Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 23:02
NDNicole d'Almeida

La société du jugement - Essai sur les nouveaux pouvoirs de l'opinion

Armand Colin, Paris, 2007.



L'ouvrage de Nicole d'Almeida, professeur au CELSA, analyse la notion de réputation "au croisement du voir et du juger". La réputation est ainsi une opinion qui mobilise un jugement. Et, en jugeant, l'individu se confronte au monde et lui donne un intelligibilité, un sens. Ainsi, "juger(...) c'est entrer en société".

L'auteur conteste ainsi implicitement l'idée de société du spectacle et entend refonder la notion d'opinion, fondement de la vie démocratique : "L'opinion, écrit-elle, ne produit pas que du brouhaha (...) elle produit aussi de l'interprétation et du sens, elle exerce une forme de contrôle ou d'interpellation des pratiques et des institutions.."


Extension du domaine du jugement


La dynamique de l'opinion croise le fonctionnement des sociétés et des marchés. Le régime de l'opinion n'est pas celui du consensus mais de la pluralité et de la publicité, en tant qu'annonce faite à autrui. Partant des thèses d'Habermas sur l'espace public, elle montre que plus nombreuses sont les parties prenantes (ONG...) et plus divers les sujets (économie, environnement, santé), plus les choix économiques et de consommation sont ainsi mis en question, valeur d'usage contre valeur symbolique. Du coup, de nouveaux espaces de débat apparaissent dans lesquels il s'agit d'organiser l'accord en maîtrisant le conflit.

Trois lieux de l'espace public émergent : le spectaculaire (Act Up....), le médiatique (cf. la construction de l'icône Florence Aubenas, en son absence) et le juridique (sur ce point cf. class action). La gouvernance s'étend à ce que l'on nomme aujourd'hui les "parties prenantes" ("stakeholders") et Internet est un lieu de plus en plus usité tant par les minorités agissantes que par les entreprises qui cherchent (un peu comme les États) à élargir les bases et la crédibilité de leur action.


La réputation entre imputation et députation


La réputation devient donc une variable économique à part entière et ce terme ancien reprend une vigueur qui détrône des notions voisines comme celles de renommée, de notoriété ou d'image". Cette remarque renvoie à la fama latine ou au fame anglais et croise l'économie et la morale.

Nicole d'Almeida propose alors de "penser la réputation entre deux termes proches qui renvoient à deux positions : l'imputation consiste à attribuer à un auteur présumé une action, objet d'un jugement positif (éloge) ou négatif (blâme) tandis que la députation consiste à prendre en charge une mission d'intérêt général". Ainsi, la réputation "n'est pas un capital statique mais le résultat d'un façonnage permanent de la relation...".


Les institutions de la réputation


Les stratégies de réputation s'appuient sur des tiers garants : certification, notation, labels... Ce point est essentiel car il
s'agit de produire de la certitude dans l'opinion. Mais ce système n'est pas à l'abri de critiques.

 Il s'agit alors de créer une légende (de legenda, ce qui est à lire) en nourissant un "nom propre", vide au départ, de connotations riches et positives en s'appuyant sur son propre système d'expression (architecture, page web, logo, parfums...). Une "architecture du soi", écrit-elle, en positionnant finalement ce concept dans la toute proximité de la bonne vieille notion d'image.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Le fil d'Ariane

 

Conserver près de soi le Manuel d’Épictète

 

Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ».  Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.

 

La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.

 

Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…

 

Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.

 

ÉPICTÈTEUn précieux manuel facile à se procurer.

Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche, 2000

 

 

 


 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

La citation de la semaine

  La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein 


Patrick Lamarque

Créez votre badge

Le cabinet de curiosités

  
Salazie

Salazie

 

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés