Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 00:00

Exclamation Cela faisait beau temps que l'on attendait une méthode pour prendre en compte les risques psychosociaux dans le document unique. Chacun (moi inclus!) bricolait de son côté, avec plus ou moins de bonheur. Or, voilà que l'ANACT vient de publier un kit, clair et pédagogique, accompagné de fiches pratiques, pour conduire une démarche rigoureuse et véritablement opérationnel.

 

De surcroît, le kit est téléchargeable sur le site de l'ANACT à l'adresse ci-après : http://www.anact.fr/web/actualite/essentiel?p_thingIdToShow=23389598......

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 19:40

 

 

NaufrageLe naufrage du Costa Concordia dans la nuit du vendredi 13 janvier vient nous rappeler combien il est important pour toute entreprise de se préparer à la gestion des crises.

 

Certes, comme l’indiquait à l’AFP le président de Costa Croisières France, Georges Azouze « c'est le premier accident de ce type depuis 26 ans que je suis dans la compagnie ». Certes, le bâtiment était récent puisque sa mise en service ne remontait qu’à 2006. Certes, les interventions médiatiques des responsables de l’entreprise ont montré qu’ils maîtrisaient assez bien la prise de parole dans pareille situation : évocation des faits, des enquêtes en cours, pensées pour les victimes (même si c’était un peu tard dans le discours et relativement formel).

 

Qui n’est pas préparé…

Mais voilà, quand un commandant quitte le navire trois heures avant les derniers passagers valides et après avoir tergiversé plusieurs heures sur la conduite à tenir, quand l’équipage donne des ordres contradictoires, quand le matériel de sauvetage fonctionne mal, on ne peut pas reprocher leur colère aux survivants. Quand s’ajoute à cette situation une absence de prise en charge correcte (cellule psychologique, soutient financier au rapatriement, mise en place de lignes téléphoniques…) à l’image de ce qui se passe dans les compagnies aériennes en cas de crash ou de grève et que quatre jours plus tard les membres d'équipage sont abandonnés par leur employeur et livrés à eux-mêmes, on est forcé de considérer que Costa Crociere ne s’est pas préparée à une situation de crise de cette nature. Pourtant une évidence dans une entreprise de transport maritime. De surcroît, il est patent qu’elle n’a pas réalisé le moindre benchmark sur la façon de gérer les naufragés, malgré les expériences nombreuses existantes, tant en matière maritime qu’aéronautique ou autoroutière.

 

D’ailleurs, cette impéritie se manifeste sur le site Internet de l’entreprise qui, plusieurs jours après la catastrophe, ne mentionne rien sur son site et même, laisse ouverte la page d’inscription aux prochaines croisières sur le Concordia ! Ce n'est que trois jours après le naufrage qu'un communiqué de circonstance apparaît.

Costa 1

Costa 2

 

 

 

 

   

Communiquer c’est bien, agir c’est mieux 

Cette situation donne à penser que communiquer c’est essentiel en période de crise, mais agir ne l’est pas moins. Si, l’entreprise responsable de la crise donne le sentiment qu’elle laisse les pouvoirs publics la régler, cette socialisation impudente du risque passe mal dans l’opinion.

 

S’ajoute à cette remarque le constat selon lequel, plus un dispositif devient massif (plus de 4200 passagers dont 3000 touristes, embarqués sur un bâtiment de 290 mètres de long) plus les conséquences communicationnelles et commerciales d’un accident s’accroissent : une demi-douzaine de morts sur un yacht de 15 mètres ne causent évidemment pas le même bruit médiatique qu’un nombre équivalent de morts sur un aussi spectaculaire paquebot.

 

Tout un secteur impacté

Un troisième constat doit être enfin apporté, celui de la grande porosité des images d’entreprises, tant il est vrai que dans les prochains mois c’est tout le secteur de la croisière qui va être touché de plein fouet. Un secteur pourtant florissant et qui promettait de forts taux de croissance cette année.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 15:58

Self help1L'accroissement de l'inquiétude pour l'avenir - phénomène global qui accompagne la mondialisation - introduit, chez nos contemporains, un déplacement de la compréhension de leur relation au monde. D'un ancien paradigme social structuré autour des liens institutionnalisés avec les autres, on a glissé vers un paradigme personnel centré sur son propre bien-être comme voie principale d'insertion dans sa vie. Sur cette base, s'est développé ce que les américains nomment le "self help", ou "self improvement". En témoigne la part croissante des ventes d'ouvrages traitant du bien-être personnel. Ainsi, par exemple, l'ouvrage de Rick Warren "The Purpose Drive Life", vendu à 25 millions d'exemplaires en 3 ans).

 

Or, cette évolution représente une contrainte dont le poids s'accroît à mesure que le rythme des changements s'accélère au point même de constituer le mode de vie actuellement dominant. L'individu y est soumis à une réélaboration constante de lui-même, liée à l'interpénétration grandissante de sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Le travail sur lui-même qu'il est plus ou moins forcé de conduire consiste principalement à maintenir sa sécurité personnelle dans un contexte d'incertitude accrue et de pression émotionnelle renforcée.

 

D'où, à la fois la montée en flèche du syndrome de fatigue chronique et le succès croissant des associations d'entraide mutuelle qui permettent de rompre l'isolement et d'entrer d'une façon sécurisé dans l'arène des relations interpersonnelles.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 07:50

Ch AndréMéditer, jour après jour - 25 leçons pour vivre en pleine conscience

 

Christophe André

 

L'Iconoclaste, Paris, 2011

 

 

Voilà, tout simplement dit, un manuel de vie. Comment arriver à être présent à ce qui nous advient, sans nous laisser submerger par les événements du quotidien? Comment s'appuyer sur son souffle et ses perceptions pour accueiller avec bienveillance et détachement les souffrances de la vie sans se laisser submerger? Comment apprendre à savourer un à un les bonheurs, grands et petits, qui confèrent à la vie sa saveur?

 

Christophe André, qui anime à l'hôpital Sainte-Anne de Paris des groupes de méditation pour aider les patients à se libérer de leurs souffrances nous livre, à travers 25 leçons empreintes d'humanité, les clés de la pratique de la peine conscience. Il le fait dans un ouvrage qui se présente comme un objet magnifique, superbement illustré et complété d'un CD pour accompagner les méditations.

 

C'est là une occasion, dans ce siècle précipité, d'arrêter un instant le flot des choses pour vivre mieux.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 23:50

 

Conversation à New York

 

Que 2012 vous accueille avec bienveillance et soit prodigue de ses bontés toute l'année durant.

Par Patrick Lamarque
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 03:37

Samuel Beckett, dans "Peintres de l’empêchement", à propos des frères Bram et Geer Van Velde, tous deux peintres : « Car, en affirmant quelque chose et en y restant fidèle, quoi qu’il arrive, on peut finir par se faire une opinion sur presque n’importe quoi, une bonne opinion bien solide capable de durer toute la vie. Et les opinions de cette sorte, faites pour résister aux siècles, ne sont pas à dédaigner. »

 

… On sent l’ironie. Mais, elle n’est pas uniquement applicable aux critiques et amateurs d’art à la recherche d’un point de vue. En politique, en économie, en management, pareille fixité des opinions est solidement à l’œuvre. Sans doute parce que le monde et ses occupants changeant et nos analyses parvenant de moins en moins à les interpréter avec fiabilité, nous nous cramponnons à nos jugements traditionnels.

 

Si le peuple est dans l’erreur, alors changeons de peuple. S’il résiste au changement, résistons plus fort encore à changer de lunettes. Si nous n’y voyons pas mieux, au moins continuerons-nous à observer un spectacle familier qui nous rassure.

 

Comme quoi, la résistance au changement n’est pas toujours là où l’on dénonce sa présence.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 23:46

Savoir attendreSavoir attendre pour que la vie change

 

François Roustang

 

Odile Jacob poches, 2008

 

 

François Roustang est philosophe et psychanalyste, spécialiste de l’hypnose et il s’interroge sur les effets et le sens de l’analyse. Avec « savoir attendre », il aborde ce qui guérit vraiment à travers un parcours qui s’ouvre sur la disposition à laisser s’opérer le changement. Lequel, en psychothérapie, correspond à « une modification des rapports qu’un individu entretient avec lui-même, avec les autres personnes et les choses de son environnement ». Soit, « une transformation du complexe relationnel dans lequel se trouve inséré un individu ».

 

La première des peurs qui font résister au changement réside en ce que souvent, modifier la situation présente est encore plus pénible que la supporter. Au-moins y sommes-nous accoutumés. En effet, « les humains tiennent plus à leurs souffrances qu’à leur bonheur » et ils sont capables des plus subtiles inventions pour les entretenir. Comme le note François Roustang, « l’assurance ne peut venir au jour que par la perte des réassurances que nous nous donnons à nous-mêmes et à la recherche desquelles nous nous épuisons ». Pour provoquer le changement, il faut donc « tourner autour » du sujet pour trouver le point d’appui qui permettra d’activer le changement : c’est au sein du désarroi que la décision de changer peut émerger.

 

Quant au thérapeute, s’il veut éviter de projeter sur la situation son propre regard, il doit se tenir totalement ouvert à toutes les possibilités pour son patient, «être indifférent au résultat et s’attendre aussi bien à un échec qu’à un succès de la cure ». Il trouve là une sérénité qui signifie qu’il n’a pas à partager la souffrance du patient pour être en relation à lui. Puisqu’il ne peut pas inciter son interlocuteur à l’acceptation, il doit l’aider à instaurer une stratégie qui transforme le rapport à l’événement à l’origine de la souffrance. Il s’agit de le placer dans le présent, comme un élément du contexte actuel, de façon à éviter d’en rechercher les causes et de remâcher le passé. Le thérapeute entre alors dans une relation attentive, non pas à l’accumulation des détails racontés mais à l’extrême complexité de la situation : « aucune tentative d’analyse, aucun effort de compréhension, une absence de réflexion, caractérise son attitude. Nous sommes réduits à l’immédiateté du contact, non pas contact avec la souffrance, mais avec la totalité de la personne ».

 

Il s’appuie alors, étrangement, sur un « savoir de l’inaction » qui lui fait « renoncer au pourquoi », au savoir technique et même au psychisme. Le savoir du thérapeute s’intègre alors totalement à lui-même, comme le geste du golfeur devenu tellement naturel qu’il relève d’une forme de nature plus que de science. Littéralement, il laisse « se former un non-savoir, c’est-à-dire un savoir dénué d’intention et de volonté ». Ainsi, « il a cessé d’être le savoir préalable à l’action, il peut maintenant devenir le savoir de l’action qui n’a pas besoin de se savoir, mais qui la dirige à chaque instant parce qu’il se laisse investir par elle ». Dit autrement, il faut faire cesser la réflexion qui risque de compliquer le problème au lieu de le résoudre. Et François Roustang d’ajouter : « la solution d’un problème humain ne s’effectue jamais par une réponse à la question pourquoi ».

 

C’est la raison pour laquelle, « learning ne va jamais sans training ». C’est dans la mise en œuvre des gestes et des actes que s’opèrent les modifications. « On n’a jamais vu que le changement puisse s’opérer autrement que par le changement, et tour changement est un changement dans l’action » insiste François Roustang qui n’oublie pas « il suffit d’un geste », l’un de ses précédents ouvrages traitant de sa pratique de l’hypnose. Lacan, rappelle-t-il, disait souvent que la résistance n’est pas celle de l’analysant, mais celle de l’analyste. Il faut donc « trouver sans chercher ».

 

Cet ouvrage, qui explore avec clarté des notions relatives à la complexité, est, pour le coach, un véritable outil de travail, ou mieux une « voie » à la façon de Lao-Tseu. Par-delà les outils dont sa caisse déborde, il lui indique la seule posture qui vaille dans sa relation à ses clients.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 17:28

Fréquemment, lorsque nous voulons traiter un problème, nous nous en approchons tellement que nous avons le nez collé sur lui. Du coup, nous en perdons la vue globale. Son périmètre, ses limites, disparaissent de notre horizon.

Reste donc à prendre la distance nécessaire pour le regarder autrement. Débarrassé de la crainte d'en recevoir l'éclat d'un reflet négatif. Récemment, j'évoquais sa situation avec une cliente qui, lorsque je lui demandais de qualifier la relation problématique dans laquelle elle se trouvait me répondit, du tac au tac, "zéro pointé". En parlant d'elle-même, bien sûr, pas de la situation !

Appréhender la totalité de ce qui se joue, sereinement, et contrôler le tout à travers la vision que nous en avons, voilà le but à atteindre. Nombreuses sont les voies pour y parvenir : prise de recul, dépense physique, méditation, coaching… Dans tous les cas, c'est une conversation avec nous-mêmes que nous engageons. Directement ou par l'entremise d'un tiers.

Voilà qui met en relief cet aller-retour entre le dehors et le dedans de l'individu social que nous sommes et la puissance de ce phénomène de co-construction, mis en évidence relativement somme toute récemment.

Alors, puisque nous avons isolé le virus, pourquoi en refuser le vaccin?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 13:03

 

GilliganUne voix différente – Pour une éthique du care

 

Carol Gilligan

Traduction Annick Kwiatek et Vanessa Nurock

 

Flammarion, coll. Champs Essais, 2008

Ed. originale, Harvard University Press, 1982

 

Toute personne soucieuse des menaces que fait peser l’hyper-individualisme contemporain sur nos sociétés et leurs organisations devrait prendre un peu de temps pour lire l’ouvrage fondateur de l’éthique du care, Une voix différente, de Carol Gilligan.

 

Cette féministe américaine de la deuxième génération (après celle des sufragettes), élève puis collaboratrice de Kohlberg, a travaillé à sa suite sur la question des stades du développement moral de l’individu à partir d’un angle nouveau, celui de la différenciation féminine et masculine. Car, observe-t-elle justement, les études antérieures, en négligeant cette distinction, font inévitablement prévaloir une approche masculine de cette problématique.

 

Dilemmes moraux

De son travail sur l’influence de l’expérience et de la pensée sur la résolution des dilemmes moraux, issu d’une série d’enquêtes par entretiens conduits sur plusieurs années, il ressort que si les hommes assurent progressivement leur développement personnel sur le fondement d’une séparation identitaire avec autrui, tandis que les femmes définissent leur identité à travers un réseau de relations d’intimité et de sollicitude (care). Ainsi, selon les observations faites par Piaget à propos de l’élaboration des règles du jeu, les petits garçons deviennent, au cours de leur enfance, de plus en plus passionnés par l’élaboration de procédures d’équité, de plus en plus raffinées, construisant ainsi un « sens juridique » qu’il juge essentiel au développement moral. En revanche, ainsi que l’analyse Bettelheim à propos du rôle des contes de fées dans la formation des filles, celles-ci définissent leur identité intérieurement et par rapport à une autre personne (le prince charmant…). Et Carol Gilligan d’enfoncer le clou : « les hommes d’âge mûr qui célèbrent aujourd’hui l’importance de l’intimité, des rapports humains et du souci d’autrui, font une découverte de ce que les femmes ont toujours su » !

 

Mais, si l’on laisse de côté ce débat post-édénique, la distinction introduite par Gilligan se révèle fortement productive pour nos réflexions sur le fonctionnement du management, comme de la démocratie ou de la société en général. En effet, la thèse principale de l’auteure, met en évidence le fait que l’approche féminine du soi se constitue à travers les liens avec autrui à l’inverse des hommes qui développent une vision beaucoup plus séparative. Ainsi, « les hommes, (à travers leurs récits de vie sur le thème du danger) décrivent le danger d’être pris au piège ou trahis, des se faire prendre et emprisonner dans une relation intime étouffante ou d’être humiliés si les autres les rejettent ou les trompent. En revanche, le danger que les femmes évoquent dans leurs récits de réussite personnelle est un danger d’isolation, la peur d’être délaissées … ».

 

De l’abstrait au concret

Les hommes développent donc une approche juridique et abstraite de la morale (Gilligan s’oppose ici à la thèse de Rawls sur le « voile d’indifférence » précédant l’idée de justice), tandis que les femmes font prévaloir le souci de ne pas faire de mal et de résoudre le conflit éthique en sorte que personne ne souffre : « les jugements moraux des femmes sont, beaucoup plus que ceux des hommes, reliés à des sentiments de sympathie ou de compassion et (qu’)elles se sentent surtout concernées par la résolution de dilemmes réels et non hypothétiques… ».

 

D’où cette analyse fondatrice : « les femmes perçoivent le dilemme moral comme un problème de responsabilité et de préoccupation du bien-être (care) de l’autre, et non comme une question de droits et de règles. (…) Ainsi, une éthique du bien-être (ethic of care) de l’autre repose sur une logique psychologique des relations humaines, ce qui contraste avec la logique formelle d’équité sur laquelle est fondée la conception de justice » (p. 121).

 

S’opposeraient donc une éthique formelle et une éthique réelle comme dans la théorie marxienne les droits formels et les droits réels. Et après tout, pourquoi pas. Surtout dans des sociétés ou le droit est vu comme le principal bouclier contre les injustices, avec les insuffisances dont témoigne quotidiennement la lecture de la presse. D’autant qu’avec la maturité, ces deux approches s’entremêlent et chacun des deux sexes incorpore dans les siennes les approches de l’autre (ouf !).

 

Sollicitude

Qu’en déduire pour nos sociétés comme pour nos entreprises ? Je soulignerais volontiers deux apports importants :

 

- la dimension constitutive du réseau social dans l’identité, dont on voit bien, dans la prévention des risques psychosociaux combien il constitue une armature protectrice pour les personnes soumises à des stress ou des harcèlements importants. Que vous soyez entouré ou non et vous trouverez ou pas en vous les ressources pour faire face.

 

- le rôle de la sollicitude (je parle plus volontiers de l’attention, mais on pourrait aussi évoquer la reconnaissance avec Axel Honneth) dans la préservation du lien social si essentiel au fonctionnement de toute organisation, au sens le plus large.

 

Voilà pour il faut lire Carol Gilligan.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 23:05

SurtravailLa question de la prévention des risques psychosociaux ou, dans sa formulation positive, celle du bien-être au travail doit-elle être abordée en déployant une caisse à outils dans laquelle chaque dispositif est a sa place ou bien en s’attachant à la caisse de résonnance que représente l’entreprise. Autrement dit, faut-il soigner un à un les effets du stress professionnel ou bien traiter leurs causes ?

 

Dans la pratique, la réponse doit envisager les deux approches : soigner prestement les effets et traiter avec patience les causes. Mais, il ne faut pas négliger la seconde thématique au prétexte que ses résultats ne  s’engrangent qu’à moyen terme.

 

En outre, il importe d’être clair quant aux résultats attendus : le but n’est pas d’atteindre un équilibre conçu comme un état stable mais de s’inscrire dans une dynamique résultant plutôt de la maîtrise de déséquilibres successifs.

 

Décalages 

* Le premier dysfonctionnement généralement constaté résulte du décalage important existant entre le discours institutionnel et la réalité vécue par les collaborateurs.

 

Gérer le stress au travail consiste alors à ne pas imposer au forceps les logiques technocratiques (fort opérantes par ailleurs), mais d’intégrer dans la conception des démarches les zones d’ombre et les perceptions des collaborateurs. Sinon, s’enclenche un conflit de visions qui se transforme rapidement en conflits de valeurs et en perte de légitimité pour les directions.

 

* Gérer le stress impose également de tenir compte des règles implicites de l’organisation car elles sont susceptibles de s’interposer entre la volonté des dirigeants et les latitudes opérationnelles des collaborateurs, engendrant chez ces derniers un stress lié à ce conflit entre objectifs fixés et moyens de les atteindre.

 

 

* Il faut aussi ne pas oublier la sagesse ménagère qui remarque qu’un escalier se balaye du haut vers le bas. Car, dans l’entreprise, la vertu cardinale c’est l’exemple. En matière de risques psychosociaux il convient que les dirigeants engagent leur personne dans leur prévention à partir d’une compréhension réelle du vécu de leur s collaborateurs. C’est uniquement ainsi qu’il pourront acquérir la si précieuse et si rare légitimité.

 

Car, c’est une responsabilité sociale de considérer que la performance sera atteinte à partir de la prise en compte réelle du vécu professionnel des salariés au lieu de le considérer comme une contrainte à gérer.

 

Management durable

Le bon sens témoigne qu’une prévention effective des risques psychosociaux s’inscrit dans la durée, se développe selon un principe de parcimonie et doit s’inclure dans un couple performance-création de valeur.

 

* La dimension de long terme est inévitable puisqu’elle passe nécessairement par la formation des managers et une certaine évolution de la culture d’entreprise. Il s’agit en effet de faire évoluer la représentation de la relation personnes-organisation.

 

* Le principe de parcimonie « nous apprend, insistent Steiler, Sadowsky et Roche[1], qu’en la matière, il n’est pas besoin de lancer des programmes gigantesques, mais bien plus d’investir dans des solutions pragmatiques issues des demandes et des besoins directs des collaborateurs. »

 

* Enfin, un programme de gestion du stress doit s’inclure dans une approche élargie de la notion de performance de l’entreprise, incluant la pérennité et l’intérêt de l’emploi des collaborateurs. Car, l’individu est créateur de valeur, surtout s’il est sollicité à travers un management collaboratif au lieu d’être regardé comme une variable d’ajustement.

 

Il importe donc de faire partager des comportements managériaux qui, sans être véritablement nouveaux, n’en ont pas moins été perdus de vue.

 

Bon sens managérial

Quelques principes méritent d’être inculqués, rappelés, cultivés avec patience et régularité.

 

* La visibilité du manager est essentielle pour les salariés. Chaque jour et, plus encore en période de crise. Sa présence rassure et fait de lui le nécessaire référent des collaborateurs. On peut ici se rappeler le célèbre MBWA américain ou Management By Walking Around consistant à circuler régulièrement dans les services, à la machine à café ou au restaurant d’entreprise.

 

* La pédagogie représente une autre nécessité du management et chacun sait qu’elle est un art de répétition.

 

* Pour cela, le responsable doit gérer son temps de telle sorte qu’il puisse en consacrer suffisamment à l’écoute de ses collaborateurs et au partage avec eux. Car, un des dangers que court le manager, c’est de chercher à s’en sortir par la volonté, en travaillant toujours plus, barricadé dans son bureau et coupé du reste de l’organisation.

 

* Il doit aussi tracer la voie, avec un sens rigoureux de la vérité : mieux vaut évoquer les difficultés lorsqu’elles interviennent et tracer une voie qui mette en perspective ce moment difficile à traverser qu’espérer masquer la réalité. Le courage est une des vertus cardinales du dirigeant mais, pour cela, il faut qu’il soit à la fois sûr de ses compétences et qu’il ne pourra réussir qu’avec la contribution de ses collaborateurs.

 

* Le dirigeant doit aussi considérer que les rituels de l’entreprise (cérémonies, remises de médailles, déjeuners…) sont « le sacré en action » et qu’ils « mettent en scène les symboles » (A. MacIntyre).

 

* Dans ce contexte, il doit s’efforcer de mettre en scène l’histoire collective (storytelling) en célébrant les héros du quotidien. Mais, c’est surtout dans l’établissement de relations profondes avec chaque membre de ses équipes que le leader assure son rôle, ainsi qu’en témoignent les militaires ou les entraîneurs sportifs.

 

L’expérience enseigne, en effet, que l’attitude des personnes vis-à-vis du stress dépend étroitement de leur manière de se représenter le stress. C’est pourquoi un des rôles du leader consiste à tracer un chemin nouveau pour éviter l’inhibition de l’action qu’engendrerait la crainte, comme l’ont montré les travaux d’Henri Laborit.

 

L’important, ainsi que le rappelle Boris Cyrulnik n’est pas tant ce qui arrive que ce que nous saurons en faire. C’est sans doute à ce niveau-là que l’on assure la meilleure prévention primaire des risques psychosociaux.



[1] Dominique Steiler, John Sadowsky, Loïck Roche, Le slow management, éloge du bien-être au travail, Presses Universitaires de Grenoble, 2010, p. 46

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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