Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 18:11

penseurLes grandes théories du management ont vécu. Désormais, une multitude de nouveaux concepts revisitent l’organisation et la stratégie de l’entreprise : créativité collective, résilience, responsabilité sociale.
 
Trente ans après leur heure de gloire, les “papes” de la pensée managériale peinent à trouver des successeurs. Qui pour assurer la relève de ­Peter Drucker ? Quel théoricien pour succéder à Henry Mintzberg, fondateur de “l’école de la contingence” ? Les experts capables de penser l’entreprise dans sa globalité semblent aujourd’hui en panne de théorie.

D'autant que les entreprises se méfient des modèles et des solutions clés en main. Elles s’aperçoivent qu’être manager est plus complexe que ce que l’on apprend dans les livres ou dans les écoles. Un paradoxe, à l’heure où dirigeants et cadres recherchent des clés pour repenser les modèles organisationnels et stratégiques, tandis que les chercheurs avancent en tâtonnant.


 
Pragmatisme : en avant toute
 
De là, à ériger en nouveau paradigme “l’océan bleu”, il y a un pas. Cet enseignement théorisé par Chan Kim et Renee Mauborgne, deux chercheurs de l’Insead, s’appuie sur l’étude de 150 cas. Les professeurs y invitent les acteurs économiques à quitter les rives de “l’océan rouge” fait de concurrence acharnée pour plonger dans “l’océan bleu” réservé aux pionniers qui, en se positionnant sur des marchés encore inexplorés, ont réussi à s’affranchir de leurs compétiteurs.
Les consultants spécialisés font le même constat : “Dans les années 1980, on allait à Chicago rencontrer des universitaires pour comprendre les évolutions, trouver de nouveaux concepts. Désormais, nous sommes devenus pragmatiques et soucieux du spécifique.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Les recherches ne s’organisent plus autour de maîtres à penser, mais autour de réseaux thématiques regroupant plusieurs chercheurs travaillant sur les mêmes problématiques.Parmi eux, ceux abordant les questions de gouvernance, la transformation des organisations ou l’entrepreneurship ont particulièrement le vent en poupe. Sans oublier la responsabilité sociale, l’innovation, les risques psychosociaux, ou encore la gestion de la diversité.

La responsabilité sociale, une préoccupation également partagée dans les business schools. Car, aujourd'hui, la performance d’une entreprise dépend de sa capacité à adopter une démarche offensive prenant en compte les attentes de la société dans sa stratégie de développement, au lieu de se borner à étudier les conséquences de ses activités sur leur environnement.


 
Travail collaboratif et créativité
 
Ces recherches aident à nous poser de bonnes questions, à l’image de Morten Hansen, enseignant à l’Insead dont le récent ouvrage “Collaboration” met l’accent sur l’intérêt du travail collaboratif en s’appuyant sur son concept de “T-shaped management” : les managers doivent encourager leurs collaborateurs à donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur domaine d’expertise (barre verticale du T) tout en veillant à prendre des éléments leur permettant de progresser dans les activités développées par d’autres (barre horizontale du T).

C'est grâce à ses conférences sur le management 2.0 et la créativité collective née de l’utilisation des réseaux sociaux que Gary Hamel, professeur à la London Business School fait un tabac dans les amphis et dans les cercles où se retrouve la crème des dirigeants. Quant à Jochen Menges, enseignant à Cambridge, il surfe sur le concept de “slow management”. Les dirigeants doivent, selon lui, revoir leurs méthodes de management et prendre le temps nécessaire pour construire le futur de l’entreprise avec leurs salariés.

Le credo de Don Sull, pour sa part, consiste à apprendre à manager dans l’incertitude. Pour ce professeur de la London Business School, repéré par le magazine “Fortune” comme l’un des dix penseurs en management les plus influents du moment, surfer sur la nouveauté du moment, en combinant de différentes manières des éléments déjà existants, permet de développer de nouveaux produits qui ne nécessitent pas de longs développements technologiques (parfois d’ailleurs sans utilité réelle une fois sortis des labos). Exemple : en pleine crise économique, le constructeur automobile Hyundai est le seul à avoir tiré son épingle du jeu outre-Atlantique en proposant aux consommateurs une “assurance” les autorisant à mettre fin au remboursement ou à rééchelonner les crédits consentis pour l’achat d’une voiture en cas de licenciement. Au moment où ses concurrents misaient sur les technologies propres… Côté français, les travaux sur la gouvernance de Pierre-Yves Gomez, enseignant à l’EM Lyon suscitent un véritable engouement. Il met en garde les décideurs contre les excès des modes managériaux bureaucratiques ne laissant pas de place à la créativité des salariés.


 

S’ouvrir à d’autres disciplines
 
Les managers se tournent également vers des recherches conduites dans d’autres disciplines dont les enseignements sont transposés dans le monde de l’entreprise. “Boris Cyrulnik et son concept de ‘résilience’ trouve de plus en plus d’écho”. Cette notion issue de la métallurgie – la disposition des métaux à reprendre leur forme après une forte déformation –, devient dans le domaine des sciences humaines, la capacité à rebondir et continuer à vivre pendant et après des événements imprévus ou douloureux.

Les décideurs sont également intéressés par les sociologues, à l’heure où la contestation des élites risque de créer de nouveaux fossés entre dirigeants et dirigés.

Bref, tout le monde cherche en sachant que les démarches actuelles (flux tendus, organisation matricielle...) sont de plus en plus risquées et pathogènes. Mais, sur le terrain des entreprises, les ravages continuent et se prolongeront tant qu'un nouveau gourou n'aura pas produit le "couteau suisse" du management, aisément applicable et qui résout tout.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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