Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /Mars /2010 09:37
Harcèlement 3 - copie Patronat et syndicats ont trouvé un accord sur le harcèlement et la violence au travail, ce vendredi 26 mars, Comme on le pressentait, dès le mois de février, après six mois de négociations,les entreprises ont finalement accepté de reconnaître que le mode de management ou de fonctionnement pouvait être responsable de ces phénomènes.

Les partenaires sociaux, ont finalisé un texte permettant de "mieux prévenir ces agissements, les réduire et si possible les éliminer". Ils divergeaient jusqu'à présent sur un point majeur : les syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC) souhaitaient que soit inscrit dans l'accord que "certaines formes d'organisations du travail et de gestion du personnel provoquent par elles-mêmes de la violence et du harcèlement". Au final, le texte ne parle pas d'organisation du travail, mais de mode de management et de mode de fonctionnement de l'entreprise, deux formules qui semblent satisfaire les syndicats.

Il s'agit ici d'un pas important dans le sens de la prise en considération sérieuse des dimensions collectives et organisationnelles à l'origine d'une forme de violence qu'on avait tendance à circonscrire à l'influence néfaste des "petits chefs". Pas à pas, les esprits avancent, mais il reste encore à faire pour comprendre que manager ne se limite pas à gérer du rationnel et que nos modes actuels de fonctionnement sont en crise.



Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 08:11

Dans les  grandes organisations, privées comme publiques, la tendance est à l'organisation matricielle. Sur chaque site, les collaborateurs ne se trouvent plus sous l'autorité hiérarchique du responsable local, lequel n'est plus investi que de fonctions d'aubergiste industriel. Dans ce qui a cessé d'être "son" usine, chacun dépend maintenant d'une filière professionnelle. Le comptable relève du directeur financier, les RH d'un DRH situé à l'autre bout de la France quand ce n'est pas à l'étranger... et ainsi de suite.

Cette organisation, reconnaissons-le, est économique en ce qu'elle permet la mutualisation des compétences les plus rares, le traitement en série d'opérations identiquement répétitives et une structuration efficiente du back office. Même l'État évolue en ce sens, qui prépare la création d'un seul organisme chargé d'assurer la paie des fonctionnaires de tous poils et de tous ministères.

Tout ceci serait parfait si les collaborateurs avaient le sentiment de :
1 - connaître effectivement celui qui les évalue et détermine le montant de leur rémunération variable,
2 - savoir qui incarne l'entreprise en assumant le rôle de "chef" dans leur proximité.

Dans les organisations décentralisées, la situation n'est plus aujourd'hui régulée. Le responsable local n'est plus le "patron", celui entre les mains duquel repose l'essentiel décisions impactant la situation des personnes. Cette fonction "paternante" s'est disloquée et les salariés se trouvent désormais aussi égarés que des "enfants sans père". Ils n'ont plus aucun référent. Plus "d'autorité" (au sens riche) pour définir le cadre dans lequel ils peuvent s'exprimer.

Comme, parallèlement, l'entreprise a cessé de représenter la "mère" qui assure la protection (et l'amour) de ses "enfants" dans des temps où elle les répudie sans honte ni ménagement, les collaborateurs sont dépourvus de toute structure "contenante".

Ainsi assistons-nous à l'effacement du leadership. Un leadership qui manque d'autant plus que personne ne sait plus comment se diriger dans un monde déboussolé. C'est un fait grave, générateur d'inquiétudes voire de risques psychosociaux pour les plus déstabilisés, que cette trahison des leaders dans des entreprises qui ne connaissent plus ni père, ni mère. Ni foi, ni loi...?
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 21:12
Doigt L'abstention considérable du premier tour des élections régionales a été relevée par tous les spectateurs de la soirée électorale autant que par les observateurs. Mais, exclusivement en termes politiques. Or, la dimension massive du phénomène ne doit pas le cantonner à la sphère politique. Il existe bien une forte déception des citoyens mais celle-ci provient surtout du sentiment qu'ils éprouvent d'être insuffisamment protégés de la tourmente économico-sociale. Ce n'est donc pas seulement la "classe politique" ou le "Pouvoir" qui se trouvent contestés dans le silence assourdissant du parti des pêcheurs à la ligne, mais tout ce qui, d'une façon ou d'une autre pèse sur le destin de ceux qui se perçoivent comme les "petits".

Avec beaucoup d'intuition, Jean-Luc Mélenchon a évoqué, au soir du premier tour, une "insurrection civique" pour parler de ce refus qui n'est pas de circonstance mais clair et choisi. Et, ce mardi, avec d'autre mots, Alain Juppé évoqué un sentiment de trahison chez ceux qui n'avaient pas bénéficié de la mondialisation financière.

Il y a tout lieu que ces analyses le soient justes, car on voit bien que l'abstention concerne les lieux qui sont les plus à la peine. Il faut alors craindre que cette opposition sourde, puissante mais sans débouché parce qu'elle n'est pas canalisée par une protestation organisée, traverse la paroi de plus en plus poreuse que la mondialisation a installée entre la sphère du politique et celle des entreprises. Alors il faudra craindre une forme d'implosion rampante dans les unités de production, faite d'augmentation des congés maladie (comme on le constate dans les entreprises en souffrance), de réduction de la productivité et d'un défaut d'engagement des salariés jusque assez haut dans les hiérarchies.

Une insurrection professionnelle côté de l'insurrection civique pour emprunter la formule puissante de Mélenchon.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 10:44
francetelecom.gif France Télécom est mis en cause pénalement dans le suicide d'un salarié dans le Doubs en août 2009. Dans une lettre adressée en février au syndicat Sud, l'Inspection du travail indique avoir remis au parquet de Besançon (Doubs) un rapport concluant au non-respect par l'opérateur d'un article du Code pénal sur "la mise en danger délibérée de la personne d'autrui". Transmis à la direction régionale de France Télécom et au parquet de Besançon, ce rapport porte sur le suicide de Nicolas G., un jeune technicien muté en janvier 2009 dans l'unité d'intervention clients du secteur Bourgogne/Franche-Comté.

Dans son courrier, l'Inspection du travail conclut au "non-respect des dispositions de l'article 121-3 du Code pénal relatives à l'homicide involontaire par imprudence". L'article visé fait référence à la "mise en danger délibérée de la personne d'autrui", précisant qu'il y a crime ou délit "en cas de faute d'imprudence, de négligence ou de manquement à une obligation de prudence ou de sécurité". Il revient désormais au procureur de la République de Besançon de qualifier les faits.

Selon les éléments recueillis, le technicien "n'a bénéficié que de trois jours de formation théorique" pour ses nouvelles fonctions, alors que "le parcours de professionnalisation pour un technicien intervention client dure entre huit et neuf mois". Nicolas G. n'a été inscrit que quelques jours avant sa mort au parcours de formation, le 4 août 2009, "soit sept mois après ses débuts, et après la connaissance par l'entreprise de risques psychosociaux très sérieux", et "quatre mois après avoir été laissé seul sur les interventions". Dans l'intervalle, le salarié a été soumis aux mêmes objectifs que les techniciens aguerris, malgré son défaut de formation.

Pour l'Inspection du travail, France Télécom n'a pas pris les mesures nécessaires "à la prévention des risques psychosociaux lors de changement de métier". Et ce, alors qu'un rapport d'un cabinet de diagnostic insistait, en juin 2008, "sur les risques d'atteinte à la santé mentale des techniciens dans les relations parfois tendues avec les clients". "C'est donc en pleine connaissance de cause, et notamment sur l'existence de risques liés à la santé mentale de ses techniciens d'intervention, que France Télécom a décidé de ne pas mettre en place une grande partie des mesures de prévention proposées" par ce cabinet, estime l'Inspection du travail. Qui ajoute: "Non seulement les mesures de prévention n'ont pas été mises en oeuvre, mais l'enquête montre que les cadences des techniciens ont considérablement augmenté, notamment à partir de décembre 2008, avec un point culminant en juin 2009".

Sans attendre les décisions de la justice sur cette affaire, ces éléments méritent d'être médités par chacun. Car il est fréquent que les plans de formations mettent "un certain temps" avant d'être effectivement mis en oeuvre et la pression de l'urgence l'emporte régulièrement sur les doutes prudentiels.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Responsabilité sociale
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 21:52
Les idées sont neuves par rapport à l'époque au cours de laquelle elles émergent. La plupart du temps, elles correspondent à une reprise d'anciennes idées, occultées un temps durant, et revisitées parce que le besoin s'en fait sentir. En ce sens elles ne sont pas "inouïes" mais "ré-vélées".

Or, les temps actuels nous invitent à ouvrir les yeux pour revisiter le réel, le dés-oblitérer. Ainsi, en économie, les propositions actuelles de Dominique Strauss-Kahn, du haut de ses fonctions au FMI, correspondent à une façon de re-lire l'époque en refusant le dogme visant à limiter l'inflation mondiale à 2% pour le porter à 4%. Bien sûr, celà hérisse le fameux "consensus de Washington", rigoureusement libéral, que Stieglitz a déchiré à belles dents il y a quelques temps. Mais, si un peu d'inflation permet de relancer l'activité, recréer de la richesse et donner de l'espoir à nombre de ceux qui l'ont perdu, pourquoi s'en priver sous prétexte de ne pas manquer à une doxa ?

De même, dans l'entreprise où l'on voit certaines méthodes d'organisation faire fureur : organisation matricielle, flux tendus, hyper-contrôle réduisant l'autonomie, valorisation de l'appréciation individuelle au détriment de l'équipe... De plus en plus, on mesure combien cette fureur peut engendrer de dégâts humains et, du coup, poser plus de problèmes qu'elle en résout (France Telecom en est l'exemple criant).

Pourquoi alors ne pas, de façon toute pragmatique, corriger le dispositif. Non pas aux marges en colmatant quelques trous, mais au centre pour faire globalement mieux et économiser une ressource essentielle, même si elle est non fossile et reproductible, je veux dire la ressources en humains ? Franchement, pourquoi ?




Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 18:57
Nous devons avoir le courage de refonder notre vision du management en mesurant combien nous avons tous trop poussé à l'individuation du travail. Et pas seulement pour de mauvaises raisons de rentabilité. Car, nous avons sincèrement suivi Herzberg sur sa vision de l'engagement de l'individu à travers sa motivation, et Maslow dans sa pyramide des besoins humains dont le niveau le plus élevé correspondait à "l'accomplissement de soi" dans le travail. Il n'y a d'ailleurs pas à rejeter l'ensemble de ces apports.

Mais, l'évolution du travail contemporain nous montre, dans ses crises individuelles (burn out, stress...) comme dans ses crises collectives (conflits interpersonnels, harcèlement...) que les humains ressentent un autre besoin, sans doute négligé depuis trop d'années : celui d'être soutenus par les leurs. Et ce soutien est d'autant plus fort qu'il est le produit d'un collectif. Parce que le groupe sera toujours plus puissant que l'individu isolé.

Nous le savions, certes. Certains ont continué à le mettre en pratique (les militaires, par exemple), mais dans l'univers de la production industrielle et, plus encore, tertiaire, cette idée simple a déserté la doxa ambiante.

Il faut donc, très vite, que nous retrouvions la richesse du collectif dans nos fonctionnement. Pas seulement cet "allez les petits" inspiré du rugby, mais un réel partage des enjeux, une plus grande pratique de la décision commune. Et aussi  lier au groupe des évaluations et des éléments de rémunération retraçant la performance de l'équipe. À procéder ainsi, je suis certain que nous limiterons grandement la plaie des risques psychosociaux que nous cherchons convulsivement à cautériser.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 19:11
Risques PS (VTE)SCOP VTE (Violence, Travail, Environnement)

Risques psychosociaux au travail

Paris, Éd. Liaisons sociales, 2008



VTE est un collectif pluridisciplinaire qui explore les risques psychosociaux au travail, constitué en Société Coopérative Ouvrière de Production depuis 1998. Il aborde la problématique des RPS en tentant de prendre en considération leurs différentes dimensions : il s'agit, écrive ses auteurs, de "considérer l'ensemble des conséquences de la situation. La crise ne touche pas seulement les salariés. Elle contamine l'ensemble de l'organisation du travail et de son management."

Phénomène systémique donc, qui nécessite cependant de regarder "les besoins des personnes tels qu'ils s'exprime" de sorte qu'entre "curatif et préventif, (...) il est impératif d'agir sur l'ensemble des niveaux de prévention..." D'où, leur refus des simplifications dans l'approche de la souffrance au travail et leurs efforts pour penser le "besoin de contenance", "d'enveloppe protectrice"  qui participe du sens du travail pour les salariés.

S'ensuit un parcours très clair à travers les concepts de de base, puis une série d'approches terrain : mal-être et stress, risques suicidaires, agressions, harcèlement, conflits, conduites addictives, plans sociaux.

Une lecture intéressante qui remet les choses en perspectives, en leur donnant leur juste place.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 00:02
6-Stress.jpgDans nombre d'interventions qui nous sont données de réaliser ces derniers temps, des relations hiérarchiques difficiles, souvent qualifiées de harcèlement moral, sont en jeu. Or, en y regardant de près, le harceleur (ou la harceleuse) est souvent lui-même une victime. Victime de la fragilisation de sa situation, de plus en plus en compétition avec de plus jeunes, moins chers et plus à la page. Victime des restructurations permanentes. Victime de l'intensification extrême du travail ces dernières années. Et ceci partout, secteurs public et secteur concurrentiel confondus, ce mal ronge de nombreux cadres fragilisés.

La culture de la performance à tout prix, la maladie de la mesure et du reporting, la réduction des effectifs de soutien et d'assistance, l’organisation et  les conditions de travail qui en découlent pèsent sur le vécu des cadres. Certains vivent un conflit intérieur entre leur désir narcissique d'être performant, le sentiment d'être déconsidérés et l'effondrement de l'estime de soi qui s'ensuit.  D'où le désenchantement actuel du travail, voire le  burnout, ou encore le transfert de la pression, majoré de l'angoisse du cadre, sur ses collaborateurs qui vivent un harcèlement insupportable.

Dans ce contexte, l'individualisation des situations, que justifiait l'autonomie, est devenue perverse : à l'origine facteur de motivation, elle est désormais un objet de pression et de culpabilisation. C'est pourquoi personne n'est plus vraiment dupe des méthodes de développement personnel mis en avant jusque là pour remotiver les personnes en perte de vitesse. Les egos blessés ne se remettent jamais totalement de leurs souffrances.

De surcroît, les rapports de coopération se sont usés. Les salariés, cadres ou non cadres, ne se sentent pas soutenus par un collectif puisqu'on les individualise de plus en plus. Or, l'expérience nous le rappelle souvent : c'est en reconstituant du collectif qu'on engendre le soutien indispensable à la reconstruction des individus en souffrance. 
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Plans sociaux
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 05:52

Nous vivons sous le règne des experts. Pas un domaine, plus un projet sans ses experts, leurs rapports et leurs certitudes expérimentées. C'est positif car, pour peu que l'expert soit bien choisi, il est assez probable qu'une réponse éprouvée au problème posé sera apportée. L'aura de connaissance dont bénéficie l'expertise n'est évidemment pas usurpée dans le monde complexe dans lequel nous vivons.

Mais il ne faudrait pas - et c'est un risque constant- que l'expert se substitue au responsable. Politique ou mandataire social. D'autant que l'un est l'autre sont tentés de le faire. L'un, parce qu'il accède ainsi à l'ivresse du pouvoir sans les risques associés. L'autre, parce qu'il ouvre alors le parapluie dont il n'aime rien tant qu'entendre le cliquetis sonore au-dessus de sa tête.

Donc, le politique - ou le dirigeant d'entreprise, car ces métiers sont de plus en plus proches- doit assumer sa mission qui consiste à choisir, trancher, exprimer la vision.

Mais, pour que la décision soit correctement établie, elle doit reposer sur un troisième pilier. J'ai nommé celui qu'on devrait appeler "l'expert du quotidien", c'est-à-dire l'habitant de la ville, le citoyen quand il s'agit de choix politique ou le salarié, dans l'entreprise. Qui mieux que lui peut faire émerger les besoins pratiques, les nécessaires aménagements, les tournemains à partager, bref tout ce qui fait que les grandes visions se transforment en de concrètes réalités?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 22:18
BinebineMahi Binebine

Les étoiles de Sidi Moumen

Paris, Flammarion, 2010



Je connaissais Mahi Binebine comme l'un des meilleurs peintres et sculpteurs contemporains du Maroc. J'aime ses corps épurés et graphiques tendus par toutes les émotions du monde. La souffrance souvent. Le cri, la jouissance avec une irrésistible évocation du célèbre Guernica de Picasso. J'avais d'ailleurs trouvé beaucoup de plaisir à découvrir son exposition à Venise l'été dernier.

Mais, à ma grande honte, je ne connaissais pas l'écrivain. En traînant chez un libraire la semaine dernière je suis tombé sur son dernier opus, à peine sorti des presses. "Les étoiles de Sidi Moumen" s'inspire des attentats de Casablanca, le 16 mai 2003. Il y campe un enfant du bidonville de Sidi Moumen, en lisière de la capitale économique marocaine qui grandit parmi ses dix frères et ses copains, réunis dans une équipe de foot, Les étoiles de Sidi Moumen, laquelle brille dans le championnat des bidonvilles.

Avec une tendresse infinie, il décrit les combats, les souffrances et les petits bonheurs de celui qui a choisi le surnom de Yachine, parce qu'il est le goal de son équipe et qu'il admire le grand Lev. Tout Binebine est là, dans ce mélange de misère et de bonheurs simples, qu'il s'exprime avec le pinceau, le burin ou le stylo.

On renifle la puanteur de la décharge publique que les gamins fréquentent assidûment, le hashich et la colle qu'ils sniffent. On se glisse dans l'atelier de réparation de mobylettes et on prend part aux bagarres homériques où l'on étripe pour passer le temps et imposer son existence. On fréquente aussi ce garage désaffecté où un certain Abou Zoubeïr accueille un par un les gamins et leur promet un monde béni aux milliers de houris, ces vierges offertes à celui qui franchit les sept cieux pour atteindre la lumière. "À l'entendre, remarque le jeune Yachine, on aurait juré qu'il était mort dix fois et que dix fois il avait ressuscité..."

Progressivement, on comprend comment ces enfants élevés par la rue et la décharge reconstituent entre eux une famille de substitution et combien il est aisé, pour les jeunes prédicateurs, de camper pour eux les référents qui leur manquent. Jusqu'au carnage dans un grand hôtel.

Tout est suggéré de cette humanité humiliée et douloureuse et de la force que donne le groupe pour traverser les épreuves aussi bien que pour se jeter dans le néant. Une leçon pour qui, au-delà de la question des attentats s'efforce, de comprendre la dureté de certaines banlieues et, plus généralement, l'indispensable soutien du groupe pour affronter les épreuves. Quelle que soit leur nature. Dans la vie comme dans l'entreprise parce qu'aujourd'hui individualisme et compétition conjugués font qu'il est de plus en plus difficile "d'être soi", comme disait Ehrenberg.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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