Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 10:10
Les conséquences sociales de la crise sont déjà considérables, mais il faudra du temps pour les appréhender dans leur totalité, indique l'Insee dans l'édition 2009 de "France, portrait social", sortie cette semaine. Chaque année, en effet, l'Insee réalise ce bilan dans toutes les dimensions du social : démographie, éducation, santé, emplois… Mais pour son édition 2009 c'est le portrait d'une France en crise que dessine l'institut statistique.



Crise : un impact durable

 Des destructions d'emplois massive, un pouvoir d'achat moyen qui stagne, des salaires qui ralentissent en raison de la baisse de leur part variable et d'un climat défavorable pour les employés lors des négociations salariales… Les dégâts sociaux de la crise se déploient sur plusieurs plans. Quant à la hausse du chômage , elle n'est pas terminée et « Il faudra du temps pour appréhender l'ensemble des conséquences sociales de la crise », prévient l'Institut statistique. Exemple : si la fécondité a encore progressé en 2008, « les crises passées ont montré qu'elle diminue temporairement en période de récession, avec un décalage d'un ou deux ans ».


Salaires : les écarts se creusent

 En 2007, les 1 % de salariés les mieux rémunérés du secteur privé (soit 133.000 personnes ayant touché au moins 124.573 euros) ont gagné, en moyenne, un salaire brut de 215.600 euros. C'est près de sept fois plus que le salaire moyen de l'ensemble des salariés. Au cours des dix dernières années, ces « très hauts salaires» ont augmenté plus vite que les autres, pour représenter 6,8 % de la masse salariale, contre 5,5 % en 1996. Ils sont versés pour 87 % à des hommes alors qui ne représente que 55 % des salariés du privé.


Redistribution : le RSA une mane encore à venir

 En 2008, le revenu moyen était, avant redistribution, de 24.960 euros par équivalent adulte (+ 7,2 % par rapport à 2007). Phénomène assez stable, le niveau de vie des 20 % de ménages les plus modestes s'accroît de 47,3 % après transfert. A l'autre bout de l'échelle, les plus aisés voient leur niveau de vie amputé de 20 %.


Transports : une heure par jour

  Les Français passent en moyenne une heure par jour (56 minutes) dans les transports, principalement en voiture (deux tiers des trajets). Cette tendance est stable depuis quinze ans mais l'enquête de l'Insee montre que l'écart se resserre entre les composantes de la population. Le temps de trajet reste certes plus élevé pour ceux qui ont un emploi (67 minutes) que pour les retraités (43 minutes) mais il est resté stable pour les premiers depuis 1994 tandis qu'il a bondi de 19 % pour les seconds. Explication : les actifs travaillent plus loin de chez eux et rentrent donc moins souvent déjeuner. Les « nouveaux » retraités sont en meilleure santé, ont plus de revenus et ont plus souvent le permis que leurs prédécesseurs, ce qui les autorise à développer leur vie sociale, et à être plus mobiles.

En somme, l'Insee nous dresse le portrait d'une France qui prolonge certaines de ses évolutions sociales sur le long terme, mais prise à la gorge par une conjoncture douloureuse face à laquelle les protections collectives se révèlent très insuffisantes.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Crises
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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