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Vendredi 2 mars 2012 5 02 /03 /Mars /2012 16:23

BrunoGiordano Bruno (1548-1600), par sa formation théologique, philosophique et cabaliste est un des grands modèles del’humaniste de la Renaissance. Simultanément, il est encore représentatif de la scholastique médiévale par son approche classificatoire des thèmes qu’il aborde. Ainsi, lorsqu’il fut condamné à périr sur le bûcher pour avoir refusé d’entériner le dogme établi, il déclara « 1. Qu’il n’avait pas le désir de se repentir. 2. Qu’il n’y avait pas lieu de se repentir. 3. Qu’il n’y avait pas matière à se repentir ». En conséquence, on décida de brûler « 1. Les livres. 2. Leur auteur. 3. Des branches de chêne-liège ».

 

Dans son traité intitulé Des liens, inachevé et demeuré inédit jusqu’à la fin du XIXème siècle, il aborde avec une extraordinaire ouverture d’esprit la question de la relation, peu souvent traitée en termes philosophiques à son époque. Et, il le réalise en accumulant d’extraordinaires fulgurances que ne renierait pas un spécialiste contemporain des sciences humaines. Ainsi, ses premières phrases, fort systémiques : « Il est nécessaire que celui qui doit former un lien possède en quelque façon une compréhension d’ensemble de l’univers, s’il veut être capable de lier un homme – lequel est comme l’épilogue de toute la création. En effet, (…) c’est dans l’espèce humaine qu’il est donné d’observer le mieux toutes les espèces, par des rapports de correspondance »…

 

Les sciences humaines en germe

Sur une théorie de la complexité bien avant son heure, voilà qu’il remarque un peu plus loin « rien n’existe qui ne soit un et simple, de même quantité et de même qualité… »

 

Néanmoins, son projet demeure assez proche de celui de Machiavel : conseiller, non pas tant le Prince que celui que l’on ne nommait pas encore l’acteur social et qui pourrait bien ici prendre les traits d’un urbaniste : «  Le lieur s’apprête en vue de la ligature (…) par trois moyens : l’ordre, la mesure et l’aspect. L’ordre donne les intervalles entre les parties, la mesure définit la quantité, l’esprit se manifeste dans les figures, les linéaments, les couleurs ».

 

Il n’est pas jusqu’à la théorie de l’image que Giordano Bruno n’esquisse avec une remarquable intuition : « l’imagination et l’opinion, écrit-il, lient aussi plus les gens que ne le font la raison, et bien plus étroitement qu’elle ». Et d’insister : « il n’est pas vrai que la force du lien, comme on l’a prétendu, procède du bien – c’est plutôt l’opinion du bien qui a pouvoir de lier… » Étonnant, n’est-ce pas ?

 

Pour peu que l’on consente à l’effort de franchir quelques siècles (un peu plus de quatre, tout de même), on mesure combien il est important de demeurer attentifs aux intuitions en contradiction radicale avec la doxa du moment à laquelle nous relient tant d’habitudes de pensée.

 

L’intuition de la vie

D’ailleurs, fin psychologue, Bruno poursuit : « l’orateur capte la bienveillance par son art en faisant aussi que ses auditeurs et le juge trouvent en lui quelque chose d’eux-mêmes ». Quant à la durabilité des liens, il témoigne, dans un autre registre et avec toute l’expérience des divorcés contemporains qu’il « est naturel (…) de désirer être délié de ses liens, tout comme l’instant auparavant nous avons pu être assujettis par un inclination propre et spontanée ».

 

Néanmoins, au-delà de tout cynisme, il faut bien un part de vérité dans toute relation. Ce que Giordano Bruno traduit comme suit : « Il n’est pas possible de lier à soi quelqu’un à qui le lieur ne soit  aussi une attaché lui-même ; les liens adhèrent en effet à ce qui est lié, s’y insinuent ». D’ailleurs, « tous les liens sont liés au lien d’amour » et « c’est surtout en une disposition réciproque du ravisseur et du ravi que consiste la raison du lien… » Constructiviste déjà, notre Bruno !

 

Véritablement, pour sa connaissance intime de l’humain, il y a beaucoup à glaner dans cet ouvrage, malgré les siècles qui nous séparent de son élaboration… Une distance qui introduit une dimension de vertige dans la lecture que l’auteur adoucit d’une moquerie finale : « les philosophes, qui se font gloire (…) de la connaissance de toute chose, s’accommodent fort bien de ne pas être loués pour la vigueur de leurs pectoraux ».

 

 

Référence : Giordano Bruno, Des liens, traduction Danielle Sonnier et Boris Donné, Paris, Éd. Allia, 2010

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Communication
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Le fil d'Ariane

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Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en stratégie, gestion des crises et management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics et expert en prévention des risques psychosociaux. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il a enseigné à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Il est l'auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

 

 

Elle a renversé son sac

à la recherche de ses clés -

Sourire amusé.

PL

 

 

Elle s'est jetée dans l'étang -

La lune abîmée

de désespoir.

PL

 

 

Où va la nuit dans le noir

quand je me retiens

de bouger et de vouloir?

PL

 

 

Le temps de la cigale

stridule sans fin,

puis tombe la nuit.

PL

 

 

Les bras écartés

il surgit de la neige

l'épouvantail brun.

PL

Le coin des livres


Réalité

Ch. André Psycho de la peur

Bruno


Precht


Billeter

Rencontres

Ch André


Savoir attendre

Gilligan

EKR

Cyrulnik-Morin


Dejours light
Cyrulnik light
Talaouit
41yAu4IM-BL. SL500 AA300
MFH

Daewoo

 


La citation de la semaine

La routine, cette préface des révolutions !  Emile de Girardin - Les Cinquante-deux


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