectif.

 

Entre la tâche, qu'il est à la limite possible de quantifier, et l'activité, qui produit le résultat, se tient l'engagement des acteurs dans une coopération. Elle témoigne que, travailler, c'est aussi vivre ensemble. C'est partager un engagement commun qui synthétise les engagements individuels et leur confère leur pleine opérationnalité.

 

Pour se déployer, la coopération exige d'une part une liberté de délibération (même limitée) pour chacun et une forme de convivialité entre les membres du groupe, soit l'existence active d'une confiance et d'une loyauté entre eux. Il faut donc, non seulement s'intéresser aux process productifs qui enchaînent les tâches successives, mais aussi aux espaces autonomes qui permettent à chacun d'investir sa volonté de se réaliser dans le travail. Et d'apporter sa singularité particulière à la réalisation commune.

 

Or, ces nécessaires solidarités ont été détruites par l'individualisation de la performance et ses conséquences en termes de rémunération, de promotion, d'estime. Les égoïsmes, les attitudes déloyales se multiplient, engendrant une expansion considérable de la peur dans les organisations de toutes natures. Avec l'accroissement des rythmes de travail, cette insécurité croissante est sans doute à l'origine de l'aggravation considérable des pathologies de surcharge.

 

Il devient donc urgent de penser le travail autrement, en portant une attention particulière à ces dimensions intimes d'un acte profondément social.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 23:42

RenaultLes salariés de Renault n’avaient pas besoin d’un nouveau scandale, après la profonde déstabilisation provoquée par les suicides à son technocentre, en 2006-2007. Or, c’est bien un scandale qui est en train de les secouer puisque le N°2 de l’entreprise, Patrick Pelata, a reconnu dans Le Figaro qu’il commençait à « avoir des doutes » sur la réalité des causes (espionnage industriel) qui avaient conduit l’entreprise à licencier trois cadres de haut niveau au début du mois de janvier, en les exposant à une violente vindicte médiatique.

Le directeur juridique et déontologique de Renault évoquait alors un « faisceau d’éléments convergents attestant » des faits. Ceux-ci auraient même été passés au crible d’un » comité de déontologie groupe » qui s’était prononcé sur la base d’une procédure « parfaitement normée, très rigoureuse et qui garantit le respect des principes éthiques »…

Or, en fait de procédure rigoureuse et de démarche éthique, on a appris qu’une dénonciation anonyme avait suffit pour commanditer l’enquête d’une officine de barbouzes en retraite plutôt que la saisine de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) et qu’un simple rapport oral avait servi de base à la fameuse « procédure rigoureuse » puis à l’examen minutieux des faits par le « comité d’éthique groupe ». Dit autrement et quel que soit le résultat final de l’affaire (espionnage, déstabilisation, règlement de compte interne…), il est clair que voilà une entreprise où l’on peut accuser et licencier sans preuve, sur la seule foi d’un renseignement anonyme. Voilà une entreprise où, par un code « déontologique » interne, la délation est encouragée alors que les ravages de ces pratiques durant l’occupation sont toujours présents dans les esprits. Voilà une entreprise où les mots (respect, éthique, déontologie) sont totalement démonétisés, au profit de l’exercice d’un pouvoir abusif sur les personnes.

Comment éviter d’éprouver le sentiment de toucher le fond avec ces formes de management négligentes de toute responsabilité sociale et humaine ? Comment, surtout, ne pas se dire que nous partageons une responsabilité collective et historique qui devrait nous pousser à renouveler en profondeur la doxa managériale actuelle faite d’individualisme au lieu de coopération, de démarche processus niant la part d’invention propre à tout travail et d’un régime de peur dominant la vie de l’entreprise ?

Certes, ce constat n’est pas généralisable sans nuance. Mais, avec plus ou moins de puissance, on le croise fréquemment dans les entreprises où les souffrances parviennent à se dire. Et il est assez probable qu’il contribue largement au climat général d’inquiétude et de démoralisation qui saisit l’opinion.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 23:17

le discours d'un roi Remarquable film pour qui s’intéresse au coaching que « le discours d’un roi », de Tom Hooper, sorti en salle depuis le début du mois de février, d’après l’histoire vraie du père de l’actuelle reine Elisabeth II qui, contraint par la démission de son frère aîné, deviendra roi d’Angleterre juste avant la seconde guerre mondiale.

 

Incapable de s’exprimer en public du fait d’un bégaiement irrépressible, le futur Georges VI doit vaincre cette difficulté pour assumer son rôle de prince, puis de roi, à une époque où la radio surgit dans l’espace public. Après avoir essayé tous les orthophonistes de Londres, il se retrouve dans le cabinet d’un thérapeute peu orthodoxe du langage, Lionel Logue.

 

Dès le début, celui-ci impose ses règles : « les rendez-vous se passent dans mon cabinet », « appelez-moi Lionel, je vous appellerai Bertie ». Alors, celui qui est encore le duc d’York se rebelle, refuse les contrats, mais son « coach langagier » tient bon et s’appuie sur les premiers succès, pour démontre que surmonter ce handicap est possible.

 

Le client est motivé, combatif, travailleur. Son épouse le soutien et son thérapeute sait lui faire confiance. Le travail avançant, Logue prend le risque de dire tout haut ce que le prince, loyal à son frère, ne veut pas entendre, à savoir que celui-ci choisira le mariage avec Mrs Simpson et que le duc d'York devra accéder au trône. Ses croyances se trouvent alors bousculée. Il rompt avec son coach jusqu’au moment où, ibligé de se plier à la cérémonie d’intronisation à Westminster, il renouera avec lui.

 

Partant de la préparation de cette cérémonie officielle, un travail en profondeur se développe, sur les causes du bégaiement du monarque : terreur de son père, agoraphobie, peur de n’être pas à la hauteur. Jusqu’à cet instant ultime où, la guerre à l’Allemagne étant déclarée, il doit prononcer un discours radiophonique à la nation. On assiste à la préparation, avant de les retrouver tous les deux dans la cabine d’enregistrement. Se déploie  dans cet espace intime une relation de chef d’orchestre à soliste, pour un résultat qui lmpose le nouveau monarque comme ciment de la nation et rempart face à l’expansion nazie.

 

Il est alors porteur de sa vision, confiant dans sa propre identité et… libéré de ses phobies… Une leçon de coaching, vous dis-je, avec ses hésitations, ses accidents, ses voies frayées grâce à la confiance respective des deux personnes engagées dans la conversation ! Avec son ouverture à l'autre, aussi, et l'acceptation que c'est le client qui fait son chemin, dans son monde propre étranger à celui du coach. Une leçon d'altérité, en somme.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Leadership
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 22:58

Dejours lightChristophe Dejours

Travail Vivant

tome 2 Travail et émancipation

Paris, Payot, 2009, 242 p.

Psychanalyste et psychiatre, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Christophe Dejours s’attache à produire une théorie du travail qui accorde à la pratique professionnelle une place aussi structurante que la sexualité dans les conceptions de Freud : « une théorie du travail qui soit aussi une théorie de l’être humain, de l’intelligence individuelle et de l’intelligence collective. En d’autres termes, dit-il, ce dont on a besoin, c’est d’une théorie du « travail vivant » (p. 214), qualifiant son approche de « paradoxe de la double centralité », centralité de la sexualité pour la psychanalyse et centralité du travail pour la psychodynamique du travail.

Pour l’auteur, opposé aux théories de l’aliénation dans le travail, celui-ci serait « une condition immanente de toute connaissance du monde » (p. 73), un moyen d’émancipation qui implique l’intelligence du travailleur dans son corps à corps avec la matière, l’outil ou l’objet technique. Il introduit ainsi une distinction féconde entre l’action (celle que décrivent les démarches processuelles) et l’activité qui désigne le résultat de la production. Dit autrement, le travail de production (poïesis) est une épreuve pour la subjectivité tout entière d’où émergent de nouvelles habiletés, à la condition que cette épreuve soit relayée par un deuxième travail (arbeit) de soi sur soi, ou de transformation de soi.

A contrario, le travail révèle les maladresses, les limites du corps et les incomplétudes ou failles de l’identité. C’est pourquoi, nous avons également besoin de la théorie d’un sujet qui, à raison de ses vulnérabilités, peut aller soit vers l’accomplissement, soit vers un retournement contre lui-même. « Le travail, de ce fait, écrit Dejours, est un carrefour pour la fragilité constitutive de l’être humain » (p. 216).

Mais le travail, acte politique s’il en fut, est aussi le lieu du collectif et de la coopération. Or, la coopération exige un certain nombre de condition pour émerger : confiance et loyauté, éthique, arbitrage, consentement et discipline. « L’espace de délibération spécifique de la coopération est donc structuré comme un espace public », note-t-il en reconnaissant ce qu’il doit à Habermas (p. 81). Cette activité, Dejours la qualifie donc de déontique (du grec déon, le devoir). Je parlerais, pour ma part, d’une éthique performative.

Pour se déployer, l’activité déontique exige certaines conditions que nous croisons lorsque nous examinons les situations de risques psychosociaux : autonomie vis-à-vis de l’organisation du travail, soutien et confiance entre les acteurs. Toutes choses rendues quasi impossibles par les démarches d’individualisation de la performance et de la rémunération associée qui « banalisent les conduites déloyales entre collègues », remarque l’auteur en s’appuyant sur sa riche expérience clinique. « La peur et la déloyauté ont permis de continuer à dégraisser les effectifs sans que s’y opposent des mouvements sociaux de résistance significatifs. D’où il résulte un indéniable accroissement de la productivité et de la rentabilité du travail vivant », avec, pour contrepartie, « l’aggravation gigantesque des pathologies de surcharge et des pathologies mentales allant désormais jusqu’au suicide » (p. 86).

Pourtant, l’expérience montre que l’on pourrait « poser l’hypothèse que, dans la gestion de toute situation de travail, il est plus rationnel de tenir compte de la rationalité subjective des conduites que de l’écarter au nom des rationalités téléologiques et axiologique » (p.111). C’est ainsi que l’on pourra comprendre deux injonctions contradictoires au travail dans la coopération : le zèle et l’autolimitation et que l’on parviendra à « honorer la vie par le travail », selon sa jolie formule (p. 151).

Voilà un ouvrage majeur, essentiel pour qui entend considérer la part d’humain à réinjecter dans le travail pour qu’il devienne, lui aussi, soutenable.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 11:46

positer1 Les postiers n'ont pas le moral. L'enquête biennale de climat interne, conduite par IPSOS (à laquelle ont répondu 63% des 150 000 postiers) le montre : 43% seulement ont confiance en l'avenir de leur entreprise (contre 70% lors de la précédente enquête en 2009), 31% expriment leur confiance dans les décisions prises par la direction du courrier et 38% estiment réalistes les objectifs de leur établissement. Logiquement 47% se disent peu ou pas du tout motivés.

 

Il faut dire que, depuis 9 ans, La Poste a perdu plus de 60 000 emplois et que le courrier, son coeur de métier traditionnel, ne devrait plus peser que 44% du chiffre d'affaires de l'entreprise à l'horizon 2015. Un choc économique et culturel, accompagné de réorganisations drastiques, de modifications de tournées et d'une intensification du travail qui pèsent sur la qualité de l'existence au travail des agents.

 

Face à ce plongeon du moral, les dirigeants seraient bien inspirés de développer une politique attentive aux différentes formes de mal être pour éviter une dérive façon leurs anciens collègues de France Telecom. Voyons ce qui se passera dans les prochains mois.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 23:05


Les leaders syndicaux ont reçu, il y a quelque temps, un courrier de Laurence Parisot destiné  à finaliser l'agenda des partenaires sociaux pour les deux ans à venir.  La présidente du Medef propose quatre thèmes de négociations :


1 - L'emploi. Avec  la renégociation de la convention d'assurance chômage d'ici à la fin du premier trimestre 2011. et une priorité, des dispositifs en matière de logement ou de déplacement pour favoriser l'insertion des jeunes.
 

2 - Le financement de la protection sociale. Au-delà des négociations sur les retraites complémentaires, Laurence Parisot propose d'ouvrir une "délibération économique" sur les ressources de l'assurance-maladie.

 

3- La vie au travail afin de compléter les accords stress et harcèlement déjà signés. 
 

4 - Le dialogue social.

 

"La route est droite mais la pente est raide", comme disait M. Raffarin. Car, en termes de dialogue social, les deux discussions en cours (sur le paritarisme et les institutions représentatives du personnel) ont bien du mal à démarrer et sur le mal être au travail, le MEDEF ne semble pas disposé à accompagner la jurisprudence en cours dans les tribunaux visant à élargir les conditions de mise en oeuvre des notions de stress et de harcèlement moral au travail. Quant aux deux premiers sujets, il faudra vraisemblablement une embellie économique pour avancer sensiblement. Mais, les futurs négociateurs ont deux ans devant eux... Soit jusqu'en 2012....

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 09:41

MediatorL'affaire du Médiator (joli nom aux sonorités de riff de guitare) est brusquement devenu la "crise du Médiator", puis le "scandale du Médiator". Une évolution instructive sur la façon dont les crises rampent - parfois longtemps- avant d'éclater brusquement. Et une leçon sur la nécessite de repérer à temps les signaux faibles qui pourraient permettre d'intervenir avant que l'affaire ne prenne des proportions catastrophiques.

 

Un simple regard sur la chronologie permet de mesurer ces enjeux.

 

1976: commercialisation du Mediator.

 
1997: un autre coupe-faim de Servier, l'Isoméride, est retiré de la vente en raison de risques cardiaques.

 
1998: trois professeurs de médecine de la Sécurité sociale alertent l'Agence du médicament sur les risques de l'utilisation non autorisée du Mediator comme coupe-faim.

 
2003: le Mediator est retiré du marché en Espagne.


2004: le Mediator est retiré du marché en Italie. Servier avance plutôt qu'il n'a pas demandé le renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché dans ces deux pays.


2006: en France, un document remis à la Haute autorité de santé souligne les dangers du médicament, qui continue toutefois d'être remboursé à 65%.


2007: l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé recommande aux médecins de ne pas prescrire le Mediator comme coupe-faim.


2008: la pneumologue Irène Frachon alerte sur les risques cardiaques liés au Mediator.


2009: retrait du marché du Mediator en novembre, à cause de risques de valvulopathie, une atteinte des valves du cœur qui peut être mortelle.


2010:


15 novembre: l'Afssaps révèle une estimation de la Caisse nationale d'assurance-maladie, selon laquelle le Mediator aurait fait au moins 500 morts en 33 ans et aurait provoqué l'hosptalisation de plus de 3.500 personnes pour des lésions cardiaques.


16 novembre: l'Afssaps recommande que les personnes qui ont pris le Mediator pendant plus de trois mois consultent leur médecin. Tout comme le ministre de la Santé Xavier Bertrand, qui recommande à tous ceux qui ont pris du Mediator de consulter un médecin et confie aussi une mission sur le sujet à l'Inspection générale des affaires sociales.


23 novembre: la famille d'un patient décédé et un autre patient souffrant de graves atteintes aux valves du cœur déposent plainte à Nanterre contre le laboratoire Servier, s'ajoutant à quatre autres plaintes déjà déposées.


14 décembre: les députés PS obtiennent la création d'une mission d'information parlementaire sur le Mediator.


18 décembre: une autre estimation du nombre des victimes du Mediator avance le chiffre de 1.000 à 2.000 morts.


22 décembre: selon la presse, un rapport réalisé à la demande de l'Agence européenne du médicament montrait dès 1999 la similitude de toxicité entre l'Isoméride et le Mediator.


24 décembre: Xavier Bertrand fait savoir que toutes les victimes du Mediator bénéficieront d'une "prise en charge intégrale par l'assurance maladie".


25 décembre: la Caisse nationale d'Assurance maladie indique qu'elle fera valoir ses droits dans les procédures juridiques qui seraient intentées par des victimes du Mediator contre le laboratoire. Une note confidentielle de l'Unocam révèle qu'entre 1999 et 2009, le Mediator a coûté 423 millions d'euros à la Sécurité sociale et aux complémentaires santé, au titre du remboursement.


2011:


6 janvier: Une étude réalisée par un cardiologue pour le compte du laboratoire Servier en 2009 montre clairement le lien entre la prise de Mediator et les atteintes des valves cardiaques, rapporte Le Figaro.


11 janvier: 116 plaintes sont déposées au tribunal de grande instance de Paris par l'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim).
- 13 janvier : L'UFC-Que Choisir et l'Association française des diabétiques ont déposé une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui, blessures et homicides involontaires.
Le laboratoire se défend d'avoir "minoré les risques éventuels" du Mediator pour éviter son retrait, en modifiant en 2009 la présentation d'une étude du professeur en cardiologie Bernard Iung, qui démontrait la dangerosité du médicament.


15 janvier: remise du rapport d'étape de l'Igas.

 

Avec le recul, il est clair que l'État et l'entreprise auraient dû prendre des mesures de précaution dès la publication du rapport de 1998. Mais, à supposer que ce signal n'ait pas été reconnu, le retrait du médicament en Espagne et en Italie en 2003-2004 imposait de réagir. Au lieu du quoi, il a fallu attendre novembre 2009 pour retirer le Médiator de la vente en France. C'est dans cet espace que se tient le facteur qui transforme l'affaire en scandale, même si ce n'est qu'un an plus tard qu'il explose.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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