Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 13:59

Entretien proDans l’entreprise, les risques psychosociaux se nichent partout. L’entretien annuel notamment, qui se déroule sans témoins, est un terrain propice aux débordements. Les critères d’évaluation étant de plus en plus fondés sur les comportements, le danger, pour le manager, est de glisser vers la vie intime du salarié.

 
L’entretien annuel représente une situation de pression pour le manager comme pour le managé. D’un côté comme de l’autre, chacun va activer ses défenses. Le manager aura tendance à être plus directif, plus manipulateur, plus agressif… nourrissant ainsi les tensions, l’inquiétude, le stress, bref les risques psychosociaux. » À la sortie d’un échange mal conduit, le collaborateur sera rongé par la sensation d’injustice, d’absurdité des directives, ou se sentira mis en échec. La qualité du climat dans lequel il se déroule, le type de questionnement et la formulation des commentaires écrits sont essentiels. Il faut y veiller comme au lait sur le feu. Quelques erreurs à éviter.

 


1.Formulations aventureuses

 
« Quel est votre niveau d’engagement ? », « Quel investissement psychique faites-vous dans le travail ? »… Depuis dix ans, les formules types n’ont cessé de s’enrichir de thèmes sur les comportements personnels, le « savoir être ». Ils s’intéressent autant au quantitatif (chiffres, niveau de business) qu’à la dimension humaine de l’individu, pourtant délicate à évaluer. Exemples d’items : comportement transversal, empathie, leadership (noté de 1 à 5). Ceci conduit les managers à poser ce type de questions tendancieuses. Ou bien à affirmer : « Vous êtes vraiment trop timide, enfant vous avez dû souffrir dans les cours d’école ».

 
Il est donc bien préférable de parler aux gens de ce qu’ils font et pas de ce qu’on pense qu’ils sont.

 

 
2. Manipulations

 
« Cela va comme tu veux sur le projet Z ? », « Tu te sens bien par rapport à tes compétences ? », « Est-ce que tu n’aurais pas besoin d’une formation par hasard ? » (sur un ton ironique). Manipuler quelqu’un dans l’échange, c’est entre autre lui poser une question qui simule l'intérêt pour lui en pointant es faiblesses. avec une manière de perversité..


Autre exemple de manipulation : le manager qui questionne la vie privée en insistant : « Comment ça va chez toi ? », « J’ai l’impression que ça ne va pas bien. », « Est-ce que tu es sûr de ne pas vouloir en parler ? ». L’entretien annuel n’est pas fait pour cela, ni pour lister les erreurs ou les difficultés professionnelles.

 

Ainsi, lorsqu'on désire conduire un entretien positif et motivant, il est préférable de ne pas s’appesantir sur les moments « critiques » du passé pour préférer les enjeux d'avenir (accompagnés des soutiens nécessaires).

 

 

3. Flou artistique


« Sois un peu moins perso, plus engagé ». Ce commentaire n’a rien d’un argument objectif. Vous n’êtes pas obligé de dire à votre collaborateur qu’il est génial. Il ne s’agit pas de lui faire plaisir, mais de lui donner du sens, des perspectives. Dites ce qui ne va pas, sans concession, mais avec le souci de la rigueur, de la précision. Le flou suscite l’interprétation, l’incompréhension et le malaise.
 Il faut donc préférer « J’aimerais que tu parles de tel sujet, dans telle réunion et que tu prennes le lead ! ». Vous donnerez ainsi des axes de progrès mesurables.


Il est donc bon d'avoir en tête des objectifs SMART : Spécifiques, Mesurables, Ambitieux, Réalistes, délimité dans le temps.


 
4. Injonctions paradoxales


« Il faut être réactif mais ne pas faire d’erreur », « Tu dois développer tes équipes et faire du chiffre ! »… Je relève trois facteurs de risques psychosociaux majeurs dans l’entretien d’évaluation. Primo, donner des objectifs qui n’ont pas sens pour le collaborateur. Il n’adhèrera pas et sera tiraillé entre son devoir et sa perception. Dans l’exemple ci-dessus, il se trouvera pris dans des injonctions paradoxales ingérables. Déboussolant !


Autre risque : examiner de façon partielle et partiale le travail de son collaborateur. Sans reconnaître sa performance, ni chercher à saisir pourquoi il n’a pas réussi sur certains points. Le sentiment d’injustice est alors garanti.


Enfin, fixer des objectifs impossibles à tenir aux yeux du collaborateur présente des dangers importants. Parce qu’il aura l’impression qu’ils dépassent ses ressources personnelles. Il ne se sentira alors pas à la hauteur, incapable, voire rabaissé.


 
5. Blocages ou précipitations


J’ai vu des entretiens durer de deux à trois heures ! C’est anormal. Personne n’y avait réfléchi en amont. Le désaccord a surgi et, bien sûr, chacun campa sur ses positions avec ses arguments.


À l’inverse, les entretiens express sont bien trop fréquents. Quand ils ne se passent pas par mails, avec échanges de formulaires remplis de chaque côté. Il n’y a alors aucune discussion. De quoi créer du stress !


 
6. Bachotage


L’entretien n’est ni une revue de résultats, ni du reporting, Il faut avoir quelque chose à dire de dense. Le manager ne s’y préparera donc pas en bachotant en quinze jours. Il récoltera de la matière toute l’année, en observant, en prenant des notes, en s’interrogeant. La seule façon de donner du sens à cet acte managérial essentiel. Et attention à ne pas escamoter les questions qui fâchent. Ce qui se produit dans 3 cas sur 5. Le non-dit est aussi un facteur de risque psychosocial. Aussi intense que la peur d’affronter son chef.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 23:46

DownloadedFile-2Les risques psychosociaux au travail (stress, dépression, violences...) varient suivant la qualification, le secteur d'activité mais aussi le sexe du salarié, selon une étude publiée ce mercredi 1er décembre par le ministère du Travail. Cette étude conduite par la DARES (ministère du Travail)et la DRESS analyse des résultats intermédiaires qui devraient être complétés dans le courant de l'année prochaine. Elle fait suite au rapport "Nasse-Légeron" de 2008.


Cette étude sur les indicateurs de RPS montre que les professions qualifiées sont plus confrontées à de fortes exigences au travail, les professions peu qualifiées étant plus touchées par le manque d'autonomie, de soutien ou de sécurité économique.Elle démontre également que les femmes sont plus exposées que les hommes au manque de marge de manoeuvre, de soutien social et de reconnaissance au travail.


Un rapport d'experts remis au gouvernement en octobre 2009 avait identifié une batterie provisoire de 40 indicateurs destinés à mieux cerner les risques psychosociaux. Ces indicateurs, regroupés en six familles (exigences du travail, exigences émotionnelles, autonomie et marges de manoeuvre, rapports sociaux et relations de travail, conflits de valeur), font l'objet de cette étude de la Dares , qui dresse un tableau d'ensemble des risques psychosociaux à partir d'enquêtes statistiques existantes.


L'étude souligne que les exigences au travail (quantité de travail, pression temporelle, complexité du travail, difficultés de conciliation vie professionnelle et vie familiale) sont plus importantes pour les salariés qualifiés, même si les ouvriers sont plus contraints dans leur rythme de travail. En 2007 par exemple, 23% des actifs occupés affirmaient qu'on leur demandait "toujours" ou "souvent" une quantité de travail excessive, les cadres et les professions intermédiaires se disant plus touchés que les ouvriers et employés.


A l'inverse, le manque de marge de manoeuvre et d'autonomie concerne en particulier les emplois d'exécution. En 2007, 20% des actifs occupés estimaient avoir "souvent" ou "toujours" très peu de liberté pour décider comment faire leur travail", et 38% disaient ne pas pouvoir interrompre momentanément leur travail quand ils le souhaitent. Ces chiffres montent à 29% et 46% pour les ouvriers.


De même, le manque de soutien et de reconnaissance au travail est le plus souvent ressenti par les femmes et les professions les moins qualifiées, note l'étude. Les conflits de valeurs (entre les exigences du travail et les valeurs personnelles ou professionnelles) touchent quant à eux plus souvent les hommes, et plus souvent les personnels de l'administration. Les ouvriers et indépendants y sont plutôt moins exposés.

 

Les salariés de l'industrie et plus précisément les ouvriers sont plus particulièrement exposés au sentiment d'insécurité de l'emploi et du travail, qui touche en revanche moins le secteur de l'administration, de la santé et du social.


Enfin, les exigence émotionnelles (tensions avec le public, obligation de maîtriser ses émotions, etc.) concernent plus souvent les femmes, parce qu'elles sont "plus présentes chez les employés et les professions intermédiaires ainsi que dans des secteurs où l'activité se déroule en général au contact du public, comme l'éducation, la santé ou l'action sociale", explique l'étude. Mais "à âge, secteur d'activité et catégories socioprofessionnelles identiques, ce sont en revanche les hommes qui sont les plus exposés aux tensions et agressions".

 

Cliquez ici : Le rapport publié par le ministère du Travail

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 18:11

penseurLes grandes théories du management ont vécu. Désormais, une multitude de nouveaux concepts revisitent l’organisation et la stratégie de l’entreprise : créativité collective, résilience, responsabilité sociale.
 
Trente ans après leur heure de gloire, les “papes” de la pensée managériale peinent à trouver des successeurs. Qui pour assurer la relève de ­Peter Drucker ? Quel théoricien pour succéder à Henry Mintzberg, fondateur de “l’école de la contingence” ? Les experts capables de penser l’entreprise dans sa globalité semblent aujourd’hui en panne de théorie.

D'autant que les entreprises se méfient des modèles et des solutions clés en main. Elles s’aperçoivent qu’être manager est plus complexe que ce que l’on apprend dans les livres ou dans les écoles. Un paradoxe, à l’heure où dirigeants et cadres recherchent des clés pour repenser les modèles organisationnels et stratégiques, tandis que les chercheurs avancent en tâtonnant.


 
Pragmatisme : en avant toute
 
De là, à ériger en nouveau paradigme “l’océan bleu”, il y a un pas. Cet enseignement théorisé par Chan Kim et Renee Mauborgne, deux chercheurs de l’Insead, s’appuie sur l’étude de 150 cas. Les professeurs y invitent les acteurs économiques à quitter les rives de “l’océan rouge” fait de concurrence acharnée pour plonger dans “l’océan bleu” réservé aux pionniers qui, en se positionnant sur des marchés encore inexplorés, ont réussi à s’affranchir de leurs compétiteurs.
Les consultants spécialisés font le même constat : “Dans les années 1980, on allait à Chicago rencontrer des universitaires pour comprendre les évolutions, trouver de nouveaux concepts. Désormais, nous sommes devenus pragmatiques et soucieux du spécifique.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Les recherches ne s’organisent plus autour de maîtres à penser, mais autour de réseaux thématiques regroupant plusieurs chercheurs travaillant sur les mêmes problématiques.Parmi eux, ceux abordant les questions de gouvernance, la transformation des organisations ou l’entrepreneurship ont particulièrement le vent en poupe. Sans oublier la responsabilité sociale, l’innovation, les risques psychosociaux, ou encore la gestion de la diversité.

La responsabilité sociale, une préoccupation également partagée dans les business schools. Car, aujourd'hui, la performance d’une entreprise dépend de sa capacité à adopter une démarche offensive prenant en compte les attentes de la société dans sa stratégie de développement, au lieu de se borner à étudier les conséquences de ses activités sur leur environnement.


 
Travail collaboratif et créativité
 
Ces recherches aident à nous poser de bonnes questions, à l’image de Morten Hansen, enseignant à l’Insead dont le récent ouvrage “Collaboration” met l’accent sur l’intérêt du travail collaboratif en s’appuyant sur son concept de “T-shaped management” : les managers doivent encourager leurs collaborateurs à donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur domaine d’expertise (barre verticale du T) tout en veillant à prendre des éléments leur permettant de progresser dans les activités développées par d’autres (barre horizontale du T).

C'est grâce à ses conférences sur le management 2.0 et la créativité collective née de l’utilisation des réseaux sociaux que Gary Hamel, professeur à la London Business School fait un tabac dans les amphis et dans les cercles où se retrouve la crème des dirigeants. Quant à Jochen Menges, enseignant à Cambridge, il surfe sur le concept de “slow management”. Les dirigeants doivent, selon lui, revoir leurs méthodes de management et prendre le temps nécessaire pour construire le futur de l’entreprise avec leurs salariés.

Le credo de Don Sull, pour sa part, consiste à apprendre à manager dans l’incertitude. Pour ce professeur de la London Business School, repéré par le magazine “Fortune” comme l’un des dix penseurs en management les plus influents du moment, surfer sur la nouveauté du moment, en combinant de différentes manières des éléments déjà existants, permet de développer de nouveaux produits qui ne nécessitent pas de longs développements technologiques (parfois d’ailleurs sans utilité réelle une fois sortis des labos). Exemple : en pleine crise économique, le constructeur automobile Hyundai est le seul à avoir tiré son épingle du jeu outre-Atlantique en proposant aux consommateurs une “assurance” les autorisant à mettre fin au remboursement ou à rééchelonner les crédits consentis pour l’achat d’une voiture en cas de licenciement. Au moment où ses concurrents misaient sur les technologies propres… Côté français, les travaux sur la gouvernance de Pierre-Yves Gomez, enseignant à l’EM Lyon suscitent un véritable engouement. Il met en garde les décideurs contre les excès des modes managériaux bureaucratiques ne laissant pas de place à la créativité des salariés.


 

S’ouvrir à d’autres disciplines
 
Les managers se tournent également vers des recherches conduites dans d’autres disciplines dont les enseignements sont transposés dans le monde de l’entreprise. “Boris Cyrulnik et son concept de ‘résilience’ trouve de plus en plus d’écho”. Cette notion issue de la métallurgie – la disposition des métaux à reprendre leur forme après une forte déformation –, devient dans le domaine des sciences humaines, la capacité à rebondir et continuer à vivre pendant et après des événements imprévus ou douloureux.

Les décideurs sont également intéressés par les sociologues, à l’heure où la contestation des élites risque de créer de nouveaux fossés entre dirigeants et dirigés.

Bref, tout le monde cherche en sachant que les démarches actuelles (flux tendus, organisation matricielle...) sont de plus en plus risquées et pathogènes. Mais, sur le terrain des entreprises, les ravages continuent et se prolongeront tant qu'un nouveau gourou n'aura pas produit le "couteau suisse" du management, aisément applicable et qui résout tout.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 23:53

Cyrulnik light 

Boris Cyrulnik

 

Mourir de dire

La honte

 

Odile Jacob, Paris, septembre 2010

 

 

 

Boris Cyrulnik continue d’explorer nos âmes, avec cette proximité tendre et souriante qui caractérise son écriture. Dans son dernier opus, il aborde le thème si complexe de la honte qui se situe au point de contact de l’individu et de son environnement humain, du psychologique et du social.

 

En partant d’anecdotes vécues, il décortique ce sentiment qui s’inscrit dans l’image de soi déchirée et rejetée par les autres, que perçoit le honteux. Tout tient dans cette perception et dans l’évaluation qu’il en fait. Ce qui, un jour fait honte, plus tard - ou pour un autre-, vu sous un angle différent, constituera peut-être une singularité qui créera une manière de fierté. Il en va ainsi, de toutes ces différences douloureuses qui impriment leur marque en nous.

 

Mais, chacun sa résilience. Comme l’ambitieux, qui n’est souvent qu’un honteux ayant su trouver la force de se réhabiliter à ses propres yeux. Cyrulnik est bien là, dans cet optimisme constant qui s’attache à montrer que nos blessures, pourvu qu’on parvienne à les dépasser, nous renforcent à long terme.

 

Car, souligne-t-il, « le je n’existe qu’auprès d’un autre ». Aussi individualiste soyons-nous, le besoin du groupe est inscrit en nous. Or, tout groupe humain s’organise pour faire honte à ceux qui n’appartiennent pas à sa communauté. Pensez à ces rituels sociaux qui font moquer ceux qui ne les maîtrisent pas : baisemain, rince doigts à ne pas confondre avec une boisson désaltérante…

 

La honte peut disparaître en quelques instants ou bien s’accrocher et durer. Parfois même elle se coule dans un caveau silencieux peuplé de fantômes qui viennent régulièrement nous tirer par les pieds. Toutefois, il est possible de s’en libérer grâce à un processus de « restructuration cognitive ». Autrement dit, un remaniement de la représentation de soi. Mais, cela ne repose pas sur une simple volonté personnelle car, l’acquisition de la vulnérabilité dépend beaucoup des émotions des autres. Voyez, par exemple, combien les émotions d’une mère se transmettent à son enfant et s’inscrivent en lui durablement.

 

Ces considérations nous renvoient, bien sûr, à la façon dont certaines victimes de risques psychosociaux se dégradent à leur propres yeux et se recroquevillent dans l’effacement de l’estime de soi et dans l’humiliation qui les efface des relations sociales.

 

Voilà une lecture qui aidera peut-être certains lecteurs à « sortir de la honte comme un sort d’un terrier », selon l’expression taillée par Cyrulnik. Pour les autres, elle les fera sans doute avancer un peu plus dans la compréhension de leurs congénères atteints par ces souffrances silencieuses qui caractérisent tant notre époque.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 23:26

france televisions logoLa pression monte à France Télévisions. Et la nouvelle direction n'est pas loin de déclarer l'état d'urgence. Plus que tout, elle vit dans la hantise de voir la télévision publique atteinte du syndrome France Télécom. Et pour cause: au cours de ces derniers mois, l'entreprise a connu un cas de suicide d'un médecin du travail à France 3 Alsace, la mort d'un salarié de RFO que ses confrères continuent de trouver suspecte, et plusieurs cas de personnes ayant attenté à leurs jours à RFO ou à France 3.


La situation est suffisamment grave pour que le social soit devenu la priorité de la nouvelle direction. Elle a mis en place une commission dont la mission consiste autant à enquêter sur ces différents cas que de trouver des solutions à un malaise social qui fait courir «des dangers graves et imminents» aux salariés les plus fragiles de l'entreprise. Un mois après son arrivée, le nouveau directeur des ressources humaines a commandé un rapport à un cabinet. Ses conclusions sont sans appel.


Il estime l'«état du corps social préoccupant» et le juge «fatigué physiquement et psychiquement». Il fait le «constat indéniable et unanime d'un sentiment de malaise». Ce constat vaut pour tous les échelons de l'entreprise, y compris les fonctions hiérarchiques les plus élevées puisque le rapport relève que «les managers eux-mêmes sont en difficulté». Les fonctions administratives seraient particulièrement atteintes. Ainsi le rapport dénonce «des RH de proximité débordés», un «sentiment d'impuissance», «trop de réunions, trop de messages». Le point central porte sur la nouvelle organisation mise en place au 1er janvier 2010. Le rapport affirme que c'est «une logique qui passe mal», et donne aux salariés le «sentiment d'un travail empêché».


Ce constat alarmant avait déjà été dressé dans un rapport commandé au cabinet Cédaet par les représentants des comités d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de France 2, France 3, RFO, et France 4 à l'occasion des premiers déménagements et de la mise en place du nouveau «fonctionnogramme» de l'entreprise. Datant du 6 septembre dernier, ce rapport dénonce «l'appauvrissement du contenu du travail», celui du «rôle professionnel», ou encore du «champ relationnel», «la réduction du champ des prérogatives au profit d'une logique de contrôle» , ainsi que «la dilution des collectifs de travail et des collaborations». Des avertissements qui ont incité la direction à suspendre les mouvements de personnes et de se repencher sur l'organisation de l'entreprise et de ses besoins humains.


La fébrilité sociale est telle que pour éviter toute interférence, France Télévisions a décidé d'«arrêter la pendule» des négociations sur la convention collective qui aurait dû être discutée d'ici au 7 février. Elles ne reprendront qu'après les élections professionnelles.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 10:53

2386417059-en-images-les-occupants-d-une-voiture-voient-un-Comment peut-on être femme ou homme politique ? De quel bois sont-ils faits pour encaisser tout ce stress, ces affrontements violents, ces heures de travail tardives tout en se surveillant constamment puisque, désormais, la moindre petite phrase de travers se paie cash ? Quoi qu’on en dise, ce sont des « athlètes de haut niveau » dont l’énergie et la résistance forcent l’admiration.

 

Certes, ils sont protégés par des entourages. Mais, plus ils grimpent vers les sommets plus il leur faut faire le tri entre amis du « premier cercle » et rats de cour.

 

Il n’empêche, il faut tenir le rythme et ne pas craquer. La légende leur attribue des moyens de décompression dans l’alcool, les déjeuners pantagruéliques et une libido surpuissante. En réalité, la majorité des politiques a une vie stricte, picore aux buffets, choisit le Perrier à la place du champagne et entretient sa condition physique.

 

Non, ce qui « tient » les politiques et leur permet de résister c’est d’abord la reconnaissance. Surtout que, contrairement à l’image qu’induit pour eux la nécessité de conserver leur sang-froid, ils partagent une grande intelligence émotionnelle qui se manifeste par leur goût des contacts. Ils se nourrissent des autres et, à ce titre, l’admiration qui généralement les entoure leur est le soutien le plus précieux. Aussi fort que celui de parents qui savent encourager leurs enfants. Ce soutien public conforte chez eux l’estime de soi. Parfois à l’excès, mais toute médaille a son revers.

 

Bien, direz-vous, mais comment font-ils lorsque l’adversité se renforce et que leur côte baisse ? C’est alors, en effet, qu’ils ont le plus besoin de leurs proches, de leurs entourages et de leurs militants. Et tant qu’ils demeurent tenus par un objectif qui permet de focaliser leur énergie et leurs espoirs, leur mental résiste.

 

En revanche, que vienne un temps de vacuité, conjugué avec la désertion des « amis » et les idées noires surgissent. Avec parfois des actes délétères. Comme des athlètes, ils sont capables de performances hors du commun et, à la fois vulnérables. Chez eux ce ne sont ni le ménisque, ni les adducteurs qui cèdent mais parfois le dos et souvent l’âme.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Leadership
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Samedi 13 novembre 2010 6 13 /11 /Nov /2010 23:06

Talaouit

Vincent Talaouit

avec Bernard Nicolas

 

Ils ont failli me tuer

 

Flammarion, Paris 2010

Vincent Talaouit, 38 ans, a vécu une véritable descente aux enfers comme cadre chez France Télécom. Dans un livre édifiant, intitulé Ils ont failli me tuer (Flammarion), cet ingénieur témoigne des pressions psychologiques, au départ insidieuses, puis totalement assumées et démesurées, qu'il a subies de la part de sa hiérarchie.


Son histoire commence en 1996, lorsqu'il est embauché à la sortie d'une école d'ingénieurs par une filiale de France Télécom.  Il grimpe rapidement les échelons, puis est recruté en 2000 par France Télécom Mobile, avant de rejoindre deux ans plus tard le centre d'innovation du groupe. Les projets de recherche et développement qu'il se voit confier le passionnent. Il ne compte pas ses heures, au point de négliger sa vie privée – et de voir sa compagne le quitter.

Déstabilisation

Tout bascule en 2004, avec l'arrivée d'un nouveau directeur technique au centre d'innovation, qui brise son ascension. "Le processus d'anéantissement s'est déroulé en trois étapes : déstabilisation, isolement et destruction", raconte Vincent Talaouit. La déstabilisation a duré deux ans. Chaque semaine, le directeur conviait son équipe à une réunion hebdomadaire pour présenter un nouvel organigramme. "Dans le cadre d'une réorganisation des services, il nous montrait sur quels projets étaient affectés les membres de l'équipe mais sans indiquer leurs noms. Or, les organigrammes ne contenaient que cinq cases alors que nous étions trente dans le service. Nous nous demandions constamment qui allait sauter", précise l'ingénieur.

L'objectif poursuivi était clair : répondre aux engagements de l'ancien PDG, Didier Lombard, de pousser hors de l'entreprise 22 000 personnes entre 2004 et 2007, à défaut de pouvoir mettre en œuvre un plan social dans un groupe où 70 % des 100 000 salariés ont un statut de fonctionnaire. La technique fonctionne puisque vingt-cinq personnes finissent par quitter d'elles-mêmes l'équipe. Vincent Talaouit reste.

Isolement

Débute alors l'isolement. En deux ans, l'ingénieur recevra quarante lettres recommandées de la direction des ressources humaines lui indiquant qu'il n'avait plus d'emploi et devait en trouver un autre. "Je ne comprenais pas puisque je continuais à travailler avec mon équipe sur mes projets de recherche et développement et à toucher ma paye tous les mois, mon contrat de travail restant inchangé", poursuit-il. Il est convoqué à une vingtaine d'entretiens avec une DRH lui enjoignant de "cesser d'être dans le déni" et de "faire le deuil" de son poste.

La suppression de son poste finit par survenir. Du jour au lendemain, le directeur de Vincent Talaouit lui adresse un courrier lui ordonnant de cesser son activité. "Il ne m'a pas proposé un autre poste. Je l'ai questionné sur cette situation pour le moins absurde dans une quinzaine de lettres, en vain. Et je ne pouvais le contacter directement puisque nous le voyions seulement par visio-conférence, lors de réunions collectives." Pendant des mois, le cadre traverse tous les jours l'open space sous le regard de ses collègues, pour s'installer à un bureau où il n'a plus de travail.

Destruction

2007 est l'année de la destruction. L'entreprise organise un déménagement pour regrouper ses salariés sur son site d'Issy-les-Moulineaux, en banlieue parisienne. Les affaires de Vincent Talaouit sont transférées, comme celles de ses collègues. Mais lorsqu'il se présente à son nouveau bureau, on lui apprend qu'il "ne fait pas partie du personnel" : "Pendant quatre mois, je me suis tous les jours rendu à mon ancien bureau – que l'on me demandait de quitter pour cause de travaux –, à mon nouveau – d'où l'on me refoulait –, et au siège du groupe – pour plaider ma cause sans succès." Vincent Talaouit prévient alors l'inspection du travail, qui se joint à sa cause et porte plainte contre France Télécom.

À deux doigts du suicide

Ce maigre succès ne sera pas suffisant. La pression aura raison du cadre, qui enchaîne les arrêts maladie. Son médecin l'oblige alors à consulter une psychiatre. "À raison d'un à deux rendez-vous par semaine, et un traitement à base d'anti-dépresseurs, d'anxiolytiques et de somnifères, j'ai évité le suicide. Je ne suis pas passé loin", confie-t-il. Depuis décembre 2007, Vincent Talaouit, toujours suivi et sous traitement, n'a pas repris le travail. Il n'a aucune idée de son avenir. Si ce n'est attendre les résultats des quatre procédures judiciaires qu'il a entamées à l'encontre de son employeur.

"Le pire, c'est qu'on m'a proposé de participer à ces méthodes de management", avoue-t-il. En 2007, il est en effet sélectionné, avec quatre mille autres cadres, pour faire partie des top-managers chargés d'appliquer les différents plans de réorganisation de l'entreprise, parmi lesquels le programme "It's time to move" ("Il est temps de bouger") prévoyant que les cadres changent de poste ou de zone géographique tous les trois ans. On lui apprend les différentes méthodes pour pousser les salariés à bout. Vincent Talaouit ne deviendra donc pas manager. Au prix de sa santé.

Son histoire se suffit à elle-même pour rendre compte du vécu quotidien des victimes d’un management déshumanisé qu’il faut au plus vite balayer de notre paysage social.

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Jeudi 11 novembre 2010 4 11 /11 /Nov /2010 21:57

1En termes de risques psychosociaux, l'époque des pionniers est nettement derrière nous. Nous avons plus récemment passé celle de la sensibilisation et de la légitimation du phénomène. Désormais, même si le déni demeure présent lorsque nous mettons le doigt sur des difficultés susceptibles de toucher certains acteurs, il n'est plus possibile de nier le risque, son existence et la nécessité de s'en saisir. Le temps est donc venu du déploiement des outils de prévention.

 

Pour que celui-ci ait lieu dans les conditions les meilleures, une méthodologie rigoureuse mérite être appropriée par l'entreprise, du haut en bas de la pyramide. Elle doit également être partagée avec les partenaires sociaux puisque ce sujet est maintenant au nombre des compétences des CHSCT.

 

L'appropriation d'une démarche préventive par les acteurs sociaux impose que cette méthodologie soit aussi opératoire, claire et appropriable que possible. Si elle doit s'adapter aux particularités de l'entreprise, elle doit surtout se couler dans la logique du consensus professionnel. Notamment pour ce qui regarde les divers facteurs de risques.

 

Voila pourquoi, l'élaboration de grilles de risques appelées à canaliser la vigilance des enquêteurs sur le terrain représente un impératif pratique. Elles ont aussi pour effet de répliquer les observations, d'une année à l'autre et d'un lieu à l'autre. Dans cet esprit, vous trouverez ci-dessous, à télécharger, un manuel réalisé par l'Institut National de Santé Publique du Québec.

 

La grille proposé permet de focaliser l'attention, successivement, sur :

 

1- le cadre de travail

 

> le contexte de travail et l'emploi

> l'absentéisme pour maladie

> la politique de santé au travail

> la violence et le harcèlement psychologique

> l'importance accordée au programme de retour au travail pour les personnes victimes de RPS

> la façon dont l'entreprise concilie travail et vie personnelle

 

2 - les composantes clés de l'organisation du travail

 

> la charge de travail

> la reconnaissance au travail

> le soutien social des supérieurs

> le soutien social des collègues

> la latitude décisionnelle

> l'information et la communication.

 

Très pratique, ce document décrit les concepts,  la manière de réaliser les observations avant de les hiérarchiser. Voilà un moyen très opérant de faire avancer la protection des salariés en matière de risques pqchosociaux.

 

Cliquez ici

 


 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 05:42

spot FTL’humain est enfin de retour chez France Telecom. Dimanche soir sur TF1, le making of des nouveaux spots publicitaires d’Orange a été diffusé, dans un écran événementiel de 2 minutes 30 secondes. On y retrouve les fous rires, les ratages et les inhibitions des salariés, devenus acteurs d'un jour. Bref, de l'humain derrière une signature publicitaire.

Car cette nouvelle campagne d’image vise à remettre de l’humain dans la communication. Au même titre d’ailleurs que les principaux opérateurs qui, eux aussi, remettent désormais de l’humain dans leur communication publicitaire. Orange leur a donc emboîté le pas de ses concurrents en activant le même levier : ce sont les employés qui portent haut l'engagement de l'entreprise auprès de ses clients.

Dans cette campagne, réalisée par Publicis Conseil. Trente-six salariés d'Orange, sélectionnés sur 450 volontaires, se passent le relais dans le spot en se partageant les mots d'une même phrase qui dit tout ce que la fibre apporte dans 600.000 foyers. Ainsi est introduite la nouvelle signature de l'opérateur: «La vie change avec Orange».

À l’évidence, cette posture entre en résonance avec la vague de suicides qui a secoué France Télécom. La crédibilité, voire la sincérité de cette nouvelle prise de parole se révèle donc d'autant plus cruciale. Mais, il était important, pour tous les opérateurs et a fortiori pour l’opérateur historique, de veiller à nettoyer leur image des effets négatifs d’une crise qui a impacté largement le secteur des télécommunications mais plus largement celui des entreprises. Car on sent bien qu’aujourd’hui, le déni de risques psychosociaux est beaucoup moins systématique que par le passé.

Sans doute constaterons-nous, dans quelque temps, qu’il y aura eu un avant et un après crise chez France Telecom.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Communication
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Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 19:23

 


À quoi sert le coach? Au-delà de toutes les considérations, il sert surtout à accompagner ses semblables, dans un monde débridé, où l'avenir est aussi flou que le présent et où la solitude est la plus partagée des situations.

 

Comment arrêter une décision importante en exposant ses interrogations à un miroir doté d'humanité ? Un miroir chaud, compréhensif toujours, et souvent doté de ces fulgurances dont la seule intelligence consiste à regarder les choses autrement.

 

En tout cas, tel est l'intérêt que je trouve au presque rien de ces rencontres si riches, autour des questions du quotidien de la vie professionnelle. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Leadership
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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