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C'est fréquemment que l'on constate combien la santé mentale des salariés dépend du sens que chacun d'eux
donne à son travail. Une personne qui trouve un sens dans son travail est plus susceptible d’être en meilleure santé qu’une personne qui n’en trouve pas; elle est également plus encline à
s’engager affectivement dans ses fonctions et donc à être plus efficace. Mais que signifie au juste ce qui pourrait n'être qu'un mot-valise appelé à enjoliver une réalité morose?
Cohérence
Le travail a un sens quand il y a cohérence entre la personne et le travail qu’elle accomplit. Elle se sent alors en
harmonie avec ce qu’elle fait tous les jours. Cet effet de cohérence l'incite à considérer que son travail a un but, un dessein, de la valeur, de l’importance. Dès 1991, Baumeister a déterminé
quatre besoins associés au sens que les personnes donnent à leur vie : le besoin d’avoir une raison d’être ou de vivre; celui d’avoir un certain contrôle sur son destin et sur ses projets; celui
encore de se sentir en cohérence morale avec ses valeurs; enfin, le besoin d’être traité avec dignité. La satisfaction de ces besoins engendre le sentiment d’avoir une vie qui a un sens; s’ils ne
sont pas satisfaits, la dépression guette.Le sens remplit trois fonctions psychologiques : il oriente les attitudes et les conduites de l’individu; il aide la personne à traverser les épreuves de
la vie et à surmonter les problèmes; il permet de mettre en perspective les événements qui forgent son histoire. De même dans le travail, le sens donné à son action engendre un sentiment de
sécurité psychologique et de sérénité qui aide une personne à surmonter les inévitables difficultés.
Contenu et relations
Certes, il est possible de s’adapter à une situation de travail qui nous apparaît absurde, qui manque de sens à nos yeux,
mais cette adaptation se fait au détriment de quelque chose : l’ajustement des aspirations, la modification des valeurs rattachées au travail, le détournement de l’attention, l’accroissement de
la valeur attribuée au salaire, la désaffection à l’égard du travail et de l’employeur, l’affaiblissement de l’estime de soi... En somme, le sens du travail (ses caractéristiques
et son contenu) et le sens au travail (le contexte et les relations) sont essentiels à la santé mentale et au bien-être psychologique, mais aussi la prévention de la
maladie ou de la détresse psychologique.
Ainsi, le sens peut-il procéder des qualités intrinsèques du travail lui-même (le contenu), ou au milieu dans lequel il
s’accomplit (le contexte). Par exemple, il est possible de réaliser un travail qui a un sens dans un milieu dépourvu de sens, ou d'accomplir un travail qui n’a pas de sens dans un milieu qui en a
un. Mieux, on connaît des situations dans lesquelles on assure un travail qui a un sens dans un milieu qui en a un aussi !
Mais cette situation est largement dépendante de sa perception par le salarié. Si un employé perçoit positivement son
travail, il lui trouvera un sens, et se sentira bien physiquement et mentalement. Il sera enclin à se présenter à l’heure à son travail, à s’engager affectivement dans ses activités, à se montrer
vigilant, voire créatif, dans l’exercice de ses fonctions, à coopérer avec les autres pour atteindre les objectifs fixés et à donner le rendement attendu. En revanche, si un employé perçoit
négativement son travail, fera appel à des stratégies défensives pour assurer un présentéisme dépourvu d'engagement réel et, s'il n'y parvient pas, il ressentira des symptômes de stress, voire de
détresse, ainsi que des difficultés pathologiques.
Perceptions et enjeux de communication
Dans une même organisation, des personnes ayant le même type d’emploi et travaillant dans les mêmes conditions rapportent
des états psychologiques différents. Certaines éprouvent de la détresse – elles représentent un pourcentage d’environ 20 % –, alors que d’autres disent qu’elles vont bien, et même qu’elles sont
heureuses dans leur travail.
Comme il semble que chaque personne perçoit à sa façon le travail qu’elle réalise et les conditions dans lesquelles elle
l’accomplit, certains chercheurs ont tenté de déterminer les caractéristiques individuelles qui peuvent expliquer ces
différences. Parmi celles-ci, les unes semblent plus importantes que les autres. Ce sont l’âge, le niveau de scolarité, le sexe et le type de personnalité. Ainsi, les employés les moins instruits
tendent à attribuer plus d’importance aux aspects extrinsèques du travail (Davidson et Caddell, 1994). constate que les travailleurs âgés se distinguent des jeunes par l’importance qu’ils
accordent à la possibilité que leur offre le travail d’enseigner aux autres, de les former et de leur transmettre leur expérience (Mor-Barak,1995) Selon d'autres auteurs, le sens et la
représentation du travail évoluerait avec l'âge, passant d'enjeux identitaires à des enjeux plus matériels et de carrière chez les trentenaires avant de valoriser l'utilité du travail et la
progression personnelle.
Le sens donné à son travail est donc éminemment subjectif car il s’élabore à partir de l’expérience et des caractéristiques
individuelles du salarié ainsi que des émotions que lui fait vivre sa vie professionnelle. Pratt et Ashforth (2003) appellent ce processus «attribution de sens» (sensemaking).Certains pourraient
croire un peu rapidement qu’il ne sert à rien de chercher à intervenir dans un champ aussi relatif. Mais, bien au contraire, puisque le sens du travail et avec lui le bien-être des salariés est
largement ouvert au jeu des perceptions et des représentations, il s'analyse comme un phénomène communicationnel qu'il est possible de travailler, aussi bien et aussi profondément que l'image de
l'entreprise.
Conserver près de soi le Manuel d’Épictète
Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ». Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.
La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.
Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…
Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.
Un précieux manuel facile à se procurer.
Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche,
2000
Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.
Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.
Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.
À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.
Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.
Quelques beaux poêmes
Dans une vieille mare,
une grenouille saute,
le bruit de l'eau.
Bashö (1644-1694)
Porté par l'obscurité.
Je croise une grande ombre
dans une paire d'yeux.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Sur la plage
je regarde en arrière
pas la moindre trace de pas.
Hosai (1885-1926)
J'étais là moi aussi -
et sur un mur blanchi à la chaux
se rassemblent les mouches.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Il n'y a rien
dans mes poches -
rien que mes mains.
Kenshin (1961-1987)
Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.
Sei Imai
Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur
La vue de la lune.
Kyoraï
Au coucou
Elle ne répond rien
La girouette en fer.
Seiho Awano
Le printemps passe.
Les oiseaux crient
Les yeux des poissons portent des larmes.
Bashö (1644-1694)
Plutôt que les fleurs de cerisier
Les petits pâtés !
Retour des oies sauvages.
Matsunaga Teitoku (1571-1654)
Quelques essais personnels
Le bolet doré
au couteau de l'automne
craque mollement.
P.L.
La nuit est posée
l’hiver gagne la ville –
Frisson de moineau.
P.L.
Un mille-pattes trébuche
-bruit de catastrophe-
entre quelques brins d'herbe.
P.L.
Cul grisâtre
d'une bouteille lancée
dans la mer étroite -
bonjour Trieste.
P.L.
Goutte à goutte
- loupes hallucinées -
le toit s'égoutte.
P.L.
Au profond de la nuit
rentrent les meurtriers
le devoir accompli.
P.L.
Tendu comme un arc,
l'hiver scarifie
d'une autre ride le visage.
P.L.
Dans la nuit luisante
résonnent des pas
- un chien lève la patte -
P.L.
Inconsciente,
la rue se rue
vers sa fin.
P.L.
Au bal de la nuit
aux phalènes,
le pied glisse
sur les cadavres joyeux.
P.L.
La brume
nappe le relief
du jardin myope.
PL
Le rictus du caïman
remonte à l'oeil qui pétille.
Sa proie lui sourit.
PL
Le lacet défait
flâne près du soulier -
Le nez au vent.
PL









La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein
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