Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 19:40

 

 

NaufrageLe naufrage du Costa Concordia dans la nuit du vendredi 13 janvier vient nous rappeler combien il est important pour toute entreprise de se préparer à la gestion des crises.

 

Certes, comme l’indiquait à l’AFP le président de Costa Croisières France, Georges Azouze « c'est le premier accident de ce type depuis 26 ans que je suis dans la compagnie ». Certes, le bâtiment était récent puisque sa mise en service ne remontait qu’à 2006. Certes, les interventions médiatiques des responsables de l’entreprise ont montré qu’ils maîtrisaient assez bien la prise de parole dans pareille situation : évocation des faits, des enquêtes en cours, pensées pour les victimes (même si c’était un peu tard dans le discours et relativement formel).

 

Qui n’est pas préparé…

Mais voilà, quand un commandant quitte le navire trois heures avant les derniers passagers valides et après avoir tergiversé plusieurs heures sur la conduite à tenir, quand l’équipage donne des ordres contradictoires, quand le matériel de sauvetage fonctionne mal, on ne peut pas reprocher leur colère aux survivants. Quand s’ajoute à cette situation une absence de prise en charge correcte (cellule psychologique, soutient financier au rapatriement, mise en place de lignes téléphoniques…) à l’image de ce qui se passe dans les compagnies aériennes en cas de crash ou de grève et que quatre jours plus tard les membres d'équipage sont abandonnés par leur employeur et livrés à eux-mêmes, on est forcé de considérer que Costa Crociere ne s’est pas préparée à une situation de crise de cette nature. Pourtant une évidence dans une entreprise de transport maritime. De surcroît, il est patent qu’elle n’a pas réalisé le moindre benchmark sur la façon de gérer les naufragés, malgré les expériences nombreuses existantes, tant en matière maritime qu’aéronautique ou autoroutière.

 

D’ailleurs, cette impéritie se manifeste sur le site Internet de l’entreprise qui, plusieurs jours après la catastrophe, ne mentionne rien sur son site et même, laisse ouverte la page d’inscription aux prochaines croisières sur le Concordia ! Ce n'est que trois jours après le naufrage qu'un communiqué de circonstance apparaît.

Costa 1

Costa 2

 

 

 

 

   

Communiquer c’est bien, agir c’est mieux 

Cette situation donne à penser que communiquer c’est essentiel en période de crise, mais agir ne l’est pas moins. Si, l’entreprise responsable de la crise donne le sentiment qu’elle laisse les pouvoirs publics la régler, cette socialisation impudente du risque passe mal dans l’opinion.

 

S’ajoute à cette remarque le constat selon lequel, plus un dispositif devient massif (plus de 4200 passagers dont 3000 touristes, embarqués sur un bâtiment de 290 mètres de long) plus les conséquences communicationnelles et commerciales d’un accident s’accroissent : une demi-douzaine de morts sur un yacht de 15 mètres ne causent évidemment pas le même bruit médiatique qu’un nombre équivalent de morts sur un aussi spectaculaire paquebot.

 

Tout un secteur impacté

Un troisième constat doit être enfin apporté, celui de la grande porosité des images d’entreprises, tant il est vrai que dans les prochains mois c’est tout le secteur de la croisière qui va être touché de plein fouet. Un secteur pourtant florissant et qui promettait de forts taux de croissance cette année.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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