Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /Déc /2009 09:04
JusticeDeux décisions de justice récentes mettent en cause la responsabilité des méthodes de management  et vont contraindre à les penser désormais en tenant compte des risques humains qu'elles engendrent en faisant la chasses à toutes leurs formes pathogènes.


Cour de Cassation : 10 novembre 2009



La Haute juridiction a élargi la notion de harcèlement moral dans les entreprises en déclarant que pouvait désormais être poursuivie à ce titre une méthode de gestion dégradant les conditions de travail. La notion de harcèlement moral n'existe dans le droit français que depuis 2002. Jusqu'ici, les cas retenus par la justice, rares, concernaient plutôt des relations problématiques entre un employé et un supérieur hiérarchique. Cette nouvelle jurisprudence pourrait entraîner des actions judiciaires sur diverses formes modernes de gestion des entreprises, telles que des mutations forcées ou des objectifs de performance impossibles à atteindre.

Les salariés pourront ainsi se plaindre de "méthodes de gestion mises en oeuvre par un supérieur hiérarchique, dès lors qu'elles se manifestent pour un salarié déterminé par des agissements répétés", dit l'arrêt rendu le 10 novembre. Les agissements pourront être mis en cause s'ils ont pour effet "de dégrader des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité (du salarié, NDLR), d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel".

La Cour de cassation a introduit cette définition en rejetant le pourvoi d'un employeur condamné en 2007 à Grenoble (Isère) pour harcèlement moral sur un employé et contraint à le réintégrer. L'employeur contestait qu'une méthode de gestion puisse être considérée en elle-même comme un harcèlement.


Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de Nanterre : 17 décembre 2009



Ce tribunal a jugé, jeudi 17 décembre, que le groupe Renault avait commis une "faute inexcusable à l'origine" du suicide d'un de ses salariés.

Le 20 octobre 2006, Antonio de B. s'est donné la mort au Technocentre de Renault, à Guyancourt (Yvelines). Depuis plusieurs mois, cet ingénieur était en proie à une détresse de plus en plus aiguë : perte de poids importante, troubles anxio-dépressifs... Pour son épouse, Sylvie T., les difficultés d'Antonio étaient directement liées à son activité professionnelle. Il s'était énormément investi dans un projet de fabrication d'un véhicule dérivé de la Logan et dans un programme de formation qui devait être mis en place au Brésil. A la fin, il y consacrait une large partie de ses week-ends et de ses nuits.

Aux yeux de Sylvie T., le désarroi de son mari avait été accentué par une organisation où le rythme de travail était trop soutenu et où les temps de repos n'étaient pas respectés. Facteur aggravant, le "Contrat Renault 2009", qui avait imposé à toute l'entreprise des objectifs élevés en matière de ventes et de rentabilité. Pour toutes ces raisons, Sylvie T. a estimé que la responsabilité de Renault était engagée.

Le TASS de Nanterre lui a donné raison. Le constructeur automobile "aurait dû avoir conscience du danger auquel (Antonio) était exposé dans le cadre de son (métier)", écrit le juge dans sa décision. L'un des supérieurs hiérarchiques d'Antonio avait d'ailleurs noté, dans les mois précédant sa mort, qu'il était "anormalement stressé". La direction lui avait même suggéré de consulter la médecine du travail et proposé d'autres fonctions. Insuffisant, selon le TASS : "Renault n'a pas pris les mesures nécessaires pour préserver son salarié du risque qu'il encourait du fait de l'exercice de son activité professionnelle", considère-t-il.

De plus, l'industriel n'avait pas intégré les questions de souffrance au travail dans l'évaluation des risques professionnels, alors que la loi l'y obligeait. Il aurait dû vérifier "les capacités d'adaptation de ses personnels" à la nouvelle organisation induite par le lancement du "Contrat Renault 2009". Ce plan de relance ayant des "répercussions (...) sur la santé mentale des salariés", le TASS pense qu'il aurait fallu "l'accompagner par des mesures de management appropriées".

En réparation du "préjudice moral", le constructeur automobile devra verser un euro à Sylvie T. et à son fils, comme celle-ci l'avait demandé lors de l'audience, le 19 octobre. La rente qui leur est allouée, depuis que le décès d'Antonio a été reconnu comme accident du travail, sera majorée au niveau maximum. Renault n'a pas encore décidé s'il comptait faire appel.

Après Antonio, deux autres salariés du Technocentre s'étaient donné la mort, fin 2006-début 2007. Leurs cas font l'objet de recours devant le TASS de Versailles.

L'avocate de Sylvie T., Me Rachel Saada, observe  qu'au Technocentre, l'organisation du travail était "pathogène", et l'industriel campait dans une forme de déni face aux risques psychosociaux. Le TASS de Nanterre y a vu une faute justifiant la condamnation de Renault, ce qui donne toute son importance à cette décision.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Management
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Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

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