Le fil d'Ariane

Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 18:20
Avec le début d'année, nous formons tous (moi inclus) des voeux heureux et de succès. Je crains cependant que la vérité de 2010 soit toute autre. Car, il faut être bien aveugle et sourd à la fois pour ne pas percevoir l'épuisement de la société développée (chez nous comme ailleurs, en Europe et aux États-Unis). Les individus et leurs groupements se réfugient dans le cynisme ou le scepticisme qui, l'un comme l'autre, n'ont d'autre fonction que de faire accepter l'inacceptable.

Provisoirement. Jusqu'aux craquements.

Ces craquements se manifestent déjà, dans les stratégies d'évitement du travail et de l'engagement personnel dans son ouvrage, dans l'affaiblissement des engagements sociaux, dans les risques psychosociaux qui prolifèrent en milieu professionnel comme au-dehors... Jusqu'à cette consommation qui se maintient tant bien que mal, en dépit des inquiétudes, comme un bromure social.

Mais, aucune société ne peut durablement vivre dans l'évitement d'elle-même. Et, lorsqu'elle finira de se désespérer, les réveils seront brutaux.

Une semaine avant les "événements" de mai 68, le 15 mars, Pierre Viansson-Ponté publiait dans Le Monde une chronique au titre prémonitoire, " Quand la France s'ennuie". Il y dénonçait l'absurdité de la situation faite aux citoyens et à la jeunesse, notamment : "La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme..."

Or, nous ne sommes pas loin d'une pareille vacuité absurde, mêlée d'inquiétude, qui fait la place plus belle aux humoristes et aux traders qu'aux producteurs de richesses et d'idées neuves. Le phénomène dure déjà depuis quelques années. Curieusement, la réponse apportée (et qui a fonctionné) a été celle du défi et de la provocation : sur l'âge de la retraite, sur la sécurité sociale, sur la fiscalité... jusqu'à ce débat inutile sur l'identité nationale. Idem dans de nombreuses entreprises où le "downsizing" et les délocalisations ont tenu lieu de religion pour sécréter toujours plus de... valeur! Les mots, tout de même, jouent parfois avec nos nerfs.

Bref, à trop la provoquer et à lui proposer comme unique modèle des solutions fortement régressives sur les conditions de travail ou les salaires, l'opinion risque de perdre la ductilité qui lui a permis de supporter, même en maugréant, les avanies de l'époque. Et la réaction, nécessairement brutale, incohérente et mal coordonnée qui en résulterait pourrait provoquer les mêmes déconvenues qu'en 1969 quand, en une brève année, les acquis sociaux les plus mirobolants de 68 ont été dévorés par l'inflation.

On prétend que l'histoire ne se répète pas. C'est possible. Mais, les hommes n'ont pas tant changé qu'il ne réagissent pas de façon assez voisine à une brutalité comparable.

Il faudra donc beaucoup le lucidité et de doigté à tous ceux qui se trouvent en situation de responsabilité pour passer une année 2010 "bonne et heureuse".


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 18:22
Si 2008 a été marquée par une crise bancaire et financière inédite, 2009 est venue ajouter à l'ardoise une crise managériale de grande ampleur. Au-delà des suicides et de leur comptabilité macabre, il semble désormais établi que de nombreuses organisations le management intermédiaire et les cadres de terrain ne savent plus comment faire face.

Les remèdes actuellement expérimentés par les entreprises consistent, pour l'essentiel, à repérer et accompagner des individus en détresse, ou à re-souder les collectifs de travail à travers des démarches de team building. Reconnaître les difficultés et prendre en charge les crises est un progrès indéniable. Mais, il ne garantit pas que l'on s'attaque aux causes plus fondamentales du malaise. En particulier, il faut s'interroger sur certaines dérives liées à une utilisation dogmatique des systèmes de management, qui se sont généralisés au cours de ces dix dernières années, en accompagnant la financiarisation des stratégies.

Leur logique sous-jacente  est claire : il est plus simple de définir ce que l'on attend que la manière de l'obtenir surtout s'il faut considérer les individus qui agissent. Différents acteurs, à commencer par Peter Drucker (dont l'ouvrage de 1954 est considéré comme fondateur en matière de management par objectifs), ont cependant souligné les conditions exigeantes dans lesquelles elles devaient s'appliquer pour être véritablement efficace.

Plus grave, l'usage de ces leviers peut se retourner contre l'intérêt de l'entreprise. Ainsi, une confiance excessive des dirigeants dans les systèmes de management, combinée à une incompréhension – ou, pis, à un désintérêt –pour l'activité et les différents métiers de l'entreprise peut devenir dangereuse pour une organisation et ses membres. À l'extrême, les dirigeants peuvent en venir à considérer que l'organisation, ses métiers et ses individus sont totalement adaptables, redéployables et interchangeables.

Dans une telle situation, l'entreprise perd son épaisseur stratégique. La direction n'est plus un organe où se négocient les objectifs de la firme, en articulant les demandes externes (des actionnaires, des clients) et ses ressources internes. Le rôle du top management se résume alors simplement à traduire et répercuter les objectifs des actionnaires sur les échelons inférieurs de l'organisation, sans s'interroger sur la capacité de l'organisation à atteindre, supporter, voire enrichir ces objectifs. À trop s'éloigner de l'activité, de ce que les individus sont capables de faire, le top management se désolidarise progressivement de l'entreprise. En réaction, les salariés s'interrogent et se demandent si les dirigeants jouent pour ou contre l'intérêt de l'entreprise, détruisant la confiance nécessaire à tout projet collectif. L'entreprise, entendue comme projet et potentiel collectif, est mise à mal.

Mais les effets les plus néfastes sont à craindre lorsque se développe une forme d'autisme managérial. Au-delà du stress et de la violence que ces mécanismes engendrent pour les individus, le top management peut rapidement se retrouver pris à son propre piège : les opérationnels – middle managers, techniciens, acteurs projets –- deviennent plus animés par la peur de la sanction et le culte de l'indicateur que par le travail bien fait. Ils jonglent avec leurs objectifs en prenant des risques sur leur activité. Dans pareille situation, la direction risque de perdre le contrôle de l'entreprise.

C'est lorsqu'une crise grave éclate qu'elle prend conscience –trop tardivement – que les objectifs n'étaient pas tenables et que des dérives graves sont devenues routinières. De nombreuses crises industrielles récentes s'inscrivent dans un tel système, où l'usage inconsidéré du management par objectifs éloigne les dirigeants de l'activité, et rend invisibles des crises couvant depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, dans l'organisation.

Un organisation mobilisée de manière dogmatique avec une inattention pour l'activité et les opérationnels, peut aboutir à une perte de contrôle sur l'entreprise susceptible d'engendrer des répercussions catastrophiques sur sa dynamique.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /Déc /2009 16:24


Les changements structurels (downsizing, restructurations...) engendrent, pour ceux qui les subissent, une réelle violence. Et avec elle, les réactions classiques de choc puis de déni et de colère. Parfois, déni et colère se mêlent et peuvent durer de longs mois.

Dans cette période, on observe que les individus réagissent chacun à sa façon. Certains anticipent plus vite que d'autres (ils ont parfois des solutions de rechange). D'autres, au contraire, s'enfoncent dans une dépression qui comporte des risques avérés pour eux-mêmes, imposant qu'ils soient accompagnés (cellule d'écoute...). Sur le terrain, il faut ainsi admettre l'individualisation des situations et adapter ses dispositifs pour y faire face.

Parallèlement, il est clair que le dialogue social devient difficile au niveau local car les représentants des personnels, concernés eux-mêmes par les changements, se font naturellement l'écho du vécu douloureux. Ils ne peuvent donc pas, dans le même temps, anticiper le futur collectif et s'y préparer au mieux par la négociation.

Voilà pourquoi, il est alors souhaitable de "dépayser" le débat, comme on le fait en matière de justice quand le contexte pèse trop sur la sérénité du procès. En transférant les négociations au niveau national, on bénéficie ainsi de la vision plus stratégique des délégués nationaux et de leur capacité à accompagner leurs collègues du terrain dans l'indispensable évolution, au mieux des intérêts de tous.



Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 08:37

Le mot de crise court sur toutes les lèvres, dans tous les esprits. Il est accolé à la plus minime secousse du temps présent. Mais, en creux, ce vocable, en voie d'euphémisation cavalante, cache une réelle portée heuristique sur la façon dont va notre réel.

Comme chacun le sait, la crise manifeste une rupture dans le cours normal des choses. Une rupture dont la fonction consiste à accoucher d'un nouvel état. La crise est une transition grinçante. Or, les crises récemment traversées dans le monde, ont toutes été annoncées avec les trémolos terminaux de la catastrophe mais gérés par de marginaux aménagements. Songez aux bonus des traders ou au plan Vigipirate resté dans le rouge sans modifier le moindrement notre vie.

Pareil "savon à vilain" nettoie fortement les apparences sans rien modifier des états. La puissance majeure des conservatismes de toutes obédiences se lit ainsi dans ces transitions évitées. Du coup, les transformations nécessaires sont méticuleusement contournées. Reportées à plus tard, lorsqu'il n'y aura plus de marge de manoeuvre pour amortir leur coût humain, social et économique, devenu colossal.

Alors, il ne sera plus question de traverser une crise mais de surmonter une catastrophe. Sans le soutien d'une opinion radicalement sceptique. Comment organiserons-nous, par exemple, le déplacement et la réinstallation des 130 millions de réfugiés qui seront chassés de chez eux si les eaux montent d'une vingtaine de centimètres du fait du réchauffement planétaire?

D'esquive en évitement, nous allons l'âme sereine et les poches pleines droit vers la catastrophe.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 19:28

Le consommateur et le citoyen aspirent à de nouveaux comportements. Un besoin de sérieux, de considération, de respect les habite. La fin des pubeux approche qui considèrent qu'il suffit de jeter de la poudre aux yeux pour emporter la décision. La crise est passée par là. Le citoyen attend du sérieux pour en sortir le plus rapidement possible. 
Les réactions face à la main de Thierry Henry, par exemple, montrent le besoin d'idéal qui anime l'opinion.

La communication commerciale commence à prendre ce tournant. C'est la redécouverte du produit qu'il faut goûter, tester, respirer ... pour découvrir son caractère, ses qualités ...



La politique ne restera pas étrangère à cette évolution. Une nouvelle fois, la crise a changé la donne. C'est la fin de la frime et du bluff pour retourner à des valeurs solides, sérieuses.

 Dans les prochains mois, vous allez assister à un retour de la "ringardise" et de l'idéalisme. Peut-être cela en viendra-t-il à influencer jusqu'à l'élection présidentielle et servir la cause de personnalités aujourd'hui au bord du chemin, comme Martine Aubry, François Hollande ou Dominique de Villepin.

Dans l'entreprise, la "langue de coton" qui inspirait aux orateurs une multitude d'euphémismes de bon aloi rapidement contredits pas la dureté des faits a, de toute évidence, perdu sa capacité de conviction. Désormais, pour convaincre, il faudra faire !
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 10:34
La crise de confiance dans le système financier n'est pas finie : on voit trop les mauvaises habitudes revenir au galop. Parallèlement, une crise de Sens est à l'oeuvre autour d'une situation schizophrénique entre la montée des valeurs de décrochement, d'une part, et les exigences de rendement toujours accrues, d'autre part.

De là émerge un nouveau sentiment d'aliénation qui, s'il ne trouve pas réponse dans de profonds ajustements du capitalisme à travers une meilleure intégration de la responsabilité sociale et environnementale, nous conduira droit à la crise.

"Faisons vite, ça chauffe", comme disait naguère un slogan lancé par l'ADEME.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 12:03

 

Ca y est. Par la voix de Xavier Darcos, le gouvernement a réclamé, d'ici à février 2010, l'ouverture de négociations sur le stress au travail dans les entreprises de plus de 1000 salariés. Et on parle même de réduire ce seuil. Ainsi, les événements douloureux de France Télécom auront au moins permis une prise de conscience : celle que le travail tertiaire comporte, lui aussi, un coût humain.

Car, le poids des performances à atteindre, la déshumanisation du cadre du travail (voir "
l'open space m'a tuer"), les méthodes d'évaluation individualisant les situations professionnelles, le tout dans un contexte historico-économique déstabilisant, accroissent la pénibilité du travail. Même si travailler demeure une nécessité sociale et un levier de réalisation de soi. Ainsi se referme le piège sur nombre de nos collègues et collaborateurs qui ne parviennent plus à dominer ce que Ehrenberg nommait "la fatigue d'être soi".

C'est pourquoi, par-delà tous les amortisseurs sociaux qui seront mis en place et dont l'urgence est une évidence, il faudrait penser et expériementer de nouvelles conditions du travail qui permettent de dépasser la démarche qualité et ses différents adjuvents. En effet, c'est bien là, avec la normalisation des processus de travail associés à l'individualisation de la performance et à une batterie de contrôles (reporting, mesure...) que prend source un des facteurs majeurs du stress contemporain conduisant nombre d'individus à se regarder comme désormais inaptes aux attentes de leur employeur.

Certes, il ne s'agit nullement de revenir en arrière vers je ne sais quel idéal perdu, mais il est indispensable de réorganiser les conditions d'une performance humanisée.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 08:24
Contre le changement de statut de La Poste, une "votation citoyenne" (dont la dénomination fleure bon la Suisse profonde) recueille plus de 2 millions de soutiens. Dans le conflit des transports publics lyonnais, un individu cagoulé met le feu à un dépôt de bus.

Deux conflits sociaux. Deux façons de gérer l'inquiétude profonde des salariés face au chômage qui enfle et au pouvoir d'achat qui s'essoufle, tandis qu'on claironne une sortie de crise qui ne concerne que la Bourse. Un moyen profondément démocratique, l'autre sombrement désespéré. Voilà mieux qu'un sondage pour illustrer le climat social ambiant, hésitant entre désespérance, violence et sursaut volontariste.

Aujourd'hui, le climat social oscille comme une toupie lancée sur une trajectoire qu'elle ne parvient plus à suivre par sa seule dynamique. On sent qu'il peut basculer dans une révolte dure comme se redresser. Tout se jouera sur l'espoir que pourront ou non susciter des mesures de relance prises au juste moment.

Quant à l'entreprise, elle devient de plus en plus poreuse au climat extérieur. Les ilôts protégés des turbulences ont quasiment tous disparu. Il nous faut donc rester particulièrement vigilants sur l'évolution du climat interne et sur les points de crispation qui pourraient naître ici ou là (pas nécessairement où on les attend). Le temps est venu de prêter attention aux moyens de suivi du climat et, s'ils ne sont pas suffisamment sensibles, se doter rapidement de méthodologiesnouvelles. Il y a urgence.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 22:51
Il  est désormais grand temps de revisiter nos concepts managériaux, trop corsetés par l'objectif de produire de la valeur à court terme, au prix d'aménagements organisationnels qui se soucient de l'humain comme d'une gigne. Or, l'humain n'est pas une "ressource" comme les autres. Certes, elle est plus ductile que la plupart des matières, et elle résiste à des conditions extrêmes... jusqu'au craquement. Mais, dans des temps où l'on vient à considérer l'eau et l'air comme potentiellement rares, faudrait-il encore que l'on ne regarde pas la matière humaine avec la même insouciance qu'on appliquait naguère aux énergies fossiles.

Or, la plupart des démarches organisationnelles et managériales appliquées aujourd'hui tendent à considérer l'humain comme un facteur résiduel. Prenez par exemple la démarche qualité, dont on peut approuver les efforts de maîtrise des processus productifs, mais dont il faut bien admettre qu'elle n'intègre pas l'humain dans ses données d'entrée. Ni pour le protéger, ni pour employer au mieux ses potentialités et son intelligence. Au contraire, à l'image du taylorisme qui se méfiait de l'ouvrier au point de limiter son intervention à une poignée de secondes, la démarche qualité schématise, rejette l'ajustement spontané, banni l'inventivité et néglige l'intérêt pour le métier comme facteur d'efficience.

Pourtant, tout spécialiste du travail a pu constater ce phénomène étonnant que la simple observation est un accélérateur de productivité. Et l'observation, dans le temps où elle intervient, n'est autre qu'une attention aux femmes et aux hommes au travail. Alors, pourquoi refuser aux personnes l'attention qu'elles méritent? J'avoue ne pas trouver de raison fondée à une attitude aussi répandue. Et je sais, d'expérience, qu'il serait si facile d'y parvenir, en modifiant à peine les processus de travail.

Mais généralement, la plus difficile des modifications, pour atteindre ce but git dans nos têtes.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 13:46
Il y a trois semaines, je terminais mon article sur l'épidémie de suicides à France Telecom en affirmant qu'il y avait le feu. La suite l'a malheureusement confirmé, mais il ne fallait pas être grand clerc pour avancer le pronostic.

Il est vrai que je suis chaque fois surpris par l'aveuglement de la plupart des directions devant ces phénomènes, dont les causes complexes et multifactorielles leur apparaissent comme une aubaine pour dégager leur responsabilité.

À France Telecom, la réaction a minima de la direction s'engageant à ouvrir des négociations sur le stress le 18 septembre (histoire de se donner un peu d'air) a fait un flop tragique puisque, depuis, deux actes suicidaires ont eu lieu : un homme se poignardant à l'abdomen lors d'une réunion où on lui annonçait sa mutation et une femme se défenestrant à la suite d'une nouvelle réunion du même type. Depuis, la direction a enfin accepté de geler son plan de réorganisations - mutations jusqu'à fin octobre (là encore on peut douter de la pertinence du délai), mais il est bien tard et le coût humain et économique du rattrapage de cet aveuglement sera certainement beaucoup plus élevé.

Pourtant, il ne fallait pas de longues analyses pour constater que ces actes de désespoir touchaient essentiellement des personnes dans la seconde moitié de leur carrière, venues à France Telecom du temps où elle était PTT, motivées par un statut protecteur, une sécurité et une profonde culture de la permanence.

Cette situation doit inviter les entrepries à s'interroger, par-delà les difficultés "objectives" de ces réformes : dans les années 90, elles ont claironné largement la "culture d'entreprise", qui sonnait comme une fierté d'appartenance et une promesse de pérennité. Aujourd'hui, à force de se "recentrer sur son métier de base", de prôner la mobilité, l'individualisation de la performance et la permanente remise en question, une bonne partie des collaborateurs ne peut plus suivre cette marche forcée. Cela commence par les plus âgés, mais se continue chez nombre de plus jeunes qui ne veulent plus sacrifier leur vie pour la gagner.

Véritablement, il devient urgent de se questionner sur la refondation du contrat social qui nous lie tous dans cette action collective ambitionnant de modeler le monde environnant, je veux dire le travail.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

Créez votre badge

Le cabinet de curiosités

  
Salazie

Salazie

 

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés