Le fil d'Ariane

Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 22:37

En cette rentrée, pour l'amateur d'art contemporain, la couleur investit les galeries. Voici revenu le temps des teintes franches, joyeuses, avec un faux air de sixties. Le dessin devient souvent plus libre, la technique "all over" (l'utilisation de toute la toile comme si l'oeuvre la débordait) qui fit fureur à la suite de Jackson Pollock dès les années cinquante est de retour. Fini la raideur des noirs, l'enfoncement des gris et les sonorités sourdes des terres.

 

Comme souvent, la peinture annonce ce qui est en train d'arriver dans les intérieurs, les objets, la vie, les esprits. Dans les temps moroses que nous traversons, où l'inquiétude imbibe les âmes, où le chômage tutoie ses records et où la crise économique fait couler le bain de la morosité, le besoin de lumière dans les yeux et de couleurs dans le coeur se fait plus fort que jamais.

 

peut-être suis-je exagérément optimiste, mais j'y vois là la prémonition d'une mobilisation des enthousiasmes pour employer à plein nos capacités de rebond.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 19:31

Rappelez-vous la fin 2010 et la crise financière internationale vécue par tous comme marquée par des difficultés économiques qui exacerbaient un sentiment d'injustice largement partagé par les Français.

 

Un an après, la crise grecque a sonné le tocsin sur l'ensemble de la zone euro, le triple AAA permettant à l'État d'emprunter à meilleur compte se réduit à une triple Apparence, tandis que le chômage atteint un taux record de 2,9 millions de demandeurs d'emploi, non compris les personnes exerçant une activité réduite et celle qui, pour une raison ou une autre, sont rayées des listes. Ajoutez-y l'estimation de l'INSEE qui attend un chômage dépassant les 10% de la population active en juin prochain et la pauvreté qui s'étend au point que les Resto du Coeur enregistrent de 5 à 8% de demandes d'aide supplémentaires depuis la fin du mois de novembre et vous ne pourrez pas voir les mois qui viennent autrement qu'en gris foncé.

 

Or, nous aurons beau multiplier les dispositifs d'accompagnement, sans croissance aucune reprise de l'emploi ne peut être espérée et le mouvement de désindustrialisation engagé depuis 2009 (880 sites fermés et 100 000 emplois industriels perdus, selon une récente étude Trendéo) ne fera que se prolonger.

 

Après l'annus horribilis de 2011, nous nous apprêtons à entrer dans une annus dolorosa. Et les salaires pratiqués dans le monde du football ne viendront pas calmer le sentiment d'injustice en faisant espérer l'ouverture d'une annus mirabilis.

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 03:37

Samuel Beckett, dans "Peintres de l’empêchement", à propos des frères Bram et Geer Van Velde, tous deux peintres : « Car, en affirmant quelque chose et en y restant fidèle, quoi qu’il arrive, on peut finir par se faire une opinion sur presque n’importe quoi, une bonne opinion bien solide capable de durer toute la vie. Et les opinions de cette sorte, faites pour résister aux siècles, ne sont pas à dédaigner. »

 

… On sent l’ironie. Mais, elle n’est pas uniquement applicable aux critiques et amateurs d’art à la recherche d’un point de vue. En politique, en économie, en management, pareille fixité des opinions est solidement à l’œuvre. Sans doute parce que le monde et ses occupants changeant et nos analyses parvenant de moins en moins à les interpréter avec fiabilité, nous nous cramponnons à nos jugements traditionnels.

 

Si le peuple est dans l’erreur, alors changeons de peuple. S’il résiste au changement, résistons plus fort encore à changer de lunettes. Si nous n’y voyons pas mieux, au moins continuerons-nous à observer un spectacle familier qui nous rassure.

 

Comme quoi, la résistance au changement n’est pas toujours là où l’on dénonce sa présence.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 17:28

Fréquemment, lorsque nous voulons traiter un problème, nous nous en approchons tellement que nous avons le nez collé sur lui. Du coup, nous en perdons la vue globale. Son périmètre, ses limites, disparaissent de notre horizon.

Reste donc à prendre la distance nécessaire pour le regarder autrement. Débarrassé de la crainte d'en recevoir l'éclat d'un reflet négatif. Récemment, j'évoquais sa situation avec une cliente qui, lorsque je lui demandais de qualifier la relation problématique dans laquelle elle se trouvait me répondit, du tac au tac, "zéro pointé". En parlant d'elle-même, bien sûr, pas de la situation !

Appréhender la totalité de ce qui se joue, sereinement, et contrôler le tout à travers la vision que nous en avons, voilà le but à atteindre. Nombreuses sont les voies pour y parvenir : prise de recul, dépense physique, méditation, coaching… Dans tous les cas, c'est une conversation avec nous-mêmes que nous engageons. Directement ou par l'entremise d'un tiers.

Voilà qui met en relief cet aller-retour entre le dehors et le dedans de l'individu social que nous sommes et la puissance de ce phénomène de co-construction, mis en évidence relativement somme toute récemment.

Alors, puisque nous avons isolé le virus, pourquoi en refuser le vaccin?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 16:12


Comment améliorer la performance d’une équipe, celle d’un manager ou d’un dirigeant ? Comment résoudre une difficulté à laquelle se confrontent les uns ou les autres ?

 

Une chose doit être regardée comme certaine, c’est que rien ni personne ne peut être totalement négatif. Il n’y a pas de tableau intégralement sombre, pas plus individu qu’organisation. C’est pourquoi chaque problématique ou plainte doit être, dans le même mouvement, entendue par le professionnel de l’accompagnement et relativisée, contextualisée, située dans son temps et son espace. Partant, la situation ou la personne à l’origine de la difficulté peut être nommée. Baptisée d’un surnom, « taureau furibard », « roue édentée », ou « mouton enragé » ou encore « diamant vert », le problème se trouve soudain décollé du client qui peut alors le regarder différemment.

 

Le pas qu’il a ainsi franchi lui permet de voir autrement le problème qui le bloquait et retrouver les moments au cours desquels il a pu le dépasser par le passé. Sur ces bases, il est en situation de retrouver les choses qui marchent et de construire autour d’elles une posture nouvelle qui, une fois acquise, devient le nouveau mode de fonctionnement.

 

Ainsi, apprendre à évoluer c’est être certain qu’une fois modifié, le cours des choses l’est de façon permanente. Tel est le constat que nous faisons, chaque fois que nous engageons nos interlocuteurs dans l’intériorisation d’une dynamique de changement.

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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 21:40

 

Ca bouge tout de temps dans les entreprises. Il ne se passe jamais plus de dix-huit mois sans réforme, réorganisation, restructuration pompeusement dénommées "vision 2000 quelque chose", "défi", "redressement", "rebond". Plus moyen de se poser ni même de respirer un peu. Tout se passe comme si, pour améliorer la performance de la moindre organisation (publique ou privée), il n'y avait point d'autre salut que celui de la grande lessiveuse qui rebat les cartes à fond, déplaçant les uns, écartant les autres et réduisant les effectifs à tous les coups. Quitte à revenir périodiquement aux solutions ex ante, largement éprouvées, n'est-ce pas?

 

Longtemps on a recherché dans "l'art de la guerre" de Sun Tzu, la façon d'apprendre la stratégie du mouvement à des entreprises regardées comme figées depuis des lustres. Mais, on a voulu aller si vite, si loin et avec si peu d'idées qu'on s'est limité au "bougisme", cette agitation qui simulte le mouvement sans le moins du monde stimuler les organisations. "Bouger pour ne pas changer", évoquait quelqu'un.

 

Bien sûr, il y a là l'une des incidences du court termisme qui gangrène l'économie réelle contemporaine. Mais, elle comporte des conséquences gravissimes en termes d'insécurité et d'anxiété pour les personnes. Le pire reste que, lorsque vous en discutez sereinement avec les dirigeants, ils partagent sans difficulté une pareille analyse... avant de s'en retourner à leur puzzle organisationnel.

 

Comment ne voit-on pas que les capacités de résilience des individus comme des organisations ont leurs limites et qu'une fois atteintes, les gains engrangés sont de pure apparence ? Comment imagine-t-on qu'en sacrifiant des pans entiers d'activité (je ne parle évidemment pas de celles devenues obsolètes) on se prive de la sève nourricière de l'économie?

 

Le mot a beau être devenu à la mode, il y a de quoi s'indigner, vous ne croyez pas?

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 16:38

Voilà deux mois que je n'ai pas mis le nez à la fenêtre du blog. Les urgences, la charge de travail, les déplacements... Or, dans cette période, somme toute brève, pas mal de choses ont bougé que je n'ai pas commentées : Fukushima, DSK, certains suicides en entreprise, les "concombres" empoisonnés, la Cour d'Appel de Versailles qui confirme la responsabilité de Renault dans un des suicides de son Technocentre...


Mais, dans la profondeur, comment nos "plaques tectoniques" se sont-elles déplacées ?

 

D'abord, il me semble que la confiance dans la science et, corrélativement, dans le progrès s'est encore effritée. Ainsi, on découvre progressivement les ravages à long terme que le Japon aura à subir du fait de la dévastation de son usine nucléaire. Le pays souffre. Son économie est en train d'entrer en récessession. La contestation commence à monter, même si elle demeure encore limité dans une culture profondément respectueuse des hiérarchies. En Europe, la crise sanitaire allemande vient encore creuser le déficit de confiance avec son accident sanitaire qui touche... la production bio!

 

Les révolutions arabes ont passé la période des fleurs enthousiastes pour entrer dans celle des récoltes difficiles et parfois sanglantes. Toutefois, on peut penser qu'à terme une évolution majeure est en train de se dessiner au Sud de la Méditerranée avec l'expansion de la démocratie. Il s'ensuivra probablement (à un horizon d'une dizaine d'années) une relance économique de ces pays, accompagnée d'un renforcement culturel de leur population. Probablement, cela amaorce-t-il un retour vers un meilleur équilibre et un plus grand respect mutuel entre les peuples, tout autour de la mer intérieure (en espérant qu'Israël et la Palestine seront emportées par cette vague positive).

 

Plus près de nous, la campagne pour l'élection présidentielle (et les législatives qui suivront) s'est engagée et elle sent déjà très fort l'égout, ce qui ne laisse présager rien de bon.

 

Et, plus près encore, les entreprises que je cotoient cherchent, assez largement, à se couvrir du point de vue de leur responsabilité en termes de risques psychosociaux. Je dis bien "se couvrir", encore qu'il en est où l'on ressent une réelle sincérité des dirigeants pour ternir compte du mal-être de certains collaborateurs. Mais, je n'en ai pas encore vu une qui se questionne sur l'intérêt du maintien de dispositifs managériaux pathogènes comme le triptyque délétère fonctionnement matriciel / individualisation des rémunérations / renforcement de la "qualité totalitaire".

 

Il nous reste donc pas mal à faire...

 

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 21:26

À voir le cours des nouvelles du moment, il me semble que le temps soit venu de s'interroger sur ce qu'est un dirigeant qui se respecte ? À quelles conditions il se respecte et dans quelles circonstances il se nie.

 

Se respecter, c'est manifester le souci de soi et celui de sa dignité. C'est prêter une grande attention à sa propre liberté. Se faire respecter, impose de ne pas se faire dicter ses propres choix. C'est moins chercher à plaire qu'à être soi. C''est cultiver la sincérité et l'honnêteté (au moins intellectuelle).

Se respecter c'est donc vivre pleinement son humanité.

 

Cependant, il est impossible de se respecter sans respecter l'autre. En le réifiant au rang de rouage anonyme d'une vaste mécanique dont on serait le maître absolu on se nie comme être respectable. Car, être respectable suppose de laisser à l'autre (grand ou petit) l'espace dans lequel il peut se mouvoir, penser et agir en autonomie. C'est considérer qu'il a le droit d'exprimer son avis et de réaliser ses choix, autant que faire se peut.

Se respecter, c'est donc considérer l'autre dans sa pleine humanité.

 

Tandis que nos congénères et nous-mêmes accédons à une meilleure compréhension des choses et du monde, nous respecter mutuellement devrait logiquement nous conduire à laisser à chacun la plus grande liberté possible, dans la limite évidemment du bien commun. Comment refuser de partager cet avis ? Pourquoi donc constatons-nous de plus en plus d'oppression à vivre le travail, alors même que la très grande majorité aspire à s'y réaliser en démontrant ses capacités ? Pourquoi les processus étendent-ils le maillage de leurs contraintes et l'ardente obligation de leurs contrôles (pardon, on dit "reporting") au point de nous obliger à agir comme des aveugles dans un tunnel, répétant des gestes appris en s'interdisant le moindre écart ?

 

Pourtant c'est bien dans l'écart que se niche souvent l'intelligence ou la découverte. C'est bien l'écart qui manifeste la pleine existence de l'individu qui se respecte. Évidemment, vous n'entendrez pas là les "écarts de conduite" mais vous mesurerez la richesse qui se tient dans l'exploreration des écarts... Quand donc parviendrons-nous à respecter et faire respecter le "droit à l'écart" ?

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 23:33

Il y a près de trois mille ans, certains événements dans la Méditerranée ont donné naissance à l'histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide, un texte qui avec le temps est devenu la bible des théoriciens du réalisme politique. À la lumière des événements en cours dans cette même partie du monde, il semblerait que Thucydide reste toujours d'actualité – après tout, il nous dit lui-même qu'il a écrit son livre non pas pour ses contemporains, mais pour les générations à venir.


« L'espoir est un bien très cher »


En plein milieu de sa guerre de trente ans avec Sparte, Athènes décide de jouer sa main la plus forte : avec une marine supérieure, elle  contrôlerait toute la Mer Egée. La petite île de Mélos, jusque-là restée neutre, tomba dans cette zone de contrôle. Toutefois, la neutralité n'était plus une option : Athènes envoya une flotte de trirèmes à Mélos pour proposer aux Méliens une offre claire : se joindre à elle ou mourir.


La position d'Athènes était simple : les questions de justice sont pour les imbéciles et les enfants car celle-ci repose sur le calcul de la puissance. En bref, « les forts font ce qu'ils ont le pouvoir de faire et les faibles acceptent ce qu'ils ont à accepter ». Toute tentative des Méliens pour  nuancer cette affirmation brutale échoua. Il ne resta plus aux Méliens que l'espoir de retrouver une chance... un jour. Ironiquement, les Athéniens reconnurent que l'espoir « est un bien très cher ». Quant à la morale, ajoutèrent-ils, ne cherchez pas plus loin que notre force. Comme le dit une expression chère aux politiques réalistes de nos jours, les Athéniens ont affirmé qu'il ne s'agit pas d'une loi qu'ils ont créé eux-mêmes, mais plutôt d'une loi qui a existé, et existera, toujours.


Des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans


Mais les Méliens refusèrent de céder. Libres pendant sept cents ans, ils finirent par refuser de se rendre. Etonnés, les Athéniens qualifièrent la réponse d'enfantine : « Vous, vous voyez des incertitudes comme si c'était des réalités, tout simplement parce que vous voulez qu'elles le soient. » Ils retournèrent à leurs navires, commencèrent leur siège, conquirent Mélos, exécutèrent les hommes et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants. Le réalisme, paraît-il, l'emporta. Si la seule loi de la nature humaine et de la politique, c'est le pouvoir, Athènes avait parfaitement le droit d'exiger la remise de Mélos.


Les réalistes politiques contemporaines font écho des commandants athéniens : les intérêts stratégiques d'un état justifient l'utilisation du pouvoir et la moralité n'est qu'une couverture pour ces impératifs bruts nationaux. Ce raisonnement justifie non seulement le règne brutal des régimes autoritaires mais également notre soutien de ces régimes.


Ces dirigeants sont des tyrans, mais au moins ce sont nos tyrans. Cette nuance est importante dans une région où nous avons des intérêts critiques. Elle explique pourquoi nous avons globalement ignoré des abus épouvantables des droits de l'homme. En gros, nos propres chefs d'Etat ont accepté l'idée des Athéniens que les forts font ce qu'ils veulent et les faibles doivent souffrir les conséquences de ces décisions.


Réalité de l'espérance


Mais Athènes a oublié un autre axiome de Thucydide. Comme on le voit à Mélos, tout comme les humains s'efforcent de contrôler les autres, ils essaient également de résister à ceux qui tentent de le faire. La résistance au nom de la dignité humaine n'est pas moins fondamentale que les efforts faits pour briser cette même dignité.


Si, comme le pense Thucydide, la nature humaine est constante – et les milliers d'années d'Histoire qui nous séparent de l'Athènes antique semblent suggérer qu'il a raison – Thucydide aurait aujourd'hui peu de patience avec notre version actuelle de réalisme politique.


Aujourd'hui, les rues de Benghazi  ressemblent étrangement à cette ancienne plage à Mélos. Dans les deux cas, ceux au pouvoir ont estimé que des trirèmes et des lances, des chars et des canons, donnaient une légitimité à leur domination. Dans les deux cas, les faibles ont refusé de subir les actions des puissants, affirmant que la liberté et la dignité humaines font aussi partie de la réalité politique.


Bien que Mélos a été défaite, l'histoire ne s'arrête pas là. Peu de temps après, Athènes envahit la Sicile. Tout comme Mélos, la ville de Syracuse résiste ; tout comme Mélos, Syracuse avait peu de chances à réussir ; et tout comme Mélos, Syracuse néanmoins insista sur la réalité de la liberté. Et, contrairement à Mélos, Syracuse pulvérisa les forces d'Athènes.
Les jeunes Cairotes, Tunisiens ou Libyens sont aussi « irréalistes » que les Syracusains  ? Il est temps pour nos hommes de pouvoir, dans l'État comme dans les grandes entreprises, de se demander ce que signifie vraiment le réalisme politique.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le fil d'Ariane
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Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 11:19

 Le travail n'est pas un acte uniquement productif. On sait qu'il engage la personne et qu'il contribue à la construire. Mais, il existe une autre dimension, plus oubliée encore dans l'approche du travail, c'est la nécessaire coopération entre les individus qui le conditionne. Or, la généralisation de l'individualisation de la rémunération, fondée sur quelques objectifs joliement dit "SMART" - c'est-à-dire surtout simples à quantifier -, néglige que la production soit un fait collectif.

 

Entre la tâche, qu'il est à la limite possible de quantifier, et l'activité, qui produit le résultat, se tient l'engagement des acteurs dans une coopération. Elle témoigne que, travailler, c'est aussi vivre ensemble. C'est partager un engagement commun qui synthétise les engagements individuels et leur confère leur pleine opérationnalité.

 

Pour se déployer, la coopération exige d'une part une liberté de délibération (même limitée) pour chacun et une forme de convivialité entre les membres du groupe, soit l'existence active d'une confiance et d'une loyauté entre eux. Il faut donc, non seulement s'intéresser aux process productifs qui enchaînent les tâches successives, mais aussi aux espaces autonomes qui permettent à chacun d'investir sa volonté de se réaliser dans le travail. Et d'apporter sa singularité particulière à la réalisation commune.

 

Or, ces nécessaires solidarités ont été détruites par l'individualisation de la performance et ses conséquences en termes de rémunération, de promotion, d'estime. Les égoïsmes, les attitudes déloyales se multiplient, engendrant une expansion considérable de la peur dans les organisations de toutes natures. Avec l'accroissement des rythmes de travail, cette insécurité croissante est sans doute à l'origine de l'aggravation considérable des pathologies de surcharge.

 

Il devient donc urgent de penser le travail autrement, en portant une attention particulière à ces dimensions intimes d'un acte profondément social.


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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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