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Le coin des livres

Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 12:10

Billeter-Un-paradigmejpeg.jpeg Jean François Billeter

Un paradigme

Éditions Allia, Paris, 2012, 126p.

 

 

Billeter traverse les frontières du dualisme qui nous imprime si fortement sa marque. Entre le corps et l’esprit, l’inné et l’acquis, la nature et la culture, il joue à saute-frontière à travers cette zone impensée de la philosophie européenne et s’appuyant pleinement sur son intime connaissance de la pensée asiatique (voir notamment, Leçons sur Tchouang-tseu et Chine trois fois muette).


 Du corps à la pensée (aller-retour)

Ainsi explore-t-il la continuité existante entre la pensée et le geste, comme celui, si quotidien, de verser de l’eau d’une carafe dans un verre. À travers la description minutieuse de cette action, il montre ce qu’il nomme le « travail d’intégration » entre le corps et l’esprit (qu’il appelle « imagination », c’est-à-dire la faculté dont nous disposons de produire en nous des images porteuse de signification). Soit la réverbération mutuelle de l’acte en train de se faire et de la pensée en train de le penser en vue « de nous représenter l’ensemble de notre expérience de façon cohérente » (p.22) qui crée la puissance agissante. « Lorsque la conscience se fait pure spectatrice, ne devient-il pas évident que c’est le corps qui agit (…) ?», interroge-t-il (p. 46).

 

L’idée elle-même se présente alors comme une manifestation incertaine à laquelle le mot donne une forme définie et stable à laquelle l’écriture vient ensuite donner sa permanence. « Par cette double transformation, l’idée accède à la durée », note-t-il (p.25). Mais, en lui conférant sa forme, le mot crée la chose. Ce travail d’objectivation fixe la chose en soi en cette chose telle que nous l’imaginons pour entrer en relation avec elle. Partant de cette analyse, JF Billeter distingue le monde (l’ensemble des choses parmi lesquelles nous vivons) de la réalité (ce qui existe hors et indépendamment de nous) pour comprendre que, dans une même réalité, nous puissions vivre dans des mondes différents. « Sans le langage, il n’y aurait pas de pluralité des mondes », affirme-t-il. Et « qui dit pluralité des mondes dit conflit des mondes » (p.31).

 

Du sens à l'agir

Une analyse dont il n’est pas besoin de souligner l’intérêt éthique pour tous ceux qui font profession de s’intéresser aux autres et de les accompagner. D’autant que creusant encore le filon, Jean-François Billeter ajoute plus loin que « c’est l’intégration qui crée la vie » (p.71). Entendons ici que le lien intime unissant le corps et l’esprit est à l’origine de l’agir humain.

 

Pour l’auteur, le sens d’un mot s’élabore, tout comme la pensée, dans la synthèse que produit notre imagination en unifiant des sensations, des souvenirs et une somme d’expérience. « Il n’y a donc de sens qu’au sein de notre activité, lorsqu’elle atteint un certain degré d’intégration », complète-t-il (p. 103). Voilà donc qui fonde en philosophie une bonne part des démarches « new age » dont on mesure combien elles visent à rendre vivable la réalité durcie et précipité dans laquelle nous baignons. D’ailleurs, souligne-t-il avec justesse, « la crise actuelle pose avec une acuité sans précédent la question des fins » (p.115) et ce qui se noue en nous réplique ce qui se joue dans la société.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 18:39

Roustang Geste Il suffit d'un geste

François Roustang

Odile Jacob, 2003



Une question : qu'est-ce qui guérit le mieux, les mots ou les gestes? La parole ou le mouvement? C'est le thème qui anime depuis plus de vingt ans François Roustang, philosophe et psychanalyste de formation, hypnothérapeute dans sa pratique.

Il est vrai que l'idée d'hypnose fait frémir, car elle traîne dans son sillage un parfum manipulatoire et l'idée d'une perte de contrôle de soi-même. D'emprise. Or, ce que propose François Roustang, avec prudence et lenteur - à l'image de sa pratique, j'imagine -, c'est précisément de nous déprendre de cette tentation de contrôler notre vie en la pensant et en l'accoutrant de mots.

Tout au contraire, sa pratique s'assimile à une "déparole qui vise à faire perdre aux mots toute signification. La parole est ici utilisée à l'envers pour introduire à l'expérience qui est non pas la recherche de sens, mais une entrée de la perception de la personne tout entière dans le sens de la vie". En somme, préférer le geste à la parole.

Il est vrai que, depuis la Renaissance au moins, nous avons considéré que la conquête de l'individuation passait par la pensée de soi quand les gestes nous rattachaient au faire et au servage. Mais, ce faisant, nous avons négligé la dimension kinesthésique du vivre. Et du penser.


Fauteuil ou divan ?
À la suite de l'expression de ces positions François Roustang introduit un premier débat, celui de la posture du patient lors de la cure. On sait, en effet, le rôle du divan chez Freud comme chez Lacan. Ici, tout au contraire, l'auteur considère que la position assise "suppose la vigilance". Comme un cavalier, le sujet retrouve son assiette dans une vigilance ouverte à ce qui advient, holiste plutôt qu'atomiste, au sens où elle demeure attentive au tout et aux relations entre ses éléments. Et simple, en sachant que "depuis que nous sommes sortis de la petite enfance, toute simplicité ne peut être que le fruit d'un long apprentissage".

Deuxième considération fondatrice, le refus de réaliser une archéologie individuelle au cours de la thérapie car les "sentiments, émotions ou souvenirs ne sont que les témoins d'un passé déjà mort". Au contraire, "les maux dont nous souffrons sont pris dans la glace de notre système relationnel". Alors, concentrons-nous moins sur l'objet que sur l'espace, propose François Roustang.

Ainsi le symptôme, objet de la plainte, prendra-t-il son sens en s'immergeant  dans une fluidité que le geste aura préalablement reconstituée. "Cette opération achevée, le symptôme n'a plus besoin d'être affublé d'un sens, il est réinstauré dans le sens et la direction de son état et de sa fonction". Donc, "peu importe de parler ou se taire! L'essentiel est de faire en sorte que la parole ne gêne pas le geste qui unifie la complexité".

Nous devons ainsi considérer que l'acte de nommer induit une diffraction, alors que la cure vise à concentrer l'attention sur la réponse la mieux adaptée au sujet. C'est d'ailleurs pourquoi le changement thérapeutique se repère à la modification du comportement qui posait problème. Et de rappeler cette phrase d'Épictète : "pour faire de quelque chose une habitude, faites-là; pour ne pas en faire une habitude, ne la faites pas; pour vous défaire d'une habitude, faites-en une autre à la place".


Perceptude
Vient alors le conseil, dans sa surprenante simplicité : "demandez à quelqu'un d'accomplir un geste qui prenne en compte tous les paramètres de son existence. S'il le peut en vérité, peu de symptômes résistent. Il en est de même si vous l'invitez à prendre une posture qui fasse disparaître son angoisse ou son mal". Mais, ceci ne se produira que dans la transe qui libère des inhibitions et des clôtures mentales.

Deuxième recommandation : supposez le problème résolu. Par là, le thérapeute communique un optimisme serein au patient, lequel n'est plus invité à penser mais à se mouvoir dans la nouvelle situation.

La parole du thérapeute se fait alors suggestive, évocatrice et ouverte, à la recherche d'images motrices pour passer de perceptions diffractées à la "perceptude", soliste, globale, systémique. Et François Roustang d'ajouter, "l'état d'hypnose, tel que je le comprends, ne serait rien d'autre que la perceptude". Son enjeu premier serait là, passer de la perception à la "perceptude".

Une voie différente de celle du coach en ce sens qu'elle transite par l'hypnose, mais un but proche et des méthodes souvent voisines : vision systémique, supposition du problème résolu, lâcher prise… Et une lecture stimulante pour les coachs et thérapeutes saisis de vertige lors d'une séance qu'ils ont le sentiment de ne plus "maîtriser"...




Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 23:38

 

Ch. André Psycho de la peurChristophe André

 

Psychologie de la peur

Craintes, angoisses et phobies


Odile Jacob, Paris, novembre 2005, 368 p.

 

La peur est une émotion fondamentale, c’est-à-dire universelle, inévitable et nécessaire, puisque sa fonction consiste à nous protéger du danger… Sauf si une peur non régulée, que l’on nomme « attaque de panique » vient annihiler les capacités d’action ou de réaction du sujet. C’est à ce thème venu sur le devant de la scène psy que Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris (il y dirige une unité spécialisée dans le traitement des troubles anxieux et phobiques) a consacré cet ouvrage à la fois fouillé et grouillant d’exemples troublants.

 

Un phénomène souvent au travail chez ces patients consiste en ce qu’ils souffrent essentiellement d’une « peur de leur peur ». Et que personne ne vienne repousser l’assertion d’un revers de la main ! Environ un adulte sur deux est sujet à une peur excessive, activée par telle ou telle situation : le vide, l’enfermement, certains animaux, le sang, le regard des autres… La plupart du temps, les personnes concernées déploient des stratégies d’évitement destinées à ne pas se confronter à ces menaces. Cependant, à mesure que se renforce leur peur, celles-ci deviennent très invalidantes.

 

Heureusement, les thérapies comportementales et cognitives permettent désormais d’apprivoiser ces manifestations avec succès et dans un temps relativement limité. On sait, en effet, que le siège de nos réactions émotionnelles se situe dans la partie la plus archaïque de notre cerveau, le cerveau limbique. C’est d’ailleurs pourquoi, comme toutes les émotions, le déclenchement de la peur échappe à notre volonté. Mais, une fois l’alerte donnée, c’est notre néocortex qui décode et régule les émotions. Il peut les bien réguler ou, au contraire, se mettre à dysfonctionner jusqu’à l’anxiété – qui est une peur anticipée – ou encore, dans les cas plus graves, jusqu’à la panique et la terreur. Alors se produit une perte de contrôle sur la peur. C’est ici qu’interviennent les thérapies comportementales qui familiarisent progressivement le sujet avec la source de ses craintes pour en diminuer les effets invalidants.   

 

Apprentissage de la peur

Il semble que quatre grands types « d’apprentissages » puissent faciliter cet apprivoisement :

 

- les événements traumatisants,

- les événements de vie pénibles et répétés, comme des humiliations, des manifestations d’insécurité, 

la transmission par modèles, souvent par la voie parentale,

- l’intégration de messages de mise en garde insistant, en particulier au cours de son éducation.

 

À partir de là, le sujet peut devenir vulnérable à des « attaques de panique ». Celles-ci se trouvent caractérisées par la submersion émotionnelle (il ressent son corps comme une oppression), une attitude psychologique qui regarde exclusivement le monde à travers le prisme du danger et un comportement entièrement mobilisé par la surveillance et la préparation à la fuite. « La peur a de grands yeux », dit un proverbe russe.

 

Face aux processus pré-attentionnels qui ne dépendent pas de la personne, il est difficile d’agir. En revanche, les comportementalistes, par la confrontation progressive avec les situations perçues comme menaçantes, permettent à l’hippocampe et au cortex préfrontal de mieux jouer leur rôle de filtre des alertes lancées par l’amygdale cérébrale. Ainsi, de la même manière que le sujet a « appris sa peur », il apprend à la maîtriser.

 

Christophe André raconte ainsi de multiples situations cocasses à travers lesquelles il lui est possible d’aider ses patients : attitudes incongrues dans le métro, confrontation avec des araignées… Bien sûr, ces thérapies obéissent à des protocoles contrôlés, extrêmement progressifs et répétés, sous peine de risquer l’effet inverse de celui qui est recherché. Avec parfois l’aide d’antidépresseurs dont l’action consiste à augmenter le taux de sérotonine, donc la neurotransmission cérébrale.

 

Exposition à la peur

Ces techniques comportementales ont été inaugurées par Mary Jones, une thérapeute américaine, dès 1924. Le petit Peter, âgé de trois ans, avait développé une phobie des lapins, des rats et des grenouilles. Mary Jones décida de le traiter par deux techniques conjointes : le déconditionnement par habituation progressive et l’imitation des modèles. Durant les séances, l’enfant était installé sur une chaise haute et s’occupait à des activités agréables, comme jouer ou manger ses aliments préférés, tandis qu’un lapin était amené dans une cage. D’abord à l’autre bout de la pièce, puis progressivement plus près. Au bout d’une quarantaine de séances, l’enfant pouvait jouer affectueusement avec le lapin et sa crainte des autres petits animaux avait disparu et ces effets furent durables.

 

Parmi les méthodes d’exposition auxquelles recourent Christophe André et son équipe, les plus classiques concernent des expositions situationnelles, sur le modèle de celle de Mary Jones. Ils utilisent également des expositions intéroceptives basées sur le déclenchement de sensations liées à un réflexe de peur (vertiges, par exemple). D’autres fois, ils font appel à l’imagination des sujets, voire à des expositions par imagerie virtuelle, lorsque les méthodes in vivo sont impossibles.

 

Il est également possible de traiter avec succès les phobies sociales, souvent considérées comme les plus invalidantes et les troubles paniques avec agoraphobie.

 

Les peurs et phobies sociales

Les situations sociales provoquant des peurs et phobies se trouvent reliées au regard et à l’évaluation d’autrui. De nombreuses personnes souffrant de peurs sociales « sont fortement marquées par la honte », observe Christophe André. Or, les éthologues ont montré que ces émotions prennent racine dans les rapports de dominance et d’acceptance au sein des groupes animaux. Se joue là une question de statut.

 

Dans ces situations, le sujet est focalisé sur soi au détriment de l’interaction avec les autres et c’est ce que lui apprennent à contrôler les thérapies comportementales et cognitives, avant de développer un travail sur ses pensées et l’acceptation de soi.

 

Voilà une somme d’expériences et de réflexions qui seront très utiles au coach, qui croise sur son chemin nombre de problématiques en relation avec les peurs sociales et leurs effets invalidants.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 07:50

Ch AndréMéditer, jour après jour - 25 leçons pour vivre en pleine conscience

 

Christophe André

 

L'Iconoclaste, Paris, 2011

 

 

Voilà, tout simplement dit, un manuel de vie. Comment arriver à être présent à ce qui nous advient, sans nous laisser submerger par les événements du quotidien? Comment s'appuyer sur son souffle et ses perceptions pour accueiller avec bienveillance et détachement les souffrances de la vie sans se laisser submerger? Comment apprendre à savourer un à un les bonheurs, grands et petits, qui confèrent à la vie sa saveur?

 

Christophe André, qui anime à l'hôpital Sainte-Anne de Paris des groupes de méditation pour aider les patients à se libérer de leurs souffrances nous livre, à travers 25 leçons empreintes d'humanité, les clés de la pratique de la peine conscience. Il le fait dans un ouvrage qui se présente comme un objet magnifique, superbement illustré et complété d'un CD pour accompagner les méditations.

 

C'est là une occasion, dans ce siècle précipité, d'arrêter un instant le flot des choses pour vivre mieux.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 23:57

EKRSur le chagrin et sur le deuil

 

Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler

 

JC Lattès, Paris, 2009

 

 

Élisabeth Kübler-Ross est une femme importante, non seulement parce qu’elle fut la pionnière des soins palliatifs, mais aussi parce qu’elle écrivit de nombreux ouvrages sur le thème du deuil et qu’elle en théorisa le déroulement en cinq phases : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation, tout en indiquant immédiatement que « tout le monde ne passe pas forcément par ces cinq étapes et les réactions ne suivent pas toujours le même ordre ».

 

Reste cependant que le management contemporain s’est accaparé l’approche pour la transférer au champ des « deuils professionnels », comme les licenciements ou les mutations forcées. Avec, sans doute, quelques bonnes raisons, tant il est vrai que notre métier nous est identitaire et que nous avons avec lui des liens familiers. Mais également avec une radicalité mécanique qui aime à se rassurer à travers les modélisations.

 

Déni

À commencer par la phase de déni, dont EKR note : « Pour celui qui a perdu un être cher (…), le déni est à prendre au sens symbolique plutôt que littéral ». À noter tout de même qu’il s’agit-là d’un passage important (évidemment d’une durée variable) car « le déni est un mécanisme de protection psychique » face à un événement qui a d’abord procuré une profonde sidération.

 

Colère

Quand survient la colère, il est clair que nous sommes désormais en situation « d’affronter l’avenir sans la personne disparue ». Elle est une bouée à laquelle s’agripper et qui structure temporairement le néant de la perte. Et « plus vous ressentirez de la colère, plus vite elle se dissipera et plus vite vous guérirez », car c’est l’émotion que nous savons le mieux gérer.

 

Mais surtout, dans le deuil comme dans les situations professionnelles, il est inutile d’appeler les personnes à réprimer leur colère car nous les éloignerions de nous. « Exiger de quelqu’un qu’il soit différent, qu’il ressente des sentiments qui ne sont pas les siens, c’est ne pas l’accepter tel qu’il est »… Avis aux dirigeants trop pressés.

 

Marchandage

Surtout, ne prenons pas ce mot au pied de la lettre ! Dans le deuil, il renvoie aux implorations formulées pour que la situation ne soit qu’un mauvais rêve. De fait, il va souvent de pair avec un sentiment de culpabilité de la part de celui qui reste (mais, n’y en a-t-il pas chez ceux qui ne parviennent pas à comprendre une décision managériale qui leur paraît proprement impensable ?).

 

La fonction du marchandage consiste à donner à « croire que nous sommes en mesure de restaurer l’ordre dans le chaos qui a bouleversé notre existence ».

 

Dépression

Après ce temps de marchandage survient un temps de vide. On se replie sur soi, happé par une tristesse immense. Mais, remarque EKR « dans le deuil, cependant, la dépression est un moyen de protection naturel qui engourdit la système nerveux pour que nous puissions nous adapter à une situation apparemment impossible à affronter ».

 

Et, durant cette détresse, ce qu’attendent les personnes qui en sont saisies, ce n’est surtout pas qu’on leur « remonte le moral » mais que l’on sache « prêter une oreille attentive en gardant le silence ».

 

Acceptation

L’acceptation n’est pas, comme beaucoup le pensent, un accommodement de disparition. Progressivement, elle permet seulement de se réorganiser, de « redistribuer les rôles » qu’assurait le défunt. Elle ne consiste pas à voir les choses sous un angle positif, mais simplement à ré-agencer sa vie.

 

Est-elle jamais achevée ? En tout cas « l’acceptation est un lent processus, non pas une phase finale conclue par un point final » alerte EKR.

 

Ainsi, le deuil est-il un lent processus de guérison qui ne transforme en rien la réalité mais qui permet à ceux qui le vivent bien de ré-agencer leur relation avec le monde et la vie.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 14:12

Cyrulnik-MorinBoris Cyrulnik et Edgar Morin

Dialogue sur la nature humaine

La Tour-d'Aigues, L'Aube poche, 2010, 75 pages


Vous voulez disposer rapidement d'une réelle compréhension de la notion de complexité, chère à Edgar Morin et d'une perspective sur le constructivisme en sciences humaines, parce que ces théories sont essentielles aujourd'hui? Alors lisez ce petit ouvrage de 78 pages, issu d'un échange entre Boris Cyrulnik, le père de la notion de résilience, et Edgar Morin. C'est limpide et profond.

Sur la complexité

B. C. "Soit nous décidons d'être spécialiste, une situation tout à fait confortable intellectuellement puisqu'il nous suffit d'accumuler de plus en plus d'information sur un point de plus en plus précis (...). Soit nous décidons d'être généraliste, c'est-à-dire mettre notre nez, un peu à chaque fois, dans la physique, la chimie, la biologie, la médecine légale, la psychologie : on finit alors par n'être spécialiste en rien, mais on a la meilleure opinion sur la personne qui nous fait face et qu'on appelle l'homme".

En réponse, E. M. nuance le propos en soulignant qu'il n'est pas interdit de disposer d'un corpus de connaissances approfondies mais que "le vrai problème est de pouvoir faire la navette entre des savoirs compartimentés et une volonté de les intégrer, de les contextualiser ou de les globaliser". Ainsi a-t-il constaté que l'anthropologie - la science de l'homme- est "quelque chose de tronqué, de mutilé" car on y élimine l'homme biologique. Et d'ajouter : "mais il y a besoin d'un long commerce pour que l'interdisciplinarité devienne féconde". Plus loin, on trouve cette définition éclairante : "la pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence des parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties". Comment ne pas les dissocier? "L'idée qui me semble très importante, souligne E.M., est celle d'émergence"... Une leçon pour le coach qui cherche à pénétrer le fonctionne d'un tout - l'entreprise, l'équipe, le service- à travers le contact avec son client.

Sur l'homme

Un premier constat oriente la réflexion sur le développement de l'homme. Un petit d'homme qui vient au monde ne peut devenir qu'un homme, du fait de son programme génétique. En même temps, il peut devenir "mille hommes différents selon son façonnement affectif, maternel, familial et social. Même la société peut participer à la structuration du cerveau!", s'exclame Boris Cyrulnik en ajoutant que l'isolement et la privation de l'autre ne permettent pas à l'homme de se construire (on nomme ces cas, en Allemagne, les "Gaspar Hauser").  Nous nous construisons donc, au moins en partie, dans cet espace interstitiel qui nous relie à nos semblables et au monde.

En même temps, en concevant le monde, nous le virtualisons et cette dimension cognitive crée autour de nous "une noosphère, c'est-à-dire une sphère de produits de nos esprits (...) qui va entourer l'humanité comme les nuées qui entouraient la marche des Hébreux dans le désert", souligne E.M. en ajoutant : "Je pense que nous ne réalisons pas que les idées - qui sont désormais nos intermédiaires nécessaires pour communiquer avec la réalité - vont aussi masquer la réalité et nous faire prendre l'idée pour le réel". "Le principal organe de la vision, c'est la pensée", note-t-il un peu plus loin.

Il faut en effet constater, avec B.C. que si les animaux vivent dans un monde essentiellement contextuel, "l"homme, lui, vit essentiellement dans un monde du récit, du virtuel, de l'aabstraction, des lois méthématiques. Nos émotions ont un pied dans la matière cérébrale". Ainsi,notre pensée organise-t-elle notre perception du réel et entre nous, le monde et nos semblables se construisent des inter-relations qui favorisent la diversité humaine. Accomplir l'unité de l'espèce humaine tout en respectant sa diversité, est donc non seulement une idée de fond, mais un projet essentiel.

Sur la vérité

Lorsqu'une opération est réalisée en laboratoire, on constate qu'elle est un leurre en ce sens qu'elle isole les phénomènes et simplifie la réalité. Il en va de même des idées : lorsqu'elles sont organisées en théories, celles-ci se critiquent et se régénèrent. Quand elles s'enferment en doctrines, elles s'enkystent. "Il me semble que lorsqu'une théorie devient trop cohérente, elle perd sa fonction de pensée, note B.C.;elle sert à unir certes, mais non à penser". Un peu plus loin, il ajoute, "les seuls à avoir des certitudes sont les délirants".

Faire oeuvre de culture, c'est alors donner au citoyen la capacité de dépasser les frontières et les compartiments clos des différents domaines du savoir. C'est, en même temps, faire oeuvre démocratique car elle permet de décrire une vérité et une identité plurielles, tout au rebours de la vérité absolue à laquelle se réfèrent tous les grands crimes contre l'humanité.

Le danger aujourd'hui "c'est le fragment  -le fragment nationaliste- qui veut se considérer comme la seule vraie totalité", conclut Edgar Morin, tandis que Boris Cyrulnik note en écho, "il faut être soi pour rencontrer".

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 22:58

Dejours lightChristophe Dejours

Travail Vivant

tome 2 Travail et émancipation

Paris, Payot, 2009, 242 p.

Psychanalyste et psychiatre, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Christophe Dejours s’attache à produire une théorie du travail qui accorde à la pratique professionnelle une place aussi structurante que la sexualité dans les conceptions de Freud : « une théorie du travail qui soit aussi une théorie de l’être humain, de l’intelligence individuelle et de l’intelligence collective. En d’autres termes, dit-il, ce dont on a besoin, c’est d’une théorie du « travail vivant » (p. 214), qualifiant son approche de « paradoxe de la double centralité », centralité de la sexualité pour la psychanalyse et centralité du travail pour la psychodynamique du travail.

Pour l’auteur, opposé aux théories de l’aliénation dans le travail, celui-ci serait « une condition immanente de toute connaissance du monde » (p. 73), un moyen d’émancipation qui implique l’intelligence du travailleur dans son corps à corps avec la matière, l’outil ou l’objet technique. Il introduit ainsi une distinction féconde entre l’action (celle que décrivent les démarches processuelles) et l’activité qui désigne le résultat de la production. Dit autrement, le travail de production (poïesis) est une épreuve pour la subjectivité tout entière d’où émergent de nouvelles habiletés, à la condition que cette épreuve soit relayée par un deuxième travail (arbeit) de soi sur soi, ou de transformation de soi.

A contrario, le travail révèle les maladresses, les limites du corps et les incomplétudes ou failles de l’identité. C’est pourquoi, nous avons également besoin de la théorie d’un sujet qui, à raison de ses vulnérabilités, peut aller soit vers l’accomplissement, soit vers un retournement contre lui-même. « Le travail, de ce fait, écrit Dejours, est un carrefour pour la fragilité constitutive de l’être humain » (p. 216).

Mais le travail, acte politique s’il en fut, est aussi le lieu du collectif et de la coopération. Or, la coopération exige un certain nombre de condition pour émerger : confiance et loyauté, éthique, arbitrage, consentement et discipline. « L’espace de délibération spécifique de la coopération est donc structuré comme un espace public », note-t-il en reconnaissant ce qu’il doit à Habermas (p. 81). Cette activité, Dejours la qualifie donc de déontique (du grec déon, le devoir). Je parlerais, pour ma part, d’une éthique performative.

Pour se déployer, l’activité déontique exige certaines conditions que nous croisons lorsque nous examinons les situations de risques psychosociaux : autonomie vis-à-vis de l’organisation du travail, soutien et confiance entre les acteurs. Toutes choses rendues quasi impossibles par les démarches d’individualisation de la performance et de la rémunération associée qui « banalisent les conduites déloyales entre collègues », remarque l’auteur en s’appuyant sur sa riche expérience clinique. « La peur et la déloyauté ont permis de continuer à dégraisser les effectifs sans que s’y opposent des mouvements sociaux de résistance significatifs. D’où il résulte un indéniable accroissement de la productivité et de la rentabilité du travail vivant », avec, pour contrepartie, « l’aggravation gigantesque des pathologies de surcharge et des pathologies mentales allant désormais jusqu’au suicide » (p. 86).

Pourtant, l’expérience montre que l’on pourrait « poser l’hypothèse que, dans la gestion de toute situation de travail, il est plus rationnel de tenir compte de la rationalité subjective des conduites que de l’écarter au nom des rationalités téléologiques et axiologique » (p.111). C’est ainsi que l’on pourra comprendre deux injonctions contradictoires au travail dans la coopération : le zèle et l’autolimitation et que l’on parviendra à « honorer la vie par le travail », selon sa jolie formule (p. 151).

Voilà un ouvrage majeur, essentiel pour qui entend considérer la part d’humain à réinjecter dans le travail pour qu’il devienne, lui aussi, soutenable.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 23:53

Cyrulnik light 

Boris Cyrulnik

 

Mourir de dire

La honte

 

Odile Jacob, Paris, septembre 2010

 

 

 

Boris Cyrulnik continue d’explorer nos âmes, avec cette proximité tendre et souriante qui caractérise son écriture. Dans son dernier opus, il aborde le thème si complexe de la honte qui se situe au point de contact de l’individu et de son environnement humain, du psychologique et du social.

 

En partant d’anecdotes vécues, il décortique ce sentiment qui s’inscrit dans l’image de soi déchirée et rejetée par les autres, que perçoit le honteux. Tout tient dans cette perception et dans l’évaluation qu’il en fait. Ce qui, un jour fait honte, plus tard - ou pour un autre-, vu sous un angle différent, constituera peut-être une singularité qui créera une manière de fierté. Il en va ainsi, de toutes ces différences douloureuses qui impriment leur marque en nous.

 

Mais, chacun sa résilience. Comme l’ambitieux, qui n’est souvent qu’un honteux ayant su trouver la force de se réhabiliter à ses propres yeux. Cyrulnik est bien là, dans cet optimisme constant qui s’attache à montrer que nos blessures, pourvu qu’on parvienne à les dépasser, nous renforcent à long terme.

 

Car, souligne-t-il, « le je n’existe qu’auprès d’un autre ». Aussi individualiste soyons-nous, le besoin du groupe est inscrit en nous. Or, tout groupe humain s’organise pour faire honte à ceux qui n’appartiennent pas à sa communauté. Pensez à ces rituels sociaux qui font moquer ceux qui ne les maîtrisent pas : baisemain, rince doigts à ne pas confondre avec une boisson désaltérante…

 

La honte peut disparaître en quelques instants ou bien s’accrocher et durer. Parfois même elle se coule dans un caveau silencieux peuplé de fantômes qui viennent régulièrement nous tirer par les pieds. Toutefois, il est possible de s’en libérer grâce à un processus de « restructuration cognitive ». Autrement dit, un remaniement de la représentation de soi. Mais, cela ne repose pas sur une simple volonté personnelle car, l’acquisition de la vulnérabilité dépend beaucoup des émotions des autres. Voyez, par exemple, combien les émotions d’une mère se transmettent à son enfant et s’inscrivent en lui durablement.

 

Ces considérations nous renvoient, bien sûr, à la façon dont certaines victimes de risques psychosociaux se dégradent à leur propres yeux et se recroquevillent dans l’effacement de l’estime de soi et dans l’humiliation qui les efface des relations sociales.

 

Voilà une lecture qui aidera peut-être certains lecteurs à « sortir de la honte comme on sort d’un terrier », selon l’expression taillée par Cyrulnik. Pour les autres, elle les fera sans doute avancer un peu plus dans la compréhension de leurs congénères atteints par ces souffrances silencieuses qui caractérisent tant notre époque.

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 21:52

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Paul Virilio

 

L'administration de la peur

 

ÉD. Textuel, Paris, 2010

 

 

Paul Virilio, 78 ans, urbaniste d’origine, est devenu sociologue et philosophe à force de penser inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et Politique, essai sur la dromologie, il réfléchit à l’accélération du monde et à ses conséquences sur l’homme, l’économie, l’environnement, la géopolitique. Il lie le territoire aux technologies qui permettent de le parcourir et de le contrôler. TGV, pigeon voyageur ou Internet, avion ou minitel, qu’il s’agisse des techniques de communication ou des techniques de déplacement, il définit le territoire comme un espace-temps qui rapetisse.


Dans son dernier ouvrage, l’Administration de la peur, il  soutient que la peur est un moyen de gouverner. De fait, dans nos sociétés - des origines monarchiques à la démocratie -, la peur a toujours fait partie des moyens de gouverner. On le voit aujourd’hui avec les politiques sécuritaires. Le pouvoir de la peur domine le pouvoir de la reconnaissance du bien public. Toute une génération parle à travers ce livre et constate que la peur est entretenue par d’autres moyens, d’abord atomiques, puis terroristes et écologistes.

 

Virilio met ainsi en avant trois peurs : l’équilibre de la terreur, le déséquilibre de la terreur et la peur écologique. L’équilibre de la terreur a cessé avec la chute du mur de Berlin, cédant la place au déséquilibre de la terreur. Celui-ci correspond au terrorisme, qui peut survenir à tout instant, partout, à Londres, New York ou Madrid. Actuellement, nous vivons une nouvelle grande peur, la peur écologique.


Il faut absolument, soutient l'auteur, éviter que l’écologie conduise aux mêmes paniques. Après la forme interétatique de la guerre froide, forme plus complexe du terrorisme, la peur écologique lui  rappelle le Lebensraum, cette notion géopolitique de l’espace vital. Aujourd’hui, l’idéologie de l’espace vital peut se superposer à l’idéologie de l’écologie même s'il faut préserver notre lieu de vie.


Pourquoi cette peur ? parce que tout ce qui menace notre vie fait peur . Or, Ii ne faut pas avoir peur, mais faire face.  Il faut surtout refuser le "globalitarisme" écologique imposé par la peur, parce que c’est toujours au nom du bien que l’on terrorise et que les écologistes ont la tentation de gouverner par la peur. 


Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 22:22

MFH

Marie-France Hirigoyen


Le harcèlement moral,

la violence perverse au quotidien


Ed. La découverte et Syros, Paris 1998


Voici donc l’ouvrage fondateur. Celui grâce auquel la question du harcèlement moral a fait irruption dans nos préoccupations au point de susciter une révision du code du travail (le fameux article L. 232-2 sur la responsabilité du chef d’entreprise). C’est à partir de cet ouvrage qu’on a pris conscience qu’un mot pouvait tuer et que les armes de la manipulations, de la malveillance et de la persécution étaient employées dans la vie privée, sociale ou professionnelle.

Marie-France Hirigoyen, médecin et psychiatre formée à la victimologie, décrit par le menu ces relations dans lesquelles « le ou les agresseurs peuvent (…) se grandir en rabaissant les autres, et aussi s’éviter tout conflit intérieur ou tout état d’âme, en faisant porter à l’autre la responsabilité de ce qui ne va pas. (…) Or, ce type d’agression consiste justement à empiéter sur le territoire psychique d’autrui ». De plus, « le contexte socio-cuturel actuel permet à la perversion de se développer parce qu’elle y est tolérée. Notre époque refuse l’établissement de normes ».

 

Petites perversions quotidiennes


Aussi, son analyse de la perversité traverse les différentes situations susceptibles d’être vécues. Ce qu’elle donne d’abord à comprendre, c’est que la violence perverse constitue pour un individu défensif, destiné à ne pas assumer la responsabilité d’un choix difficile en en faisant porter la responsabilité à l’autre. Une manœuvre perverse vise à le déstabiliser pour le faire douter de tout, à commencer par lui-même. Dans l’entreprise, « c’est de la rencontre de l’envie de pouvoir et de la perversité que naissent les violences et les harcèlements. » Au prix de « petites perversions quotidiennes ».

C’est seulement au début des années quatre-vingt-dix que le phénomène a vraiment été identifié comme destructeur de l’ambiance de travail, diminuant la productivité et favorisant l’absentéisme par les dégâts psychologiques qu’il entraîne. Le harcèlement est d’abord un mécanisme répétitif. La mauvaise humeur ou les conflits peuvent toujours exister. Mais c’est la répétition des vexations, des humiliations qui constituent le dispositif destructeur. Et si personne n’intervient fermement, le registre habituel de l’entreprise s’accuse : une entreprise rigide devient plus rigide encore. Un employé dépressif, plus dépressif encore. Un agressif se fait plus agressif… Se crée alors un phénomène circulaire dont on perd la trace de l’origine et le conflit dégénère si l’entreprise refuse de s’en mêler. Ainsi, un pervers agit-il d’autant mieux que l’entreprise est désorganisée ou mal structurée.

 

Victimes non consentantes


N’imaginons pas que ceux qui sont visés par le harcèlement seraient d’éternels et naturels souffre-douleur. Au contraire, il se met en place lorsque la victime réagit à l’autoritarisme d’un chef. On trouve parmi les victimes beaucoup de personnes scrupuleuses qui se culpabilisent sous les reproches et surinvestissent dans un « présentéisme pathologique ». « Cette dépendance, ajoute Marie-France Hirigoyen, n’est pas uniquement liée à une disposition caractérielle de la victime ; elle est surtout la conséquence de l’emprise exercée par l’entreprise sur ses salariés ». Et, constate-t-elle un peu plus loin, « un grand nombre de responsables hiérarchiques ne sont pas des managers ».

Mais quels sont les moyens d’action des harceleurs ? D’abord, le refus de la communication directe. Puis, la disqualification de la victime, son isolement, des brimades, les tentatives de pousser l’autre à la faute. Toujours, le harcèlement prend racine dans une pratique de l’abus de pouvoir. Il est aussi facilité par les nouvelles formes de travail qui visent à accroître la performance en laissant de côté les éléments humains, au prix d’un stress accru. Et puis, il est vrai que le monde du travail « est extrêmement manipulateur », fait à la fois de séduction narcissique et de domination.

Dans une situation de harcèlement, il est fréquent qu’à la souffrance de la victime s’ajoute celle du harceleur, qui n’en est pas excusable pour autant. Il est alors temps d’agir pour revenir à des relations vivables.

 

Par Patrick Lamarque - Publié dans : Le coin des livres
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Le fil d'Ariane

L'animation ci-dessous présente ma pratique du coaching individuel et d'équipe à destination des dirigeants. En cliquant sur l'image en bas à droite (petite croix) vous pourrez l'ouvrir en mode plein écran et, ainsi, la lire plus confortablement.

 


Digest

 

Patrick Lamarque est conseil de dirigeants en stratégie, gestion des crises et management du changement. Il est également coach pour dirigeant privés et publics et expert en prévention des risques psychosociaux. Il opère en France et à l’étranger.


Ancien élève à l'Ecole Nationale d’Administration, Patrick Lamarque, dans les années 80, a créé la mission communication interne et maîtrise du climat social à la Ville de Paris, coordonné la communication gouvernementale auprès du Premier ministre et conseillé pour sa communication le ministre de la Défense. Dans les années 90, il dirige la communication de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, puis celle de la Ville et de la Communauté Urbaine de Lyon. Il est ensuite appelé comme Conseiller auprès du Secrétaire d'État à la Défense, puis auprès de la Secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées avant d’être chargé de la concertation et de l’accompagnement social à la Délégation Générale pour l’Armement.


Introducteur des études qualitatives dans l’analyse politique il a développé ces méthodes pour structurer une démarche globale de maîtrise du climat interne de l’entreprise. Il a développé une approche novatrice d’entretiens de confrontation pour la résolution de conflits.


À partir de son expérience dans la gestion de la communication de la Défense durant la première guerre du Golfe, il a créé une méthodologie de maîtrise des crises qui a fait ses preuves dans de multiples situations difficiles, lors de crises de changement, de situations d’urgence psychosociale ou de plans de sauvegarde de l’emploi.


Il a enseigné à l’ENA, au CELSA, à l’EFAP, dans plusieurs universités françaises ainsi qu’à l’École Supérieur du Commerce et des Affaires de Casablanca et à l’Université de Buenos-Aires. Il est l'auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

 

 

 

Le jardin haïku

 

Quelques beaux poêmes

 

Dans une vieille mare,

une grenouille saute,

le bruit de l'eau.

Bashö (1644-1694)

 

 

Porté par l'obscurité.

Je croise une grande ombre

dans une paire d'yeux.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin


 

Sur la plage

je regarde en arrière

pas la moindre trace de pas.

Hosai  (1885-1926)

 

 

J'étais là moi aussi -

et sur un mur blanchi à la chaux

se rassemblent les mouches.

Tomas Transtromer (Prix Nobel 2011), traduit par Jacques Outin

 

 

Il n'y a rien

dans mes poches -

rien que mes mains.

Kenshin (1961-1987)

 

 

Un papillon blanc sort
D'entre les rayures d'un zèbre.

Sei Imai

 

 

Plus que de l'aveugle
Du muet fait le malheur

La vue de la lune.

Kyoraï

 

 

Au coucou

Elle ne répond rien

La girouette en fer.

Seiho Awano

 

 

Le printemps passe.

Les oiseaux crient

Les yeux des poissons portent des larmes.

Bashö (1644-1694)

 

 

Plutôt  que les fleurs de cerisier

Les petits pâtés !

Retour des oies sauvages.

Matsunaga Teitoku (1571-1654)


 

Quelques essais personnels

 

Le bolet doré

au couteau de l'automne

craque mollement.

P.L.

 

 

La nuit est posée

l’hiver gagne la ville –

Frisson de moineau. 

P.L.


 

Un mille-pattes trébuche

-bruit de catastrophe-

entre quelques brins d'herbe.

P.L.


 

Cul grisâtre 

d'une bouteille lancée

dans la mer étroite -

bonjour Trieste.

P.L.

 

 

Goutte à goutte

- loupes hallucinées -

le toit s'égoutte.

P.L.

 

 

Au profond de la nuit

rentrent les meurtriers

le devoir accompli.

P.L.

 

 

Tendu comme un arc,

l'hiver scarifie

d'une autre ride le visage.

P.L.

 

 

Dans la nuit luisante

résonnent des pas

- un chien lève la patte -

P.L.

 

 

Inconsciente,

la rue se rue

vers sa fin.

P.L.

 

 

Au bal de la nuit

aux phalènes,

le pied glisse

sur les cadavres joyeux.

P.L.

 

 

La brume

nappe le relief

du jardin myope.

PL

 

 

Le rictus du caïman

remonte à l'oeil qui pétille.

Sa proie lui sourit.

PL

 

 

Le lacet défait

flâne près du soulier -

Le nez au vent.

PL

 

 

Elle a renversé son sac

à la recherche de ses clés -

Sourire amusé.

PL

 

 

Elle s'est jetée dans l'étang -

La lune abîmée

de désespoir.

PL

 

 

Où va la nuit dans le noir

quand je me retiens

de bouger et de vouloir?

PL

 

 

Le temps de la cigale

stridule sans fin,

puis tombe la nuit.

PL

 

 

Les bras écartés

il surgit de la neige

l'épouvantail brun.

PL

Le coin des livres


Réalité

Ch. André Psycho de la peur

Bruno


Precht


Billeter

Rencontres

Ch André


Savoir attendre

Gilligan

EKR

Cyrulnik-Morin


Dejours light
Cyrulnik light
Talaouit
41yAu4IM-BL. SL500 AA300
MFH

Daewoo

 


La citation de la semaine

La routine, cette préface des révolutions !  Emile de Girardin - Les Cinquante-deux


Patrick Lamarque

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