Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 23:17

le discours d'un roi Remarquable film pour qui s’intéresse au coaching que « le discours d’un roi », de Tom Hooper, sorti en salle depuis le début du mois de février, d’après l’histoire vraie du père de l’actuelle reine Elisabeth II qui, contraint par la démission de son frère aîné, deviendra roi d’Angleterre juste avant la seconde guerre mondiale.

 

Incapable de s’exprimer en public du fait d’un bégaiement irrépressible, le futur Georges VI doit vaincre cette difficulté pour assumer son rôle de prince, puis de roi, à une époque où la radio surgit dans l’espace public. Après avoir essayé tous les orthophonistes de Londres, il se retrouve dans le cabinet d’un thérapeute peu orthodoxe du langage, Lionel Logue.

 

Dès le début, celui-ci impose ses règles : « les rendez-vous se passent dans mon cabinet », « appelez-moi Lionel, je vous appellerai Bertie ». Alors, celui qui est encore le duc d’York se rebelle, refuse les contrats, mais son « coach langagier » tient bon et s’appuie sur les premiers succès, pour démontre que surmonter ce handicap est possible.

 

Le client est motivé, combatif, travailleur. Son épouse le soutien et son thérapeute sait lui faire confiance. Le travail avançant, Logue prend le risque de dire tout haut ce que le prince, loyal à son frère, ne veut pas entendre, à savoir que celui-ci choisira le mariage avec Mrs Simpson et que le duc d'York devra accéder au trône. Ses croyances se trouvent alors bousculée. Il rompt avec son coach jusqu’au moment où, ibligé de se plier à la cérémonie d’intronisation à Westminster, il renouera avec lui.

 

Partant de la préparation de cette cérémonie officielle, un travail en profondeur se développe, sur les causes du bégaiement du monarque : terreur de son père, agoraphobie, peur de n’être pas à la hauteur. Jusqu’à cet instant ultime où, la guerre à l’Allemagne étant déclarée, il doit prononcer un discours radiophonique à la nation. On assiste à la préparation, avant de les retrouver tous les deux dans la cabine d’enregistrement. Se déploie  dans cet espace intime une relation de chef d’orchestre à soliste, pour un résultat qui lmpose le nouveau monarque comme ciment de la nation et rempart face à l’expansion nazie.

 

Il est alors porteur de sa vision, confiant dans sa propre identité et… libéré de ses phobies… Une leçon de coaching, vous dis-je, avec ses hésitations, ses accidents, ses voies frayées grâce à la confiance respective des deux personnes engagées dans la conversation ! Avec son ouverture à l'autre, aussi, et l'acceptation que c'est le client qui fait son chemin, dans son monde propre étranger à celui du coach. Une leçon d'altérité, en somme.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Leadership
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 22:58

Dejours lightChristophe Dejours

Travail Vivant

tome 2 Travail et émancipation

Paris, Payot, 2009, 242 p.

Psychanalyste et psychiatre, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Christophe Dejours s’attache à produire une théorie du travail qui accorde à la pratique professionnelle une place aussi structurante que la sexualité dans les conceptions de Freud : « une théorie du travail qui soit aussi une théorie de l’être humain, de l’intelligence individuelle et de l’intelligence collective. En d’autres termes, dit-il, ce dont on a besoin, c’est d’une théorie du « travail vivant » (p. 214), qualifiant son approche de « paradoxe de la double centralité », centralité de la sexualité pour la psychanalyse et centralité du travail pour la psychodynamique du travail.

Pour l’auteur, opposé aux théories de l’aliénation dans le travail, celui-ci serait « une condition immanente de toute connaissance du monde » (p. 73), un moyen d’émancipation qui implique l’intelligence du travailleur dans son corps à corps avec la matière, l’outil ou l’objet technique. Il introduit ainsi une distinction féconde entre l’action (celle que décrivent les démarches processuelles) et l’activité qui désigne le résultat de la production. Dit autrement, le travail de production (poïesis) est une épreuve pour la subjectivité tout entière d’où émergent de nouvelles habiletés, à la condition que cette épreuve soit relayée par un deuxième travail (arbeit) de soi sur soi, ou de transformation de soi.

A contrario, le travail révèle les maladresses, les limites du corps et les incomplétudes ou failles de l’identité. C’est pourquoi, nous avons également besoin de la théorie d’un sujet qui, à raison de ses vulnérabilités, peut aller soit vers l’accomplissement, soit vers un retournement contre lui-même. « Le travail, de ce fait, écrit Dejours, est un carrefour pour la fragilité constitutive de l’être humain » (p. 216).

Mais le travail, acte politique s’il en fut, est aussi le lieu du collectif et de la coopération. Or, la coopération exige un certain nombre de condition pour émerger : confiance et loyauté, éthique, arbitrage, consentement et discipline. « L’espace de délibération spécifique de la coopération est donc structuré comme un espace public », note-t-il en reconnaissant ce qu’il doit à Habermas (p. 81). Cette activité, Dejours la qualifie donc de déontique (du grec déon, le devoir). Je parlerais, pour ma part, d’une éthique performative.

Pour se déployer, l’activité déontique exige certaines conditions que nous croisons lorsque nous examinons les situations de risques psychosociaux : autonomie vis-à-vis de l’organisation du travail, soutien et confiance entre les acteurs. Toutes choses rendues quasi impossibles par les démarches d’individualisation de la performance et de la rémunération associée qui « banalisent les conduites déloyales entre collègues », remarque l’auteur en s’appuyant sur sa riche expérience clinique. « La peur et la déloyauté ont permis de continuer à dégraisser les effectifs sans que s’y opposent des mouvements sociaux de résistance significatifs. D’où il résulte un indéniable accroissement de la productivité et de la rentabilité du travail vivant », avec, pour contrepartie, « l’aggravation gigantesque des pathologies de surcharge et des pathologies mentales allant désormais jusqu’au suicide » (p. 86).

Pourtant, l’expérience montre que l’on pourrait « poser l’hypothèse que, dans la gestion de toute situation de travail, il est plus rationnel de tenir compte de la rationalité subjective des conduites que de l’écarter au nom des rationalités téléologiques et axiologique » (p.111). C’est ainsi que l’on pourra comprendre deux injonctions contradictoires au travail dans la coopération : le zèle et l’autolimitation et que l’on parviendra à « honorer la vie par le travail », selon sa jolie formule (p. 151).

Voilà un ouvrage majeur, essentiel pour qui entend considérer la part d’humain à réinjecter dans le travail pour qu’il devienne, lui aussi, soutenable.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 11:46

positer1 Les postiers n'ont pas le moral. L'enquête biennale de climat interne, conduite par IPSOS (à laquelle ont répondu 63% des 150 000 postiers) le montre : 43% seulement ont confiance en l'avenir de leur entreprise (contre 70% lors de la précédente enquête en 2009), 31% expriment leur confiance dans les décisions prises par la direction du courrier et 38% estiment réalistes les objectifs de leur établissement. Logiquement 47% se disent peu ou pas du tout motivés.

 

Il faut dire que, depuis 9 ans, La Poste a perdu plus de 60 000 emplois et que le courrier, son coeur de métier traditionnel, ne devrait plus peser que 44% du chiffre d'affaires de l'entreprise à l'horizon 2015. Un choc économique et culturel, accompagné de réorganisations drastiques, de modifications de tournées et d'une intensification du travail qui pèsent sur la qualité de l'existence au travail des agents.

 

Face à ce plongeon du moral, les dirigeants seraient bien inspirés de développer une politique attentive aux différentes formes de mal être pour éviter une dérive façon leurs anciens collègues de France Telecom. Voyons ce qui se passera dans les prochains mois.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 23:05


Les leaders syndicaux ont reçu, il y a quelque temps, un courrier de Laurence Parisot destiné  à finaliser l'agenda des partenaires sociaux pour les deux ans à venir.  La présidente du Medef propose quatre thèmes de négociations :


1 - L'emploi. Avec  la renégociation de la convention d'assurance chômage d'ici à la fin du premier trimestre 2011. et une priorité, des dispositifs en matière de logement ou de déplacement pour favoriser l'insertion des jeunes.
 

2 - Le financement de la protection sociale. Au-delà des négociations sur les retraites complémentaires, Laurence Parisot propose d'ouvrir une "délibération économique" sur les ressources de l'assurance-maladie.

 

3- La vie au travail afin de compléter les accords stress et harcèlement déjà signés. 
 

4 - Le dialogue social.

 

"La route est droite mais la pente est raide", comme disait M. Raffarin. Car, en termes de dialogue social, les deux discussions en cours (sur le paritarisme et les institutions représentatives du personnel) ont bien du mal à démarrer et sur le mal être au travail, le MEDEF ne semble pas disposé à accompagner la jurisprudence en cours dans les tribunaux visant à élargir les conditions de mise en oeuvre des notions de stress et de harcèlement moral au travail. Quant aux deux premiers sujets, il faudra vraisemblablement une embellie économique pour avancer sensiblement. Mais, les futurs négociateurs ont deux ans devant eux... Soit jusqu'en 2012....

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 09:41

MediatorL'affaire du Médiator (joli nom aux sonorités de riff de guitare) est brusquement devenu la "crise du Médiator", puis le "scandale du Médiator". Une évolution instructive sur la façon dont les crises rampent - parfois longtemps- avant d'éclater brusquement. Et une leçon sur la nécessite de repérer à temps les signaux faibles qui pourraient permettre d'intervenir avant que l'affaire ne prenne des proportions catastrophiques.

 

Un simple regard sur la chronologie permet de mesurer ces enjeux.

 

1976: commercialisation du Mediator.

 
1997: un autre coupe-faim de Servier, l'Isoméride, est retiré de la vente en raison de risques cardiaques.

 
1998: trois professeurs de médecine de la Sécurité sociale alertent l'Agence du médicament sur les risques de l'utilisation non autorisée du Mediator comme coupe-faim.

 
2003: le Mediator est retiré du marché en Espagne.


2004: le Mediator est retiré du marché en Italie. Servier avance plutôt qu'il n'a pas demandé le renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché dans ces deux pays.


2006: en France, un document remis à la Haute autorité de santé souligne les dangers du médicament, qui continue toutefois d'être remboursé à 65%.


2007: l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé recommande aux médecins de ne pas prescrire le Mediator comme coupe-faim.


2008: la pneumologue Irène Frachon alerte sur les risques cardiaques liés au Mediator.


2009: retrait du marché du Mediator en novembre, à cause de risques de valvulopathie, une atteinte des valves du cœur qui peut être mortelle.


2010:


15 novembre: l'Afssaps révèle une estimation de la Caisse nationale d'assurance-maladie, selon laquelle le Mediator aurait fait au moins 500 morts en 33 ans et aurait provoqué l'hosptalisation de plus de 3.500 personnes pour des lésions cardiaques.


16 novembre: l'Afssaps recommande que les personnes qui ont pris le Mediator pendant plus de trois mois consultent leur médecin. Tout comme le ministre de la Santé Xavier Bertrand, qui recommande à tous ceux qui ont pris du Mediator de consulter un médecin et confie aussi une mission sur le sujet à l'Inspection générale des affaires sociales.


23 novembre: la famille d'un patient décédé et un autre patient souffrant de graves atteintes aux valves du cœur déposent plainte à Nanterre contre le laboratoire Servier, s'ajoutant à quatre autres plaintes déjà déposées.


14 décembre: les députés PS obtiennent la création d'une mission d'information parlementaire sur le Mediator.


18 décembre: une autre estimation du nombre des victimes du Mediator avance le chiffre de 1.000 à 2.000 morts.


22 décembre: selon la presse, un rapport réalisé à la demande de l'Agence européenne du médicament montrait dès 1999 la similitude de toxicité entre l'Isoméride et le Mediator.


24 décembre: Xavier Bertrand fait savoir que toutes les victimes du Mediator bénéficieront d'une "prise en charge intégrale par l'assurance maladie".


25 décembre: la Caisse nationale d'Assurance maladie indique qu'elle fera valoir ses droits dans les procédures juridiques qui seraient intentées par des victimes du Mediator contre le laboratoire. Une note confidentielle de l'Unocam révèle qu'entre 1999 et 2009, le Mediator a coûté 423 millions d'euros à la Sécurité sociale et aux complémentaires santé, au titre du remboursement.


2011:


6 janvier: Une étude réalisée par un cardiologue pour le compte du laboratoire Servier en 2009 montre clairement le lien entre la prise de Mediator et les atteintes des valves cardiaques, rapporte Le Figaro.


11 janvier: 116 plaintes sont déposées au tribunal de grande instance de Paris par l'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim).
- 13 janvier : L'UFC-Que Choisir et l'Association française des diabétiques ont déposé une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui, blessures et homicides involontaires.
Le laboratoire se défend d'avoir "minoré les risques éventuels" du Mediator pour éviter son retrait, en modifiant en 2009 la présentation d'une étude du professeur en cardiologie Bernard Iung, qui démontrait la dangerosité du médicament.


15 janvier: remise du rapport d'étape de l'Igas.

 

Avec le recul, il est clair que l'État et l'entreprise auraient dû prendre des mesures de précaution dès la publication du rapport de 1998. Mais, à supposer que ce signal n'ait pas été reconnu, le retrait du médicament en Espagne et en Italie en 2003-2004 imposait de réagir. Au lieu du quoi, il a fallu attendre novembre 2009 pour retirer le Médiator de la vente en France. C'est dans cet espace que se tient le facteur qui transforme l'affaire en scandale, même si ce n'est qu'un an plus tard qu'il explose.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 23:59

 

Que 2011 soit, pour vous une année heureuse et sans crise :

 

Voeux 2011

 

No stress / No bug / No stop n' go... mais beaucoup de rock n' roll...

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 11:47

216528-membres-syndicat-batiment-ig-bauLes syndicats n'ont certes pas gagné la bataille de fond sur les retraites. Mais, il est clair aujourd'hui qu'ils ont remporté à cette occasion la bataille de l'opinion. Une récente étude de la SOFRES, réalisant la troisième vague de son baromètre d'image des organisations syndicales (lancé en 2005 et renouvelé en 2008), vient d'en faire la démonstration. Quelques éléments l'attestent.

 

1 - Aujourd'hui, 54% des Français font totalement ou plutôt confiance aux syndicats. Le pic historique qui s'était établi à 50% en 2008 est donc largement dépassé.

 

2 - La comparaison entre les mois de septembre (avant le plus fort de la crise) et le mois de novembre (après le vote de la loi) est éloquante :


  Septembre 2010 Novembre 2010
Confiance 46% 54%
Pas confiance 45% 38%

 

 

 

 

 

3 - Mieux encore, dans absolument toutes les catégories, la progression de l'image syndicale se constate de septembre à novembre. Quelques exemples :

Proches du PS + 9% , proches de l'UMP + 11%

Secteur public + 8%, secteur privé + 11%

18-24 ans + 8%, 24-34 ans + 12%, 65 ans et plus + 9%.

 

Comme le souligne la SOFRES, les syndicats ont engrangé une "prime à la pugnacité responsable".

 

Cliquez ici pour lire l'étude complète de la SOFRES.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 18:29

louve seuleLes salariés jugent majoritairement satisfaisant leur niveau de bien-être au travail. C'est l'enseignement majeur du premier baromètre du bien-être au travail Ipsos-«La Tribune», qui mérite cependant d'être nuancé, puisque les salariés relèvent simultanément une dégradation de la situation pendant les six derniers mois. 64 % des salariés interrogés sont satisfaits de leur niveau de bien-être, parce qu'ils ont la possibilité de s'investir dans leur travail et d'avoir du relationnel. C'est un niveau cohérent avec les autres études sur le sujet, mais il faut acter une certaiane détérioration, puisque 45 % d'entre eux considèrent qu'il s'est dégradé au cours des six derniers mois (et 59 % dans les entreprises de plus de 500 personnes).


Du chemin reste à faire


De façon générale, les salariés jugent positivement les actions sur le bien-être au travail conduites par leurs entreprises : 86 % des salariés des entreprises qui ont pris des mesures pour lutter contre le stress sont satisfaits de leur niveau de bien-être, contre 64 % en moyenne. Leur niveau de stress est également sensiblement plus faible.


C'est dans le domaine de l'organisation du travail dans l'entreprise et de la reconnaissance du travail que les efforts ont été les mieux perçus. Voilà qui témoigne que les efforts en ce sens ne sont pas vains. Ils sont une source de mieux-être pour les salariés et de productivité pour les entreprises. Toutefois, du chemin reste à faire. En effet, un an après le plan d'urgence sur les risques psychosociaux mis en place par le ministère du Travail, seules 21 % des personnes interrogées ont le sentiment que leur entreprise en fait plus pour lutter contre le stress, indique l'étude.


Niveau de stress élevé


Au quotidien, les salariés jugent d'ailleurs leur niveau de stress élevé (62 %). Les cadres sont les premiers à s'en plaindre, mais le niveau de malaise des agents de maîtrise devient à son tour préoccupant. Cette population, qui est au plus près des clients, semble prendre de plein fouet l'augmentation du stress. Et il ne faudrait pas que ce maillon lâche, compte tenu de son rôle stratégique tant sur le bien être des salariés que sur la productivité.


Lien entre bien-être et productivité


Le baromètre montre également que 88 % des salariés jugent le sujet du bien-être au travail important et estiment que le lien avec la productivité est réel. 42 % d'entre eux estiment en effet que leur performance est affectée par le manque de bien-être. Pour inverser cette tendance, ils mettent en avant trois axes-clés : la visibilité professionnelle, le temps accordé au dialogue dans l'équipe, l'écoute du management et le confort de l'environnement de travail.


Vers qui se tourner ?


Les résultats du sondage montrent également qu'un tiers des Français estiment que leur travail peut provoquer de graves problèmes psychologiques et une majorité d'entre eux (54 %) et admettent ne pas savoir vers qui se tourner pour obtenir de l'aide.


Le travail aggrave les maux


Une large majorité de salariés en est persuadée, selon une étude publiée en fin de semaine dernière par le ministère du Travail : le travail accentue les pathologies choniques dont ils souffrent. D'après cette enquête, 68 % des salariés ont un ou plusieurs problèmes de santé chroniques, qu'il s'agisse de « problèmes de stress ou d'anxiété » (30 %), de « problèmes de dos » (26 %) ou de « maux de tête ou de migraines » (24 %). Or, dans près de la motié des cas (48 %), les salariés touchés considèrent que leur pathologie est « causée ou aggravée » par le travail. Les affections lombaires et musculo-squelettiques ainsi que les problèmes psychologiques sont les maux les plus fréquemment liés au monde du travail. Plus de 60 % des personnes qui en sont victimes citent, en effet, un lien de cause à effet entre leur pathologie, ou son ampleur, et leur emploi. Au premier rang des catégories socioprofessionnelles les plus sensibles à la pénibilité de leur métier, figurent les agriculteurs, les commerçants et artisans et les ouvriers. Et les hommes plus souvent que les femmes : ils sont 55 % à estimer que leurs maux sont aggravés ou causés par le travail, contre 47 % pour les secondes.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 06:04

La France est un pays à la culture particulière : l'individu y est construit par l'institution, le collectif. Hors l'institution, point de statut. C'est ainsi l'école qui fait le citoyen. Mais, ce modèle ne tient que si l'institution est portée par des espérances collectives. Or, nos espérances se sont effondrées : le mur de Berlin a fait disparaître une certaine espérance sociale et la faillite de Lehman Brothers a montré les limites de l'espoir libéral. Le religieux et du politique s'étant de leur côté affaiblis, il n'y a plus d'enchanteur de l'avenir.

L'après-68 nous a d'ailleurs fait basculer de cette société dans laquelle l'individu émanait du collectif à un système dans lequel prédomine l'autonomie de la personne. La question n'est plus "que m'est-il permis de faire?" mais "de quoi suis capable?". Ainsi, la recherche de son identité et de l'estime de soi se constitue en paradigme de la construction individuelle.

Reste que les institutions (État, entreprises...) s'en tiennent encore largement au modèle ancien, celui dans lequel le pouvoir (et la jouissance du pouvoir) est largement préféré à l'accompagnement des hommes et au management du changement. Alors, deux grands sentiments s'imposent en matière de gouvernement des hommes : l'humiliation et la peur.

L'humiliation, il suffit de faire un tour dans les écoles pour vérifier que, si le bonnet d'âne a disparu (je l'espère, du moins), la notation, les zéros enfilés en colliers et la "pédagogie de l'échec" demeurent très présent quand d'autres systèmes éducatifs (Finlande, Norvège) ne mettent en avant que les résultats positifs (du moins au primaire et dans les premières années du collège). Et, si vous assistez aux désormais rituels entretiens d'évaluation, surtout quand y est associée la fixation d'un salaire variable, vous ne vous sentirez pas dépaysé.

Quant à la peur, elle aussi suinte des entretiens que nous avons avec les salariés. Peur du chômage, peur de la Xième restructuration, du déménagement forcé, du nouveau système qui va vous forcer à oublier ce que vous venez d'apprendre pour vous former de nouveau, mais autrement...

En sorte que si nous ne sommes plus crevés au boulot, nous y sommes stressés. Nous le savons bien : les personnes ne sont plus à regarder seulement dans leurs compétences mais aussi dans leurs fragilités. Ce qui pose la question de la fonction du manager : doit-il assurer son confort en faisant respecter la procédure plus que les individus?

N'en déplaise à Michel Crozier et son école, nous ne sommes plus tant dans une société bloquée que dans une société tendue, où l'enjeu n'est plus l'objectif du changement, mais la conduite de ce changement. Or, face à une demande de service de plus en plus réactif, nous brandissons l'absolu de la culture qualité. Mais, où survit le droit à l'erreur, au tâtonnement, à l'apprentissage, à l'analyse des retours d'expérience? Franchement, dans les actions que vous conduisez, quelle place prennent ces "rétex" et le coaching de vos équipes?

Or, on ne gagne pas une bataille en refusant de prêter attention à l'intendance.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 19:29

Signature accordLes grandes entreprises ont commencé à mettre en place des accords sur les risques psychosociaux au travail, mais ils sont encore peu nombreux, et leur contenu laisse parfois à désirer aux yeux des syndicats.

Plusieurs entreprises, comme la RATP, Arkema, France Télécom, EADS, ont déjà suivi la consigne de l'ex-ministre du travail Xavier Darcos, qui en octobre 2009, a demandé aux 1.300 entreprises de plus de 1.000 salariés d'entamer des négociations sur le stress, après une série de suicides à France Télécom-Orange. Quelque 230 accords sur le stress ont déjà été signés entre employeurs et syndicats, a annoncé la Direction générale du travail (DGT), lors des premières rencontres parlementaires sur la santé au travail cette semaine à Paris.

D'autres employeurs ont par ailleurs fait le choix de "plans d'action concertés", décidés sans accord mais "dans une démarche étroite de collaboration avec le CHSCT, les organisations syndicales ou la médecin du travail". 200 plans d'actions concertés sont recensés à ce jour.

Même si les chiffres semblent peu élevés, discuter des risques psychosociaux prend du temps et si trop d'accords avaient été signés, il faudrait douter de leur réelle applicabilité.

 Pour l'instant, deux-tiers des accords ne sont que des accords de méthode. Ils prévoient par exemple de former les membres des CHSCT à la question des risques psychosociaux, de recourir à un cabinet de consultants, d'élaborer un diagnostic partagé à partir d'un questionnaire, etc.

Sur le terrain, les délégués du personnel sont désemparés devant ce genre de négociation dont le contenu relève des CHSCT mais dont ils sont appelés à signer l'accord, sans souvent véritablement connaître de façon approfondie le sujet.

Assez spontanément, on négocie donc des dispositions-outils comme des numéros verts, ce qui ne peut pas tenir lieu de mesure de prévention.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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