Partager l'article ! 2011-2012 : d'une annus horribilis à une annus dolorosa: Rappelez-vous la fin 2010 et la crise financière internationale vécue par tous com ...
Rappelez-vous la fin 2010 et la crise financière internationale vécue par tous comme marquée par des difficultés économiques qui exacerbaient un sentiment d'injustice largement partagé par les Français.
Un an après, la crise grecque a sonné le tocsin sur l'ensemble de la zone euro, le
triple AAA permettant à l'État d'emprunter à meilleur compte se réduit à une triple Apparence, tandis que le chômage atteint un taux record de 2,9 millions de demandeurs d'emploi, non compris les
personnes exerçant une activité réduite et celle qui, pour une raison ou une autre, sont rayées des listes. Ajoutez-y l'estimation de l'INSEE qui attend un chômage dépassant les 10% de la
population active en juin prochain et la pauvreté qui s'étend au point que les Resto du Coeur enregistrent de 5 à 8% de demandes d'aide supplémentaires depuis la fin du mois de novembre et vous
ne pourrez pas voir les mois qui viennent autrement qu'en gris foncé.
Or, nous aurons beau multiplier les dispositifs d'accompagnement, sans croissance aucune reprise de l'emploi ne peut être espérée et le mouvement de désindustrialisation engagé depuis 2009 (880 sites fermés et 100 000 emplois industriels perdus, selon une récente étude Trendéo) ne fera que se prolonger.
Après l'annus horribilis de 2011, nous nous apprêtons à entrer dans une annus dolorosa. Et les salaires
pratiqués dans le monde du football ne viendront pas calmer le sentiment d'injustice en faisant espérer l'ouverture d'une annus mirabilis.
La leçon de Bram Van Velde
J'ai trouvé chez le peintre Bram Van Velde (1895-1981) une attitude, face à la vie comme face à son oeuvre,
qui présente toutes les caractéristiques d'une leçon posturale à l'usage du coach (si j'y allais de façon cavalière, le parlerais même de "l'assiette" du coach). Bram, tel que le décrit son
ami le poête et critique d'art Charles Juliet (1), sait se retirer, s'absenter de la vie pour laisser advenir la fulgurance qui donnera naissance à la toile.
Plus on sait, moins on est
Il faut dire qu'il a assez peu peint dans sa longue carrière exclusivement consacrée à son art. Environ 300 toiles en
toute une vie, soit à peu près la production de Picasso dans la dernière année avant sa mort ! C'est un homme qui - au prix de l'acceptation d'une misère souvent profonde qui l'accompagna tout du
long - est parvenu à s'abstraire du monde et de ses nécessités pour laisser advenir à lui l'impératif de créer. "L'artitste, dit-il, est celui qui est sans vouloir".
Au point de se tenir dans l'absolue concentration du présent : "l'important, c'est de n'être rien", jette-t-il avant de
compléter par ce constat, "le plus difficile c'est de ne pas vouloir". Car, et c'est peut-être là une de ses clés, "plus
on sait, moins on est". Ou encore, "surtout, ne jamais s'affirmer".
Évidemment, il ne faut lire là aucune ode à l'inaction ni à la mollesse. Assis sous un arbre où il passe des heures à méditer, "je ne reste pas là sans rien faire. Mais, je travaille intensément". Tout simplement parce que "la toile ne vient pas de la tête, mais de la vie".
Je suis aux côtés de la faiblesse
Car une extrême intensité traverse cet oeuvre homogène, obsédé par le centre, le point focal, cet ombilic de la toile autour duquel se désagrège le tragique de la vie dans des tons souvent terreux. Un désordre de catastrophe qui pourrait bien révéler la profondeur et la beauté chahutée du monde.
Bram Van Velde doit nous inspirer dans notre pratique de coach. Singulièrement par cette présence en vérité, sans fard ni tentation de se relier au passé pour y trouver l'explication ou la justification qui sauverait. En apparence. Un présence qui ne fait pas l'économie du tragique ("je suis aux côtés de la faiblesse", dit-il) mais qui dispose toujours de ce centre essentiel autour duquel tout s'organise et qu'il nous appartient de rechercher pour soutenir notre client dans sa volonté d'avancer. Même si, comme l'énnonce Bram, "nous sommes toujours deux (i.e. en chacun de nous). Un vivant et un mort. Et ils sont constamment aux prises".
Avec, enfin, cette modestie en manière de leçon à tout thérapeute futur, accompagnant ou ami qui fait un bout de parcours avec un autre : "on ne peut que très peu pour autrui. Il est très difficile d'aider l'autre sans le trahir". Pourtant, nous nous y efforçons.
1 - Les citations sont issues de l'ouvrage de Charles
Juliet, Rencontres avec Bran Van Velde, P.O.L., 1998.
Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.
Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.
Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.
À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.
Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.
Quelques beaux poêmes
Dans une vieille mare,
une grenouille saute,
le bruit de l'eau.
Bashö (1644-1694)
Porté par l'obscurité.
Je croise une grande ombre
dans une paire d'yeux.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Sur la plage
je regarde en arrière
pas la moindre trace de pas.
Hosai (1885-1926)
J'étais là moi aussi -
et sur un mur blanchi à la chaux
se rassemblent les mouches.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Il n'y a rien
dans mes poches -
rien que mes mains.
Kenshin (1961-1987)
Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.
Sei Imai
Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur
La vue de la lune.
Kyoraï
Au coucou
Elle ne répond rien
La girouette en fer.
Seiho Awano
Quelques essais personnels
Le bolet doré
au couteau de l'automne
craque mollement.
P.L.
La nuit est posée
l’hiver gagne la ville –
Frisson de moineau.
P.L.
Un mille-pattes trébuche
-bruit de catastrophe-
entre quelques brins d'herbe.
P.L.
Cul grisâtre
d'une bouteille lancée
dans la mer étroite -
bonjour Trieste.
P.L.
Goutte à goutte
- loupes hallucinées -
le toit s'égoutte.
P.L.
Au profond de la nuit
rentrent les meurtriers
le devoir accompli.
P.L.
Tendu comme un arc,
l'hiver scarifie
d'une autre ride le visage.
P.L.
Dans la nuit luisante
résonnent des pas
- un chien lève la patte -
P.L.









Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin