Partager l'article ! Thucydide ne reconnaîtrait pas la real politik contemporaine: Il y a près de trois mille ans, certains événements dans la Méditerranée ont ...
Il y a près de trois mille ans, certains événements dans la Méditerranée ont donné naissance à l'histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide, un texte qui avec le temps est devenu la bible des théoriciens du réalisme politique. À la lumière des événements en cours dans cette même partie du monde, il semblerait que Thucydide reste toujours d'actualité – après tout, il nous dit lui-même qu'il a écrit son livre non pas pour ses contemporains, mais pour les générations à venir.
« L'espoir est un bien très cher »
En plein milieu de sa guerre de trente ans avec Sparte, Athènes décide de jouer sa main la plus forte : avec une marine supérieure, elle contrôlerait toute la Mer Egée. La petite île
de Mélos, jusque-là restée neutre, tomba dans cette zone de contrôle. Toutefois, la neutralité n'était plus une option : Athènes envoya une flotte de trirèmes à Mélos pour proposer aux
Méliens une offre claire : se joindre à elle ou mourir.
La position d'Athènes était simple : les questions de justice sont pour les imbéciles et les enfants car celle-ci repose sur le calcul de la puissance. En bref, « les forts font ce
qu'ils ont le pouvoir de faire et les faibles acceptent ce qu'ils ont à accepter ». Toute tentative des Méliens pour nuancer cette affirmation brutale échoua. Il ne resta plus aux
Méliens que l'espoir de retrouver une chance... un jour. Ironiquement, les Athéniens reconnurent que l'espoir « est un bien très cher ». Quant à la morale, ajoutèrent-ils, ne cherchez
pas plus loin que notre force. Comme le dit une expression chère aux politiques réalistes de nos jours, les Athéniens ont affirmé qu'il ne s'agit pas d'une loi qu'ils ont créé eux-mêmes, mais
plutôt d'une loi qui a existé, et existera, toujours.
Des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans
Mais les Méliens refusèrent de céder. Libres pendant sept cents ans, ils finirent par refuser de se rendre. Etonnés, les Athéniens qualifièrent la réponse d'enfantine : « Vous, vous voyez
des incertitudes comme si c'était des réalités, tout simplement parce que vous voulez qu'elles le soient. » Ils retournèrent à leurs navires, commencèrent leur siège, conquirent Mélos,
exécutèrent les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Le réalisme, paraît-il, l'emporta. Si la seule loi de la nature humaine et de la politique, c'est le pouvoir, Athènes
avait parfaitement le droit d'exiger la remise de Mélos.
Les réalistes politiques contemporaines font écho des commandants athéniens : les intérêts stratégiques d'un état justifient l'utilisation du pouvoir et la moralité n'est qu'une couverture
pour ces impératifs bruts nationaux. Ce raisonnement justifie non seulement le règne brutal des régimes autoritaires mais également notre soutien de ces régimes.
Ces dirigeants sont des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans. Cette nuance est importante dans une région où nous avons des intérêts critiques. Elle explique pourquoi nous avons globalement
ignoré des abus épouvantables des droits de l'homme. En gros, nos propres chefs d'Etat ont accepté l'idée des Athéniens que les forts font ce qu'ils veulent et les faibles doivent souffrir les
conséquences de ces décisions.
Réalité de l'espérance
Mais Athènes a oublié un autre axiome de Thucydide. Comme on le voit à Mélos, tout comme les humains s'efforcent de contrôler les autres, ils essaient également de résister à ceux qui tentent de
le faire. La résistance au nom de la dignité humaine n'est pas moins fondamentale que les efforts faits pour briser cette même dignité.
Si, comme le pense Thucydide, la nature humaine est constante – et les milliers d'années d'Histoire qui nous séparent de l'Athènes antique semblent suggérer qu'il a raison – Thucydide aurait
aujourd'hui peu de patience avec notre version actuelle de réalisme politique.
Aujourd'hui, les rues de Benghazi ressemblent étrangement à cette ancienne plage à Mélos. Dans les deux cas, ceux au pouvoir ont estimé que des trirèmes et des lances, des chars et des
canons, donnaient une légitimité à leur domination. Dans les deux cas, les faibles ont refusé de subir les actions des puissants, affirmant que la liberté et la dignité humaines font aussi partie
de la réalité politique.
Bien que Mélos a été défaite, l'histoire ne s'arrête pas là. Peu de temps après, Athènes envahit la Sicile. Tout comme Mélos, la ville de Syracuse résiste ; tout comme Mélos, Syracuse avait
peu de chances à réussir ; et tout comme Mélos, Syracuse néanmoins insista sur la réalité de la liberté. Et, contrairement à Mélos, Syracuse pulvérisa les forces d'Athènes.
Les jeunes Cairotes, Tunisiens ou Libyens sont aussi « irréalistes » que les Syracusains ? Il est temps pour nos hommes de pouvoir, dans l'État comme dans les grandes
entreprises, de se demander ce que signifie vraiment le réalisme politique.
Conserver près de soi le Manuel d’Épictète
Épictète est né en 50 à Hiérapolis , en Phrygie. Esclave, il gagne Rome avec son maître Épaphrodite et suit les cours du stoïcien Musonius Rufus. Affranchi, il est banni par l’empereur Domitien et s’installe à Nicopolis, en Épire où il ouvre une école et c’est son élève Arrien qui compile son enseignement dans « le Manuel ». Ce livre porte ce titre parce qu’il faut toujours l’avoir « sous la main » et nombre de ceux qui s’y sont référés, de Marc Aurèle à Frédéric II de Prusse, le transportait avec eux dans les fontes de leurs montures.
La principale leçon du grand philosophe stoïcien se fonde sur la nécessaire distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous peut être considéré comme un bien ou un mal, à savoir nos décisions, nos jugements, nos désirs. Ce qui ne relève pas de nous doit nous laisser froids et distants. Cependant, nous recevons des influences ou des faits extérieurs auxquels nous ajoutons généralement un jugement de valeur. Ainsi, ajoutons-nous à la vision d’un mort le fait qu’elle soit redoutable alors qu’une vision plus exacte du cycle de la vie et de la mort nous permettrait de mieux réguler nos craintes et nos émotions. Et de mieux diriger notre vie.
Voilà une leçon que nous gagnerions à faire notre dans une période où les agressions du monde son nombreuses et font des ravages. D’ autant qu’Épictète en parle dans un langage simple, quotidien et qui en rien n’a vieilli : le lecteur tombe malade, embrasse sa femme et ses enfants, prend un bain, voyage en bateau, fait l’amour…
Depuis vingt siècles et pour longtemps encore il est bon de glisser ce petit manuel dans ses fontes.
Un précieux manuel facile à se procurer.
Arrien, Pierre Hadot, LGDF, Essai, poche,
2000
Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.
Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.
Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.
À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.
Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.
Quelques beaux poêmes
Dans une vieille mare,
une grenouille saute,
le bruit de l'eau.
Bashö (1644-1694)
Porté par l'obscurité.
Je croise une grande ombre
dans une paire d'yeux.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Sur la plage
je regarde en arrière
pas la moindre trace de pas.
Hosai (1885-1926)
J'étais là moi aussi -
et sur un mur blanchi à la chaux
se rassemblent les mouches.
Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin
Il n'y a rien
dans mes poches -
rien que mes mains.
Kenshin (1961-1987)
Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.
Sei Imai
Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur
La vue de la lune.
Kyoraï
Au coucou
Elle ne répond rien
La girouette en fer.
Seiho Awano
Le printemps passe.
Les oiseaux crient
Les yeux des poissons portent des larmes.
Bashö (1644-1694)
Plutôt que les fleurs de cerisier
Les petits pâtés !
Retour des oies sauvages.
Matsunaga Teitoku (1571-1654)
Quelques essais personnels
Le bolet doré
au couteau de l'automne
craque mollement.
P.L.
La nuit est posée
l’hiver gagne la ville –
Frisson de moineau.
P.L.
Un mille-pattes trébuche
-bruit de catastrophe-
entre quelques brins d'herbe.
P.L.
Cul grisâtre
d'une bouteille lancée
dans la mer étroite -
bonjour Trieste.
P.L.
Goutte à goutte
- loupes hallucinées -
le toit s'égoutte.
P.L.
Au profond de la nuit
rentrent les meurtriers
le devoir accompli.
P.L.
Tendu comme un arc,
l'hiver scarifie
d'une autre ride le visage.
P.L.
Dans la nuit luisante
résonnent des pas
- un chien lève la patte -
P.L.
Inconsciente,
la rue se rue
vers sa fin.
P.L.
Au bal de la nuit
aux phalènes,
le pied glisse
sur les cadavres joyeux.
P.L.
La brume
nappe le relief
du jardin myope.
PL
Le rictus du caïman
remonte à l'oeil qui pétille.
Sa proie lui sourit.
PL
Le lacet défait
flâne près du soulier -
Le nez au vent.
PL









La logique est une manière méthodique de se tromper en toute confiance. Robert Heinlein
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