Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 18:22
Si 2008 a été marquée par une crise bancaire et financière inédite, 2009 est venue ajouter à l'ardoise une crise managériale de grande ampleur. Au-delà des suicides et de leur comptabilité macabre, il semble désormais établi que de nombreuses organisations le management intermédiaire et les cadres de terrain ne savent plus comment faire face.

Les remèdes actuellement expérimentés par les entreprises consistent, pour l'essentiel, à repérer et accompagner des individus en détresse, ou à re-souder les collectifs de travail à travers des démarches de team building. Reconnaître les difficultés et prendre en charge les crises est un progrès indéniable. Mais, il ne garantit pas que l'on s'attaque aux causes plus fondamentales du malaise. En particulier, il faut s'interroger sur certaines dérives liées à une utilisation dogmatique des systèmes de management, qui se sont généralisés au cours de ces dix dernières années, en accompagnant la financiarisation des stratégies.

Leur logique sous-jacente  est claire : il est plus simple de définir ce que l'on attend que la manière de l'obtenir surtout s'il faut considérer les individus qui agissent. Différents acteurs, à commencer par Peter Drucker (dont l'ouvrage de 1954 est considéré comme fondateur en matière de management par objectifs), ont cependant souligné les conditions exigeantes dans lesquelles elles devaient s'appliquer pour être véritablement efficace.

Plus grave, l'usage de ces leviers peut se retourner contre l'intérêt de l'entreprise. Ainsi, une confiance excessive des dirigeants dans les systèmes de management, combinée à une incompréhension – ou, pis, à un désintérêt –pour l'activité et les différents métiers de l'entreprise peut devenir dangereuse pour une organisation et ses membres. À l'extrême, les dirigeants peuvent en venir à considérer que l'organisation, ses métiers et ses individus sont totalement adaptables, redéployables et interchangeables.

Dans une telle situation, l'entreprise perd son épaisseur stratégique. La direction n'est plus un organe où se négocient les objectifs de la firme, en articulant les demandes externes (des actionnaires, des clients) et ses ressources internes. Le rôle du top management se résume alors simplement à traduire et répercuter les objectifs des actionnaires sur les échelons inférieurs de l'organisation, sans s'interroger sur la capacité de l'organisation à atteindre, supporter, voire enrichir ces objectifs. À trop s'éloigner de l'activité, de ce que les individus sont capables de faire, le top management se désolidarise progressivement de l'entreprise. En réaction, les salariés s'interrogent et se demandent si les dirigeants jouent pour ou contre l'intérêt de l'entreprise, détruisant la confiance nécessaire à tout projet collectif. L'entreprise, entendue comme projet et potentiel collectif, est mise à mal.

Mais les effets les plus néfastes sont à craindre lorsque se développe une forme d'autisme managérial. Au-delà du stress et de la violence que ces mécanismes engendrent pour les individus, le top management peut rapidement se retrouver pris à son propre piège : les opérationnels – middle managers, techniciens, acteurs projets –- deviennent plus animés par la peur de la sanction et le culte de l'indicateur que par le travail bien fait. Ils jonglent avec leurs objectifs en prenant des risques sur leur activité. Dans pareille situation, la direction risque de perdre le contrôle de l'entreprise.

C'est lorsqu'une crise grave éclate qu'elle prend conscience –trop tardivement – que les objectifs n'étaient pas tenables et que des dérives graves sont devenues routinières. De nombreuses crises industrielles récentes s'inscrivent dans un tel système, où l'usage inconsidéré du management par objectifs éloigne les dirigeants de l'activité, et rend invisibles des crises couvant depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, dans l'organisation.

Un organisation mobilisée de manière dogmatique avec une inattention pour l'activité et les opérationnels, peut aboutir à une perte de contrôle sur l'entreprise susceptible d'engendrer des répercussions catastrophiques sur sa dynamique.


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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