Stratégies

Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 22:01

papandréouUn homme enferré dans un conflit personnel immense. Voilà comment m'est apparu Georges Papandréou annonçant sa décision de soumettre à référendum le plan de "soutien" à la Grèce. Un homme débordé par un considérable conflit de loyauté entre une logique économique dont il comprend la dimension imparable et une souffrance populaire dont il sait qu'elle a atteint un seuil insupportable. Voilà,  digne d'une tragédie grecque, le dilemme dans lequel il s'est trouvé emprisonné et dont il n'a pu sortir autrement que par une manière de suicide politique. Comme Socrate absorbant la cigüe, il choisit ainsi sa liberté pour se prémunir d'un enfermement insupportable.

Dans le cas de Georges Papandréou, ce qu'il faut bien comprendre c'est que cet héritier d'une puissante lignée politique, élevé aux États-Unis et au Canada, connait la chose internationale et a parfaitement intégré les lois économiques mondiales. Mais, dans le même temps, il ne peut supporter de plonger à la fois lui-même et sa lignée dans une malédiction digne de celle des descendants d'Oedipe.

Sans doute l'avez-vous vu souriant, l'oeil vif à l'issue de la négociation de Bruxelles, le 27 octobre et les yeux dans le vague, tournés vers lui-même, quelques jours plus tard quand il présenta le plan de redressement à son pays. Incapable de maintenir sa cohérence interne dans cet écartèlement, il a choisi de disparaître pour ne plus s'y trouver confronté. Disparaître comme de Gaulle après un référendum raté ou disparaître plus rapidement en perdant sa majorité au Parlement, peu importe. Ce qui compte, à ce stade, ce n'est plus tel ou tel calcul stratégique, machiavélique ou maladroit, c'est sa tête offerte au bourreau.

Ce choix doit nous donner à réfléchir, car ils sont en effet nombreux, les dirigeants publics ou privés pris entre une logique économique implacable et une responsabilité humaine effrayante. Mais, à la différence de Papandréou, ils restent le plus souvent sourds aux souffrances et attentifs au ROI, le fameux Return On Investissement.

Dans son dernier souffle tel que nous le rapporte Platon dans le Phédon, Socrate murmure : "Criton, nous devons un coq à Asclépios; payez-le, ne l'oubliez pas". Comme quoi on peut à la fois échapper au dilemme insurmontable et payer scrupuleusement ses dettes.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 15:47

Parthenon - copie Si je fais un bilan des études et plan d'actions que j'ai conduits depuis le début de l'année en matière de risques psychosociaux, je constate - comme l'ensemble de la profession - que les entreprises ont désormais compris les nécessités découlant de l'article L.4121-1 modifié du code du travail. Qu'elles aient lancé une démarche ou qu'elles attendent, pour des raisons d'opportunité interne, l'épée de Damoclès de la responsabilité pénale suspendue au-dessus des problématiques psychosociales fait son effet. Avec la question des suicides comme menace ultime.

Pourtant, c'est rarement à l'initiative exclusive des directions que ces démarches sont engagées. Il y faut souvent l'élément déclencheur de difficultés réitérées, relevées par les IRP ou les CHSCT, voire le dépôt d'un droit d'alerte pour que se mette réellement en marche une analyse commune. C'est pourquoi, il est hasardeux pour l'entreprise de se lancer seule, sans le regard d'un tiers extérieur dégagé des tensions internes.

D'ailleurs, la principale difficulté sur laquelle nous butons se rapporte au fait que les questions psychosociales coagulent l'ensemble des tensions accumulées entre Directions et Syndicats. La méfiance est fréquemment grande entre les acteurs. Pourtant, plus nos expériences s'enrichissent et plus se renforce ma conviction que ces questions doivent être traitées en dépassant les habituels enjeux sociaux, de façon à obtenir une mobilisation réelle de tous les acteurs de l'entreprise.

Car, passé l'enquête sur laquelle généralement les analyses convergent même si les mots souvent diffèrent, il faut ensuite passer à l'acte. Transformer ces analyses en plans d'actions partagées entre IRP - Direction - Conseils externes et s'accorder sur les priorités représente un réel défi. Mais, plus encore, c'est la mise en place de dispositifs réellement opératoires sur le terrain qui constitue l'étape la plus complexe à conduire. Car, si les acteurs de l'entreprise ont un avis (souvent élaboré) sur les facteurs de risques psychosociaux, ils se trouvent démunis pour faire émerger les leviers les plus efficaces pour traiter les enjeux essentiels.

Aider à choisir les mesures d'un plan d'action lisible par tous et réellement porteur de mieux être au travail représente, généralement, la part la plus subtile d'une démarche de prévention des RPS. C'est là que l'expérience stratégique, l'habitude des relations sociales et de la communication prennent le pas sur la qualité d'écoute et l'attention à l'autre pour que l'action puisse légitimement être regardée comme réussie, une douzaine de mois environ après qu'elle ait été lancée.

Vous l'avez compris, je ne partage pas l'avis qu'il faudrait distinguer le diagnostic (partie supposée "scientifiquement pure") de l'élaboration et la mise en oeuvre d'un plan d'action (aux relents de cambouis). Car, notre mission consiste bien à améliorer la vie au travail des salariés en respectant les équilibres sociaux et les enjeux principaux de l'entreprise qu'il ne nous appartient évidemment pas de bousculer, plus que  nécessaire, dans le cadre de nos interventions.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 22:32

TravailPlus le temps passe, moins je vois de bureaux que leurs occupants agrémentent d'objets personnels. Les photos de famille, les objets-mémoire, les souvenirs et même les plantes vertes désertent les espaces de travail. De même, en milieu industriel, les pin-up ont vidé les lieux et celles qui s'accrochent encore portent les stigmates de l'âge de leurs modèles, ressemblant de plus en plus à des publicités sur plaques émaillées pour le chocolat Meunier.


Ainsi, quand bien même les salariés ne squattent pas un espace affecté à l'heure, ils mettent de moins en moins d'eux-mêmes dans l'univers professionnel. Stratégie de protection, sans doute, conjugugée avec un sentiment désormais bien installé d'impermanence de l'emploi. Si bien que l'univers du travail se rapproche de cette agriculture qui cultive sous serres et hors sol des produits tropicaux au coeur de l'Europe du Nord : aucun investissement racinaire, disparus les liens intimement identitaires entre la personne et son métier.


En deshabitant leur travail, nos contemporains tournent inconsciemment la page d'une société dans laquelle la personnalité se construisant autour de l'acte productif, industriel d'abord, mental ensuite. Cette société moderne qui avait mis le travail émancipateur à l'honneur au siècle des Lumières, pour le déployer sur plus de 250 ans. Un certain nombre de mouvements (post-soixante-huit, babas-cool...) annonçaient ce tournant. Mais, aujourd'hui, cette tendance perd sa dimension contre-culturelle et préfigure une évolution plus générale.


Certes, le travail ne risque pas de disparaître. Mais, on doit envisager (du moins je risque l'hypothèse) qu'il devienne une option parmi d'autres, et certainement pas la plus valorisée. Comment les richesses se répartiront-elles alors? Peut-être sur la base de stratégies financières, si parallèlement le marché continue à prendre possession du monde. Un marché de plus en plus spéculatif, où les "entreprises sans usines" seront la règle, où "l'untertainment" s'imposra comme secteur dominant, et où l'effort productif deviendra le "privilège" des faibles. De ce point de vue, les nouveaux dragons qui émergent (Chine, Inde, Brésil...), nous montrent peut-être ce que sera notre avenir...

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 21:12
Doigt L'abstention considérable du premier tour des élections régionales a été relevée par tous les spectateurs de la soirée électorale autant que par les observateurs. Mais, exclusivement en termes politiques. Or, la dimension massive du phénomène ne doit pas le cantonner à la sphère politique. Il existe bien une forte déception des citoyens mais celle-ci provient surtout du sentiment qu'ils éprouvent d'être insuffisamment protégés de la tourmente économico-sociale. Ce n'est donc pas seulement la "classe politique" ou le "Pouvoir" qui se trouvent contestés dans le silence assourdissant du parti des pêcheurs à la ligne, mais tout ce qui, d'une façon ou d'une autre pèse sur le destin de ceux qui se perçoivent comme les "petits".

Avec beaucoup d'intuition, Jean-Luc Mélenchon a évoqué, au soir du premier tour, une "insurrection civique" pour parler de ce refus qui n'est pas de circonstance mais clair et choisi. Et, ce mardi, avec d'autre mots, Alain Juppé évoqué un sentiment de trahison chez ceux qui n'avaient pas bénéficié de la mondialisation financière.

Il y a tout lieu que ces analyses le soient justes, car on voit bien que l'abstention concerne les lieux qui sont les plus à la peine. Il faut alors craindre que cette opposition sourde, puissante mais sans débouché parce qu'elle n'est pas canalisée par une protestation organisée, traverse la paroi de plus en plus poreuse que la mondialisation a installée entre la sphère du politique et celle des entreprises. Alors il faudra craindre une forme d'implosion rampante dans les unités de production, faite d'augmentation des congés maladie (comme on le constate dans les entreprises en souffrance), de réduction de la productivité et d'un défaut d'engagement des salariés jusque assez haut dans les hiérarchies.

Une insurrection professionnelle côté de l'insurrection civique pour emprunter la formule puissante de Mélenchon.
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 09:37
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Phénomène interrogeant, souvent agité pour susciter les peurs, l'immigration réelle diffère singulièrement des idées reçues colportées de gazettes en débats. À commencer par celle-ci : elle serait causée par la pression démographique dans les pays du Sud. Au contraire, les études récentes démontrent que si la pression démographique est à l'origine des concentrations urbaines dans les pays d'origine, elle n'a aucun effet sur la migration elle-même. De même, la migration de détresse (modèle Hutus et Tutsis), ne provoque que des déplacements par-delà la plus proche frontière.

Non, ce qui est à l'origine des flux migratoires, ce sont clairement et principalement les écarts de richesses.

Autre idée reçue qu'il faut balayer : à long terme, les migrations ne viendront pas sauver les taux de natalité en berne dans la plupart des pays du Nord. Car, si aujourd'hui, les mères immigrées contribuent pour 8% à la fécondité nationale, le part dans ce nombre ne pourra pas compenser les effets de l'allongement de la vie sous nos climats. Ne comptons donc pas sur elles pour équilibrer nos régimes de retraite.

Si ces sujets vous intéressent et que vous souhaitez les approfondir, lisez cette étude très fouillée de l'IPEMED :

http://ddata.over-blog.com/3/17/15/09/risques-psychosociaux.pdf
Par Patrick Lamarque - Publié dans : Stratégies
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Le fil d'Ariane

 

  Tapies : la grande figure renversée

 

TAPIES Ocre, marron et blanc aux quatre 1972Lundi 6 février disparaissait, à l'âge de 88 ans, Antoni Tapies. Ce n'est pas simplement une part de l'âme catalane qui s'efface avec lui, mais une des plus grandes figures de la peinture européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Celui qui, dans le monde de la peinture informelle, plus qu'abstraite, faisait le pendant à l'anglais Francis Bacon (mort d'ailleurs à Madrid en 1992) dans un ordre plus figuratif.

Tapies a toujours été viscéralement attaché à sa ville, celle de son aîné Miro, qu'il admirait et dont il a retenu la leçon, alors qu'il accompagnait le dadaïsme. Mais, sa grande période fut celle des années 60 à 2000, au cours desquelles il développa un langage singulier avec un vocabulaire récurrent ses traces de mains ou d'objets bruts arrachés à la ville.

Surtout, Tapies fut un humaniste, à travers son engagement contre le franquisme qui le jeta en prison en 1966, son goût aussi de l'écrit (il était fils d'éditeur, ami des poêtes, grand lecteur) et ses matières terreuses aux couleurs sourdes. Sa peinture traduisait la société en marche, fière et douloureuse, riche de son humilité aussi, quand celle de Bacon fouaillait l'introspection.

Je dois le dire simplement, Tapies va me manquer, moi qui ai été, depuis longtemps, accompagné par ses oeuvres. Cette semaine, les drapeaux de l'art et de la délectation sont en berne. Heureusement qu'en catalan "adieu" se dit "comiat", mot dans lequel je veux lire un appel à se rapprocher.

 

 

Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en matière de stratégie, de gestion des crises et de management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il enseigne à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Chroniqueur radio, il est auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

La citation de la semaine

 

Nulle action n'est assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention. Edgar Morin 

 

Patrick Lamarque

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